Ottawa doit revoir sa lutte antigang, croit un expert

Augmenter le nombre de policiers sans investir davantage... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Augmenter le nombre de policiers sans investir davantage dans les programmes de prévention ne règle pas la situation, plaide un expert.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Charles-Antoine Gagnon

Collaboration spéciale

Le Droit

Les quatre fusillades survenues en l'espace d'une quinzaine d'heures dimanche à Ottawa devraient inciter les autorités municipales à bonifier les programmes de prévention pour lutter contre les gangs de rue, croit un professeur en criminologie à l'Université d'Ottawa.

«Ottawa peut faire beaucoup plus pour prévenir ce genre de violence», a lancé le professeur Irvin Waller, affirmant notamment que les 400 000$ annuels qu'a budgété la Ville d'Ottawa pour les stratégies de sortie pour les membres de gang, d'aide à l'emploi et de formation sont insuffisants.

«C'est un investissement minuscule, a déploré M. Waller. J'ai écouté le maire (Jim Watson) qui a dit qu'il y avait récemment eu le recrutement de 25 policiers additionnels. Je ne crois pas que c'était pour l'escouade antigang. Vingt-cinq policiers de plus, c'est minimum 2,5 millions $. Ce n'est pas une politique de prévention, c'est une politique de réaction.»

Augmenter le nombre de policiers sans investir davantage dans les programmes de prévention ne règle pas la situation, a-t-il ajouté. 

«Il faut que la Ville revoie ses politiques, son utilisation de l'argent», a plaidé M. Waller.

Les autorités municipales devraient d'ailleurs prendre exemple sur des mesures mises de l'avant à Glasgow, en Écosse, dit-il, où, entre autres, des intervenants offrent du counselling contre la violence à l'hôpital.

«Vingt-cinq policiers de plus, c'est minimum 2,5 millions $. Ce n'est pas une politique de prévention, c'est une politique de réaction.»

Irvin Waller
professeur en criminologie à l'Université d'Ottawa

«Ils ont déclenché là-bas des actions dans plusieurs secteurs, notamment dans les salles d'urgence des hôpitaux. C'est là que les victimes de fusillades sont acheminées. On travaille avec ces jeunes hommes pour essayer de les convaincre de ne pas se venger, et sortir des gangs de rue», a expliqué Irvin Waller.

Intervention en temps de crise 

Nancy Worsfold, directrice générale de l'organisation Prévention du crime Ottawa, a du reste signalé que la Société John Howard et la police d'Ottawa ont signé un accord le mois dernier pour que des travailleurs sociaux puissent intervenir en temps de crise dans un hôpital.

L'entente est le fruit d'un long travail, notamment avec le Commissariat à la vie privée de l'Ontario, a précisé Mme Worsfold. «On a beaucoup investi dans ça, alors on y tient», a-t-elle précisé.

Le dossier des gangs de rue est complexe, et il faut une approche globale au chapitre des interventions, a souligné Mme Worsfold. La stratégie antigang de Prévention du crime Ottawa compte une douzaine de projets d'intervention impliquant divers organismes, dont des centres de ressources communautaires, la Ville d'Ottawa et la police d'Ottawa.

L'influence sociale, l'emploi, l'attitude d'une personne, la gestion de la colère, établir une meilleure communication, le logement et la stabilité, la vie spirituelle, les troubles mentaux, la consommation de drogues et d'alcool, les problèmes d'abus et de relations avec les familles sont autant de facteurs sur lesquels il peut y avoir intervention «pour qu'un membre d'un gang se ré-imagine comme quelqu'un de différent».

Les intervenants dans la stratégie de sortie pour les membres de gangs, un des programmes d'intervention, ont eu 68 personnes référées depuis ses débuts en juin 2015, et une dizaine de personnes ont déjà choisi une vie différente tandis qu'une quarantaine d'autres ont un dossier en progression.

«Il faut dire qu'il y a à peu près 500 membres de gangs à Ottawa, et c'est un milieu fluide. Les gens se déplacent entre Toronto, Montréal, l'Alberta, etc», a souligné Mme Worsfold pour illustrer certains des défis auxquels font face les intervenants dans la lutte aux gangs de rue.

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