De la noirceur à la lumière

Après le prononcé de la sentence, Lucie et... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Après le prononcé de la sentence, Lucie et Nathalie Lesage parlaient de «délivrance». Elles espèrent maintenant se «reconstruire».

Patrick Woodbury, Le Droit

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Elles sont sorties de l'emprise obscure de leur père, à la lumière forte des caméras de télé. En moins de trois semaines, les soeurs Lesage sont passées de parfaites inconnues à symboles de la dénonciation des agressions sexuelles.

En décidant de faire tomber l'ordonnance de non-publication qui protégeait leurs identités, les soeurs ont voulu permettre aux médias de nommer leur père, celui qui les a agressées pendant des décennies.

On les reconnaît dans la rue, maintenant.

Encouragées, ou stigmatisées dans la population ?

« Encouragées, répond Nathalie Lesage, fille et victime du père incestueux. On voit des gens dans les endroits publics, qui nous le disent. D'autres nous regardent, mais n'osent pas s'approcher. Les gens nous font un sourire, car ils nous reconnaissent. Ça fait du bien au coeur. »

Les victimes profitent de leur tribune pour inciter les gens à dénoncer leur agresseur.

« Ce n'est pas si dramatique que cela, de donner notre identité », dit Lucie Lesage, qui a eu trois enfants de son propre père.

« Ce n'est pas à nous de nous sentir malaisées ou jugées, poursuit-elle. C'est un processus de reconstruction. »

Sa soeur Nathalie dit à la blague « avoir perdu 25 ou 30 livres » en entendant le juge prononcer la peine de 15 ans de prison.

Pour Lucie, c'est « la fin d'un chapitre important, et le pire ». La suite de son livre sera plus heureuse, ajoute la femme, de son habituel ton doux.

Après le prononcé de la sentence, les victimes ont étreint les procureurs de la Couronne et les enquêteurs de la police de la MRC des Collines, qui les ont accompagnées dans ce rude processus.

Les femmes ont multiplié les étreintes avec leurs proches, au rez-de-chaussée du palais de justice de Gatineau. Les rires ont remplacé les pleurs et les craintes.

Les femmes remarquent que les gens qui les reconnaissent ne savent pas toujours comment les aborder, sachant aujourd'hui tout ce qu'elles ont enduré dans le passé.

« Venez nous voir, dit Nathalie. Ne nous ignorez pas parce que vous êtes mal à l'aise. Parce que ça fait encore plus mal. »

« Foncez », répète Lucie Lesage aux autres victimes d'agression sexuelle. « Ça semble ardu, ce l'est. Mais quelle délivrance ! »

Jacques Roger Lesage, qu'elles ne considèrent plus comme leur père, s'en va en prison pour longtemps. Son nom sera inscrit sur le registre des délinquants sexuels à vie. Un échantillon de son ADN sera conservé.

Les soeurs, longtemps divisées par leur père manipulateur, comptent rattraper le temps perdu, se voir plus souvent et passer du bon temps ensemble.

Même si le jury a acquitté l'homme de 79 ans sur les chefs concernant Chantal Knippenberg, issue d'une relation extraconjugale de leur père, les deux autres femmes la croient. Elles la considèrent d'ailleurs comme leur soeur à part entière.

Après le verdict, Chantal l'avait confié elle aussi : « Je suis arrivée seule au palais de justice, mais je le quitte avec des soeurs. »

D'autres présumées victimes identifiées

D'autres victimes alléguées du père grand-père de Val-des-Monts porteront bientôt plainte contre lui, ont confirmé plusieurs sources au Droit.

Ce n'est qu'une question de temps avant que d'autres victimes alléguées de Jacques Roger Lesage se rendent au poste de police pour rencontrer les enquêteurs, et raconter leurs agressions.

Les deux filles du père incestueux se sont aussi dites convaincues qu'elles étaient loin d'être les seules victimes.

Quatre plaintes

Pour l'instant, quatre personnes ont porté plainte, soit Lucie et Nathalie Lesage et Chantal Knippenberg, de même qu'une dernière qui ne peut être nommée pour l'instant.

Le jury a toutefois acquitté le père incestueux des chefs qui concernaient Mme Knippenberg.

Lorsque Jacques Roger Lesage a été reconnu coupable de quatre des six chefs le concernant, une autre victime a porté plainte, et la police de la MRC des Collines a déposé un chef d'agression sexuelle et un autre d'attouchement sexuel sur une mineure.

Cette victime alléguée est aujourd'hui d'âge adulte. Une ordonnance de non-publication protège son identité.

Jacques Roger Lesage maintient son plaidoyer de non-culpabilité dans ce dossier. Il veut encore se défendre devant un jury. Le procès aura lieu en juin.

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