Acquitté de «fraude au lit»

Dix mois après avoir entendu le procès, la... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Dix mois après avoir entendu le procès, la juge Gilbert a prononcé l'acquittement lundi, convaincue que Charles Dufour croyait, sincèrement, mais faussement, que la plaignante consentait à avoir une relation sexuelle avec lui.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) La «fraude au lit» n'en était pas une, tranche la juge Marie-Claude Gilbert, qui acquitte Charles Dufour, jeune homme de Québec accusé d'agression sexuelle après avoir pris la place de son ami dans le lit d'une conquête.

Dix mois après avoir entendu le procès, la juge Gilbert a prononcé l'acquittement lundi, convaincue que l'homme de 27 ans croyait, sincèrement, mais faussement, qu'Alexandra (prénom fictif), jeune femme de 22 ans, consentait à avoir une relation sexuelle avec lui.

Assis en première rangée dans la salle d'audience, Charles Dufour desserre les poings de soulagement. Dans la salle, ses proches applaudissent brièvement avant de sortir, large sourire aux lèvres.

Alexandra, stoïque et pâle, tente de rassurer sa mère, ébranlée par la décision de la juge.

En février 2015, après une soirée dans les bars, Alexandra est allée rejoindre chez lui, Éric Beaupré-Wilson, barman de 24 ans avec qui elle a eu des relations sexuelles un mois plus tôt. 

Sur place, Beaupré-Wilson est accompagné de Charles Dufour, étudiant en criminologie. 

La copine qui avait suivi Alexandra va rapidement s'étendre pour dormir dans la véranda. Alexandra et Éric passent à la chambre à coucher. Ce dernier laisse la porte entrouverte, un geste que Charles Dufour interprétera comme une invitation.

Lorsque Éric ressort de la chambre au bout de quelques minutes, Charles le relaie. Il entre, verre d'eau à la main. Alexandra tend la main, prend le verre, boit une gorgée puis se recouche, dos à Charles. Sans dire un mot, le jeune homme se glisse derrière la jeune femme et initie le rapport sexuel. Alexandra embarque dans le jeu et aide son partenaire à placer son pénis pour la pénétrer. 

Soudain, elle entend « C'est excitant tout ça!». C'est Éric qui se tient dans le cadre de la porte. La jeune femme saisit son téléphone cellulaire pour éclairer le lit et comprend que c'est avec Charles qu'elle vient d'avoir une relation sexuelle. 

Ulcérée, elle se rhabille et quitte la maison en trombes.

La défense de croyance sincère, mais erronée, plaidée par l'avocate de Dufour, Me Susan Corriveau, est vraisemblable, estime la juge Gilbert. «Il y avait une situation d'ambiguïté susceptible d'expliquer comment l'accusé a pu se méprendre», ajoute la magistrate.

En acceptant l'invitation, Alexandra avait envoyé un message-texte à Éric disant «deux gars, deux filles, ça le fait, il est tôt». Ce texto, lu par l'accusé, avait porté Dufour à croire que la jeune femme venait pour avoir des relations sexuelles en groupe. D'autant plus, plaidait-il, qu'elle avait déjà eu une expérience du genre quelques mois plus tôt.

Alexandra avait expliqué lors du procès qu'elle ne voyait pas grand chose dans la chambre cette nuit-là. 

Aux yeux de la juge Gilbert, si la jeune femme voyait assez pour prendre le verre d'eau tenu par Dufour, ce dernier a pu penser qu'elle l'avait vu, reconnu et avait accepté qu'il la rejoigne au lit.

La juge ajoute que même dans la noirceur totale, il est difficile de croire qu'Alexandra, qui se disait non-intoxiquée par l'alcool, ne se soit pas rendu compte du changement de partenaire. Dufour est plus musclé et plus velu que son ami Éric.

La procureure de la Couronne Me Carmen Rioux étudiera la possibilité d'en appeler du jugement, notamment sous l'angle des moyens raisonnables pris ou non par l'accusé pour s'assurer du consentement de la plaignante.




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