Justice et choc culturel: attention aux amalgames

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Le piège de la démagogie se referme facilement lorsque vient le temps de parler crime et immigration, avertissent les organismes d'aide aux immigrants de l'Outaouais. Reste que l'isolement de femmes d'ailleurs violentées dans leur pays d'accueil est trop souvent bien réel.

Véronique Paradis, de la Maison Unies-Vers-Femmes, aide plusieurs femmes immigrantes victimes de violence conjugale. «Oui, ça arrive fréquemment, dit-elle. Les moeurs culturelles et religieuses, les valeurs sont fort différentes. Pour [les hommes immigrants violents], c'est un droit légitime d'utiliser la violence. Ici, ils n'ont plus cela.»

Pour Bato Redzovic, d'Accueil parrainage Outaouais, le processus permettant aux femmes immigrantes de parler est complexe. «C'est économique, social et religieux. Ça dépend de l'éducation... Même moi, j'arrive d'un pays (l'ex-Yougoslavie) où le père est chef absolu de la famille. Il y a des pays où les gens ne peuvent tout simplement pas divorcer.»

M. Redzovic, qui côtoie des dizaines de cultures différentes, prend l'exemple de l'Iran. «La seule façon de divorcer, pour une femme, est de prouver que le mari ne t'apporte pas assez à manger. La violence, ce n'est pas un facteur.»

Devant un juge, il est parfois difficile de faire valoir les différences culturelles. «D'où je viens, ajoute M. Redzovic, si on dit l'expression "je vais te tuer", c'est l'équivalent "va te faire f...". Si tu dis ça à la cour, au Québec, ça passe mal, même si tu n'avais aucune intention.»

La présidente de l'Association des femmes immigrantes de l'Outaouais, Claude-Yvette Akoun, dit avoir eu «beaucoup de cas» de violence conjugale en 2015. «Ce n'est pas facile à dénoncer. Elles ne connaissent pas les ressources. Elles n'ont pas la même perception de leurs droits ici et dans leur pays d'origine. L'obstacle culturel sur la violence conjugale n'est pas un sujet rare, ici. On reçoit 50 pays, 50 cultures.»

Mme Akoun entend souvent l'argument d'hommes qui veulent garder leur emprise totale sur leur conjointe. «Le préjugé de l'homme, c'est: "Tu vas devenir comme une Québécoise." Les hommes vont dire: "Ici au Canada, c'est la femme, l'enfant, le chien d'abord, et enfin l'homme." Elles ne sont pas encore arrivées ici et on leur dit de ne pas venir nous voir.»

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