Liaison académique dangereuse

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Un enseignant de Maniwaki a été reconnu coupable d'exploitation sexuelle sur une élève de 16 ans.

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Une relation sexuelle entre un enseignant et son élève de 16 ans - même consentante - est illégale. Qu'il y ait approbation parentale n'y change rien. Un homme, âgé de 26 ans au moment des faits, l'a appris à ses dépens, lorsqu'un juge de la Cour du Québec l'a déclaré coupable d'exploitation sexuelle.

Le juge Valmont Beaulieu s'est prononcé mercredi, à Maniwaki, sur la délicate question du consentement sexuel entre l'adolescente - qu'on ne peut identifier - et un ex-remplaçant de l'école secondaire de Maniwaki, Mathieu Lapointe.

Les premières rencontres se sont produites en novembre 2013, dans un gymnase où tous les deux s'entraînaient.

Puis, vint le jour où le remplaçant a été affecté à la classe de l'adolescente. «Lorsqu'ils se rencontrent, ils échangent un sourire, résume le juge. (L'accusé) précise qu'il sourit à tous les étudiants qu'il aperçoit dans les corridors. (La fille) affirme qu'elle est attirée par ce remplaçant.»

M. Lapointe a été responsable de la classe de l'adolescente à cinq reprises, entre novembre 2013 et janvier 2014. Après cette période, les deux commencent à échanger des messages sur Facebook. Il refuse d'abord de la conduire en voiture à l'école, puis, après une rencontre fortuite en dehors des heures de cours, ils s'envoient des messages de plus en plus osés. Ils décident alors de se voir en dehors de l'école.

Un jour, la mère et le beau-père de l'adolescente rencontrent le nouvel ami, qui évoque le «problème» que pose leur relation.

«La rencontre se déroule agréablement pendant quelques heures et l'accusé discute de son 'problème', à l'effet que la jeune fille le fréquente» et que «leur différence d'âge» le préoccupe, explique le magistrat. «En fin de compte, les parents sont d'accord et les deux quittent pour se rendre au chalet où se déroule une relation sexuelle.»

Le tribunal retient que «les deux désiraient du sexe et étaient bien avec ça».

Pendant le procès, l'accusé a qualifié la relation de «frivole», évoquant une simple «aventure d'été». La jeune fille a affirmé que l'homme «était très gentil» avec elle.

Échanges effacés

Les conversations par courriel et texto sont toujours effacées du cellulaire, que l'homme partage avec son ex-conjointe, avec qui il disait «avoir pris une pause». M. Lapointe a, un jour, tout effacé, sentant la tension monter. Il a demandé à l'adolescente de parler le moins possible de leur relation, «à cause de son emploi».

Les deux tourtereaux savaient que le remplaçant risquait de perdre son emploi s'il était démasqué. En voiture, il a demandé à l'adolescente de baisser son siège pour ne pas qu'elle soit vue avec lui.

Un jour, les parents de l'adolescente ont intercepté un échange de messages sur l'ordinateur familial. Ils ont compris que le copain de 26 ans avait proposé un «trip à trois» avec leur fille et une de ses amies de 14 ans. Le beau-père a apporté une clé USB de cette conversation aux autorités.

Le lendemain, la direction de l'école a indiqué au remplaçant qu'il pouvait rester chez lui.

Professeur, à la sortie de l'école

Une relation sexuelle - même consensuelle - entre un enseignant et une adolescente de 16 ans demeure illégale. L'esprit de la loi réside dans la notion de position d'autorité et de confiance, rappelle la Cour suprême.

L'article 153 du Code criminel «laisse implicitement entendre que, nonobstant le consentement, le désir ou les souhaits de l'adolescent, c'est l'adulte en situation de confiance qui a la responsabilité de refuser d'avoir tout contact sexuel avec cet adolescent», rappelle le juge Valmont Beaulieu, dans sa décision rendue cette semaine et impliquant l'accusé Mathieu Lapointe.

Dans les années 1990, la Cour suprême a écrit qu'«une telle profession (enseignant et professeur), dans les faits, comprend presque toujours une situation d'autorité».

Dans une autre affaire, le plus haut tribunal du pays rappelle le rôle des enseignants. «Ils sont inextricablement liés à l'intégrité du système scolaire. En raison de la position de confiance qu'ils occupent, ils exercent une influence considérable sur leurs élèves. (...) Ce chapeau d'enseignant, il ne l'enlève donc pas nécessairement à la sortie de l'école et, pour certains, il continue à le porter même après les heures de travail.»

La confiance du public dans le système d'éducation et le respect des élèves envers le corps enseignant sont mis en cause dans de telles affaires.

«Le rôle d'enseignant vient tout juste après celui de parent, écrit le juge Beaulieu. J'ose affirmer que le parent considère l'enseignant comme son substitut lorsque l'enfant n'est pas sous sa surveillance.»

Pour ces raisons, l'enseignant doit en tout temps refuser les désirs et avances de l'adolescent(e), tranche le magistrat.

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