À Ottawa, le pot inquiète moins que les gangs

Les citoyens préfèrent désormais que les autorités combattent... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Les citoyens préfèrent désormais que les autorités combattent des gangs violents, plutôt que de les voir passer les menottes à un «poteux» sans histoire, observe un inspecteur de la police d'Ottawa.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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La population a de nouvelles priorités et les commerces où du cannabis - même illégal - est en vente dérangent de moins en moins, observe un inspecteur de la police d'Ottawa. Les citoyens préfèrent désormais que les autorités combattent des gangs violents, plutôt que de les voir passer les menottes à un «poteux» sans histoire.

Un nouveau commerce a pignon sur rue dans le secteur Vanier. Le Weeds Glass & Gifts offre quelques aliments contenant du cannabis ou des cocottes en vrac. Les clients s'y rendent plus ou moins officiellement pour des raisons médicales. Deux autres commerces du même genre ont poussé dans la capitale fédérale ces derniers mois.

À la lumière d'une chronique de Denis Gratton parue mercredi dans LeDroit, il semble que d'acheter du pot est un jeu d'enfant dans cette succursale du chemin Montréal, même sans prescription expresse d'un médecin.

La police d'Ottawa va-t-elle arrêter Denis Gratton pour achat de cannabis? «Non, répond en riant l'inspecteur Mike Laviolette, de la police d'Ottawa. À ce point, on ne le fera pas!»

L'inspecteur Laviolette, qui a déjà été affecté aux dossiers de drogue, observe que les temps ont changé. «C'est moins une priorité si on ne reçoit pas de plainte de la population», dit-il.

À l'extérieur du pays, mercredi, le conseiller municipal du secteur, Mathieu Fleury n'était pas disponible pour commenter.

«Je lui ai parlé régulièrement (à M. Fleury), explique M. Laviolette, et il y a moins de plaintes qu'avant. On sent que les priorités sont ailleurs.»

Les gangs de rue, les drogues dures et la vitesse dans les quartiers résidentiels font partie de ces nouvelles priorités, résume le policier.

«Mais à ce que je sache, c'est de la marijuana illégale», répète le policier, à propos de l'inventaire du Weeds. «C'est une question de gros bon sens. Si c'est juste un "Jo Blo" comme ça, non. On ne parle pas d'un dossier criminel.» Cependant, une personne sous engagement de la cour de ne pas consommer pourrait être accusée de bris de condition.

Le gouvernement fédéral a annoncé qu'il légaliserait le cannabis au printemps 2017. Les corps policiers du pays attendent le nouveau cadre dans lequel ils pourront agir. «La loi actuelle n'est pas appliquée de la même façon, de la Colombie-Britannique à Terre-Neuve.»

Le conseiller municipal Eli El-Chantiry, qui préside la commission de services policiers d'Ottawa, n'était pas disponible mercredi pour commenter le phénomène.

Selon l'inspecteur Laviolette, fumer un joint de cannabis pourrait être considéré comme boire une bière sur le trottoir. C'est illégal, mais pas criminel. Cela le devient lorsque la consommation affecte la conduite automobile, le comportement, et que des mineurs y ont trop facilement accès.

«La conduite automobile, ça demeure un problème. On fait quoi? Une prise de sang, un échantillon d'urine? Ce n'est pas évident», commente Mike Laviolette.

Le seul fait de voir une personne sortir de ce type de commerce ne constitue pas un motif suffisant pour procéder à son arrestation. Les agents doivent prendre le commerçant et le client sur le fait, lors de la transaction.

«Je l'ai dit au chef Charles Bordeleau: "Si vous voulez qu'on entre l'escouade tactique, on va le faire, mais est-ce que ça vaut la peine de risquer des coups de feu et une intervention forcée?"»

Gatineau n'y a pas encore songé

La Ville de Gatineau n'a pas encore songé à un plan d'intervention au cas où un magasin de vente de cannabis s'installerait sur son territoire.

Alors qu'Ottawa a déjà eu à intervenir auprès de commerces vendant du cannabis, Gatineau n'a pas encore été confrontée à cette réalité. Il y a bien un producteur de cannabis thérapeutique, Hydropothicaire, dans le secteur Masson-Angers, mais aucun n'a encore ouvert ses portes pour vendre des cocottes comme le ferait un tabagiste avec ses cigarettes.

À Ottawa, deux ou trois commerces ont récemment ouvert leurs portes, dont le Weeds, sur le chemin Montréal.

«Nous n'en avons pas encore parlé», concède le conseiller municipal gatinois Jocelyn Blondin, aussi président de la commission de la sécurité publique et de la circulation.

À la police de Gatineau, l'agent Pierre Lanthier affirme que si la situation se présente, «on agira au cas par cas».

Plusieurs exemples existent au Canada, et les autorités ont réagi différemment, selon les régions. «On va aller visiter l'endroit, c'est sûr, dit l'agent Lanthier. Au même titre qu'un bar qui vient d'ouvrir et qui doit avoir un permis pour vendre de l'alcool.»

Le Service de police de la Ville de Gatineau pourrait étudier cet éventuel cas avec des responsables de la Direction des poursuites criminelles et pénales ou des juristes spécialisés en la matière.

Un approvisionnement inégal

Le président de la compagnie Weeds Glass & Gifts, dont une succursale a ouvert ses portes récemment sur le chemin Vanier à Ottawa, dit que sa marchandise provient de cultivateurs «artisanaux» et de producteurs possédant un permis de Santé Canada.

Don Brière, qui dirige Weeds depuis son siège social de Vancouver, indique que ses fournisseurs sont autant des producteurs de cannabis thérapeutique reconnus par le gouvernement que des cultivateurs «privés» sans permis.

Santé Canada émet des permis à certains producteurs, dont les produits du cannabis sont destinés à des malades possédant une prescription. Il semble que certains de ces producteurs font quelques «extras» pour alimenter les détaillants. 

«Mais je paie toutes mes taxes, répète M. Brière. Je suis prêt à ouvrir mes livres pour le prouver.»

Selon le président, la compagnie permet de lutter contre le crime organisé, qui perd des revenus provenant de la vente de cannabis.

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