Rédemption au palais de justice

Le palais de justice de Gatineau.... (Patrick Woodbury, Archives eDroit)

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Le palais de justice de Gatineau.

Patrick Woodbury, Archives eDroit

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Nadine (non fictif) a commencé à fumer du crack à 42 ans.

Bipolarité, double personnalité, tentatives de suicide, séparation douloureuse, maladies physiques: elle a fait partie de ces personnes qui vont au palais de justice en compagnie d'un infirmier ou d'un agent de sécurité, pour des dossiers de garde en établissement psychiatrique.

Dans son cas, le système semble fonctionner. Cette semaine, la femme s'est rendue au palais de justice de Gatineau pour témoigner de la réussite de ses dizaines de thérapies, de la vie avec son nouvel amoureux, sans oublier sa fille, qui est venue dire au juge que sa mère était enfin redevenue sa mère.

Les problèmes commencent en 2005. Un début de dépression marque sa descente aux enfers. Le conjoint de longue date de Nadine décide de la quitter et emmène leur enfant avec lui. Il le fait par amour, la petite fille étant trop souvent confrontée à des images qu'on ne devrait pas voir, surtout à sept ou huit ans. Elle a vu sa mère jonchant le sol ensanglanté de la salle de bain, poignets tailladés. Ces scènes d'automutilation se multiplient, et bientôt, c'est l'aller simple vers l'hôpital psychiatrique Pierre-Janet.

Traînant dans la rue et fréquentant les maisons de crack, elle est arrêtée par la police. Elle est reconnue non criminellement responsable pour cause d'aliénation mentale.

Elle rencontre un homme. Son besoin d'affection est bien réel, ce ne sont pas ses voix intérieures qui lui dictent ces sentiments.

Mais cet homme est trop bien connu des services policiers. Il a fait presque 30 ans de prison. Il consomme et la fait consommer du crack et des méthamphétamines. Elle pèse à peine 45 kilos (100 livres). Elle vole pour sa consommation de drogue et celle de son nouveau chum, qui commence à être violent avec elle.

Le cocktail est explosif. Hallucinations auditives, troubles d'anxiété, etc.: cette fois-ci, c'est une armée des démons imaginaires qui la prennent en otage.

Pendant ce temps, sa fille et le père de celle-ci refont leur vie.

Un chemin difficile

Nadine se perd dans le système judiciaire, mais bientôt, elle entreprend des thérapies, consulte des gens fiables, arrête de se droguer, et prend une véritable médication. Sa force de caractère refait surface et elle se rappelle de l'amour de ses proches. Dans la quarantaine, rien n'est encore perdu.

Elle assume les crimes qu'elle a commis et tente de convaincre le juge qu'il lui faut éviter la prison. Elle se dit prête à faire des travaux communautaires, à purger sa peine dans la communauté, n'importe quoi sauf «en dedans». «Si je retourne là, c'est la rechute», dit-elle.

Devant le tribunal, elle touche son ventre et rit. «Aujourd'hui j'ai un peu de graisse! Mon nouveau chum, c'est un antidrogue, et ça va bien.»

À côté de ce nouvel homme, dans la salle de cour, est assise une adolescente. C'est la fille de Nadine. Elle se rend à la barre des témoins et explique qu'elle est partie avec son père pour se concentrer sur ses études. «Aujourd'hui, ma mère, c'est mon idole. J'ai vraiment besoin d'elle.» Elle a 17 ans, et est toujours aux études.

Les deux femmes se regardent. L'amour n'a pas disparu pendant ces dures années. Il les a séparées, il leur a fait mal, mais, au bout du compte, il a poussé la mère à se relever et à sortir du palais de justice autrement qu'accompagnée d'un agent ou d'une infirmière.

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