Le rôdeur ne «rôdait» pas

Se représentant seul, un Gatinois arrêté cet été parce qu'il se serait... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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Se représentant seul, un Gatinois arrêté cet été parce qu'il se serait prétendument introduit chez des gens pour les observer dormir, la nuit, a été acquitté des deux accusations qui pesaient contre lui.

Le prévenu a gagné sur une motion de non-lieu entourant la définition du verbe «rôder».

Kevin Irwin John, 37 ans, demeure toutefois en détention préventive, puisque plusieurs autres accusations semblables sont maintenues par le ministère public.

Selon le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), M. John s'est introduit dans des résidences pour observer les occupants plongés dans les bras de Morphée, dans le quartiersMont-Bleu et celui de du Barry, plus à l'est.

Des victimes ont dit aux policiers qu'elles s'étaient réveillées devant le suspect, qui les observait alors, debout et immobile.

À chaque incident, l'individu quittait les lieux sous les directives des résidents de mauvais poil.

Le tribunal a acquitté le suspect sur deux chefs d'intrusion de nuit. Tel que le stipule l'article177 du Code criminel, «quiconque, sans excuse légitime, dont la preuve lui incombe, flâne ou rôde la nuit sur une propriété d'autrui, près d'une maison d'habitation sur cette propriété», doit être reconnu coupable de cette accusation sommaire.

Après l'audition des témoins, lundi, la juge Anouk Desaulniers n'a pas pu établir hors de tout doute raisonnable que le prévenu était coupable de ces deux accusations.

Définition

Elle s'est entre autres basée sur la définition du verbe «rôder».

En gros, les témoignages entendus ne font état que d'un suspect fuyant les policiers et courant sur des terrains privés, sans tenter de se cacher. Le procès se déroule en anglais. La magistrate a consulté les trois principaux dictionnaires anglais pour bien établir la définition du verbe rôder.

«Rôder, c'est une action qui est faite avec la volonté de ne pas être vu, explique-t-elle. Ce que je comprends des témoignages, c'est qu'il fuit les policiers.»

En résumé, l'accusé a été vu en train de fuir en courant, demandant même à un résident s'il pouvait sauter une clôture. Devant le refus de celui-ci, le fuyard a foncé vers un autre terrain, sans se cacher.

Grosso modo, la preuve a démontré qu'il fuyait les policiers, mais qu'il ne se cachait pas, bien qu'il se trouvait illégalement sur des terrains privés.

Selon les dictionnaires anglais Webster, Collin et Cambridge, le flânage (prowling) signifie bouger de façon silencieuse d'un endroit à l'autre, furtivement, dans le but de ne pas être vu. «Le contraire serait rush (se précipiter)», a poursuivi la juge.

«Je n'ai pas la vision que l'accusé s'est déplacé d'une façon furtive ou secrète.»

Par ailleurs, l'identification du suspect pose problème au ministère public. Certains résidents à peine réveillés auraient eu de la difficulté à reconnaître l'homme à la peau noire, dans l'obscurité de leur chambre à coucher.

Le tribunal a enfin accepté la motion de non-lieu déposée par l'accusé.

D'autres dossiers similaires impliquant le même homme en sont toujours à l'étape de l'enquête préliminaire, au palais de justice de Gatineau. Le SPVG a confié d'autres preuves à la Couronne, concernant des incidents s'étant produits dans la même période du printemps-été 2014.

Ces acquittements concernent des allégations du mois de mai. D'autres révélations doivent être apportées devant le tribunal relativement à des enquêtes policières qui se sont poursuivies en août dernier.

Ldebacher@ledroit.com

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