Le meurtrier Neil Stewart veut être libéré

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Le 7 mars 1999, Neil Stewart abattait son père Lindsay de trois balles dans la résidence familiale de l'Île-du-Grand-Calumet.

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Un meurtrier de l'Outaouais, qui s'est évadé de prison huit ans après les faits, tente malgré tout d'obtenir sa libération conditionnelle bien avant les 25 ans prescrits par la loi.

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Le meurtrier Neil Stewart

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Reconnu coupable de meurtre prémédité en 2000, Neil Stewart, de l'Île-du-Grand-Calumet, dans le Pontiac, pourra s'adresser à un deuxième jury pour demander sa liberté conditionnelle, même si sa sentence originelle ne lui permet pas de le faire avant 2024.

L'affaire Neil Stewart avait fait grand bruit au début du siècle. À l'âge de 26 ans, le 8 mars 1999, il a abattu son père Lindsay, dans la résidence familiale. Un jury l'a reconnu coupable de meurtre prémédité le 12 mai 2000. La sentence de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans est automatique lors des verdicts de meurtre prémédité.

Plusieurs années plus tard, 12 autres jurés entendront sa requête exceptionnelle. Par contre, les délais bien connus dans le système judiciaire en Outaouais - particulièrement dans les causes devant jury - ne garantissent pas un dénouement rapide dans cette affaire.

Mathématiquement, Neil Stewart ne peut demander sa libération conditionnelle avant 2024. Mais voilà que le détenu, aujourd'hui âgé de 42 ans, veut sortir avant le temps prescrit et tente un ultime coup de dés.

Lundi, M. Stewart s'est présenté devant le juge Alexandre Boucher par vidéoconférence au palais de justice de Gatineau, franchissant une première étape préliminaire dans sa «demande de réduction de délai préalable à la libération conditionnelle».

La soeur de Neil Stewart, Lisa Stewart, a dit être au courant du dossier lorsque jointe par LeDroit lundi, mais n'a pas voulu commenter.

Représentations devant le juge

La procureure du détenu, Me Jacinthe Lanctôt, et les procureurs de la Couronne, Me Martin Côté et Me Isabelle Michaud, ont étalé leurs arguments pendant une bonne partie de la journée.

L'avocate de M. Stewart a fait valoir les bons mots rédigés à l'endroit de son client, dans un rapport de synthèse datant de mars 2015. Me Lanctôt a renchéri sur le bon comportement de son client derrière les barreaux, mis à part son évasion de la prison en 2008.

La Couronne a mis de l'avant «l'impulsivité devant une situation anxiogène» du détenu, qui s'est évadé lorsqu'il s'est rendu compte qu'il pourrait mourir, un jour, derrière les barreaux.

Le juge Boucher a statué que les arguments de M. Stewart composaient «une probabilité marquée» pouvant éventuellement convaincre un jury d'accorder cette permission de demander une libération conditionnelle bien avant les 25 ans prévus dans la loi.

De mémoire d'homme, au palais de justice de Gatineau, une telle demande n'a pas été vue ni entendue depuis au moins 15 ans en Outaouais.

Cette disposition complexe de la loi est comprise dans l'article 745 du Code criminel.

On peut y lire qu'une personne «peut demander, par écrit, au juge en chef compétent de la province où a eu lieu sa déclaration de culpabilité la réduction du délai préalable à sa libération conditionnelle si elle a été déclarée coupable de haute trahison ou de meurtre, a commis la haute trahison ou le meurtre avant le 2 décembre 2011, a été condamnée à l'emprisonnement à perpétuité avec délai préalable à sa libération conditionnelle de plus de 15 ans, elle a purgé au moins 15 ans de sa peine».

Il y a 15 ans, le jury prononçait «coupable»

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Le cadavre avait été retrouvé le 22 mars 1999, sous un banc de neige près du silo de la ferme.

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Le 12 mai 2000, le jury reconnaissait la culpabilité de Neil Stewart pour le meurtre prémédité de son père Lindsay Stewart, à l'Île-du-Grand-Calumet.

L'homme de 26 ans a alors pris le chemin du pénitencier, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Un an auparavant, soit le 7 mars 1999, Lindsay Stewart avait été tué de trois balles de calibre 22 dans la résidence familiale de Île-du-Grand-Calumet, au 267, chemin Dunraven. Le cadavre a été retrouvé le 22 mars de la même année, sous un banc de neige près du silo de la ferme. Neil Stewart avait orchestré la découverte du cadavre de son père. Son frère Brent et lui ont été arrêtés. Seul Neil a été reconnu coupable, alors que son frère a été acquitté.

Après avoir caché le corps de son père, Neil Stewart avait déclaré à des membres de sa famille que son père était parti refaire sa vie en Colombie-Britannique. Selon la Couronne, Neil était alors persuadé que les terres de son père renfermaient un gisement d'or. La preuve de la Couronne avait convaincu le tribunal que le meurtre prémédité était motivé par le refus du fils de voir son père vendre la ferme familiale.

À l'époque, le procureur de la Couronne, Luc Boucher, s'était dit peu surpris de l'acquittement du jeune frère de Neil, Brent. «Notre preuve contre Neil était beaucoup plus solide», avait-il déclaré à l'époque. Avant de quitter le box des accusés, Brent s'était tourné vers son frère pour l'étreindre longuement, avant de partir.

Le tueur aurait voulu protéger sa famille

Selon Neil Stewart, son père Lindsay avait instauré «un... (Archives, LeDroit) - image 5.0

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Selon Neil Stewart, son père Lindsay avait instauré «un régime de terreur».

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Fils aîné d'une famille de quatre enfants, Neil Stewart a mis du temps à avouer qu'il était bien le meurtrier de son père.

Même le verdict confirmé par la Cour d'appel en 2004 ne l'a pas laissé en reste. Il a continué de pointer du doigt sa mère et un de ses frères pour expliquer le crime.

Ce n'est qu'après avoir été épinglé lors de sa cavale illégale en 2008 que le détenu a parlé d'autres éléments ayant mené au meurtre de son père, un homme décrit comme étant «contrôlant et manipulateur», qui s'était engagé sur une pente descendante à la suite du départ de la mère du nid familial.

Selon Neil Stewart, le père est devenu violent, a instauré «un régime de terreur», faisant craindre aux frères que le père tue sa famille.

Le soir du meurtre, le père se serait présenté dans la chambre à coucher de son fils Neil pour lui pointer une arme sur la tête. «Le père aurait affirmé à Neil qu'il y avait "une balle pour chaque membre de la famille"», a lu l'avocate de M. Stewart, Me Jacinthe Lanctôt, dans le rapport de synthèse préparé pour la «demande de réduction de délai préalable à la libération conditionnelle».

Cette version quelque peu différente de celle présentée pendant le procès de 2000 évoque l'idée que Neil Stewart a eu peur pour sa sécurité et celle de sa famille. Il se serait alors emparé de sa carabine .22 dans sa garde-robe pour tirer trois balles sur son père.

«La préméditation est ambivalente, a expliqué Me Lanctôt. Il ne serait pas passé à l'acte si l'arme n'avait pas été pointée sur lui.»

Il s'agirait plutôt d'une «réponse à l'insécurité de sa famille».

En 2015, précise Me Lanctôt, Neil Stewart admet sa responsabilité et se dit épris de remords. Le comportement du détenu serait à ce point admirable, selon son avocate, qu'il aurait réussi à retrouver la confiance du personnel du pénitencier, et, depuis son retour d'évasion, est passé d'une prison à sécurité moyenne à un établissement à sécurité minimale. Il a effectué une centaine de sorties surveillées auprès de bénévoles et d'organismes communautaires. Il participe à des ateliers professionnels ou encore basés sur la gestion de la colère et des émotions.

Neil Stewart s'est évadé en mars 2008 lors d'une «visite privée», aussi connue comme les «visites personnelles dans les roulottes». Il avait réussi à «forcer» une clôture, et dans sa fuite, avait vécu comme un itinérant pendant deux semaines.

Son évasion serait attribuable à la mort d'un codétenu qui lui aurait fait réaliser qu'il était fort possible que lui aussi rende son dernier souffle dans une prison. Depuis 2008, cependant, les choses n'iraient qu'en s'améliorant, fait valoir Me Lanctôt.

«Malgré toutes ces années, mon client n'a pas été "contaminé" par le milieu carcéral, faisant mentir le vieux dicton qui dit que la prison est une école du crime», a dit Me Lanctôt.

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