Procès Turcotte: l'appel à sa mère était une note de suicide

La conversation téléphonique de Guy Turcotte avec sa mère, le soir où il a tué... (Alain Roberge, Archives La Presse)

Agrandir

Alain Roberge, Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
SAINT-JÉRÔME

La conversation téléphonique de Guy Turcotte avec sa mère, le soir où il a tué ses deux enfants, était une «note de suicide», a déclaré l'expert psychiatre Louis Morissette au procès criminel de l'accusé, mercredi.

Pour l'expert mandaté par la défense pour évaluer Guy Turcotte, cette conversation téléphonique - qui a duré environ une heure, selon sa mère - était une lettre d'adieu: il a dit à sa mère qu'il l'aimait et lui a aussi demandé de dire à son père et à tous ses frères et soeurs qu'il les aimait.

Il s'agit aussi de l'une des raisons pour lesquelles le psychiatre place la première consommation de lave-glace - qui contient du méthanol, un alcool toxique - vers 20h, soit environ 35 à 40 minutes avant cet appel téléphonique à sa mère. Il était déjà intoxiqué, juge l'expert.

La Couronne a ainsi entamé mercredi le contre-interrogatoire du psychiatre ayant réalisé une expertise de l'accusé, qui a témoigné avoir voulu s'enlever la vie le soir du 20 février 2009.

M. Morissette a défini la crise (ou raptus) suicidaire de Guy Turcotte comme un «comportement soudain». Dans son rapport, il écrit: «pulsion soudaine et puissante affectant brusquement le comportement».

Le procureur de la Couronne, René Verret, a bombardé l'expert de questions à ce sujet, lui suggérant qu'un homme qui lit des courriels et consulte des sites Internet sur le suicide pendant environ 45 minutes ne pose pas de geste «soudain». Il a aussi insisté sur le fait qu'il avait ensuite annulé deux rendez-vous et parlé environ une heure avec sa mère.

«C'est celui (le comportement) de quelqu'un qui cherche le moyen», a répliqué l'expert, qui a noté que Guy Turcotte pensait alors à ses idées suicidaires de 2008 et de 2009 lors desquelles il avait déjà songé au méthanol.

«Il pense!» a ainsi rétorqué tout de go René Verret, le procureur de la Couronne. L'état mental de l'accusé ce soir-là est un point central de ce procès.

Mais si la crise suicidaire est si violente, si soudaine, si impulsive, comment a-t-il consulté 21 fichiers sur Internet?, a alors demandé Me Verret.

«Il cherche de l'information, il cherche à mettre en pratique», a répondu l'expert.

Le psychiatre Morissette avait témoigné mardi que le soir du drame, le jugement de Guy Turcotte était altéré et perturbé, et que sa crise suicidaire l'amenait à avoir une vision «tunnel» et que tout devenait concentré sur l'idée de mourir.

La crédibilité du psychiatre remise en question

Me Verret a aussi cherché à miner sa crédibilité, car l'expert a déclaré ne pas avoir gardé ses notes de sa trentaine de rencontres avec l'accusé. Il les a détruites, a-t-il admis, comme il le fait toujours lors d'expertises psychiatriques. Son rapport résume l'essentiel de ses constats, a-t-il dit.

Me Verret a aussi abordé un autre aspect de Guy Turcotte, relevant que l'expert avait noté dans son rapport qu'il avait eu des fantasmes et des désirs homosexuels dans le passé. Il a demandé au psychiatre si Guy Turcotte avait eu une attirance pour Martin Huot, qui est devenu le conjoint de son ex-femme Isabelle Gaston, et si cela avait exacerbé sa colère.

Mais selon le docteur Morissette, l'accusé n'a pas de problème d'identité sexuelle et n'est pas un homosexuel refoulé. Ces fantasmes étaient très occasionnels, a-t-il précisé.

M. Morissette, appelé à témoigner à la demande de la défense, est d'avis que l'accusé n'a pas tué ses enfants par colère ou pour se venger de sa femme qui le trompait avec un autre homme.

M. Morissette croit plutôt qu'il a sombré dans le désespoir le soir du 20 février 2009 et qu'il a été en proie à une crise suicidaire qui l'a amené à boire du lave-glace pour s'enlever la vie. Avec le jugement perturbé et altéré qu'il avait ce soir-là, il aurait soudainement décidé de tuer ses enfants pour leur éviter la souffrance de retrouver son cadavre le lendemain, a-t-il détaillé mardi dans la salle de cour, pour le bénéfice des 11 jurés qui décideront du sort de Guy Turcotte.

Amené à détailler cette conclusion, l'expert a été fort concis.

Lorsque questionné au sujet du témoignage d'une infirmière à qui Guy Turcotte aurait dit au lendemain du drame qu'il voulait «la faire chier» (Isabelle Gaston), et que la façon de le faire était «de lui enlever ce qu'elle avait de plus précieux au monde, ses enfants», l'expert n'a pas voulu se mouiller.

«Ça dit ce que ça dit. Il n'y a pas d'explication.»

Pour lui, la vengeance demeure dans le domaine du possible, mais ce n'est pas ce qu'il retient de l'ensemble de son analyse de ce cas.

Guy Turcotte a admis avoir causé la mort de ses enfants mais plaide la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Selon les deux experts de la défense, l'accusé souffrait le soir du drame d'un trouble de l'adaptation avec humeur dépressive et anxieuse.

Le contre-interrogatoire du psychiatre va se poursuivre jeudi.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer