Procès pour inceste: la famille semblait «parfaite»

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« J'ai vu ça à la télé (l'accusation de son père). Même si les noms n'étaient pas publiés, j'ai su qui c'était. Je me suis dit : 'Ayoye ! Je ne suis pas la seule' », a raconté la victime alléguée.

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La famille du « père grand-père », cet homme de 79 ans qui subit son procès pour inceste, agression sexuelle et attentat à la pudeur, cette semaine à Gatineau, semblait « parfaite », selon une autre de ses filles au nombre des victimes alléguées.

Une autre journée difficile a marqué le procès du septuagénaire accusé de gestes ignobles survenus entre les années 1970 et 2004.

Le prévenu, aujourd'hui affaibli par la maladie, a fait trois enfants à l'une de ses propres filles. Le premier enfant issu de l'inceste est venu au monde quand la fille n'avait que 13 ans. Deux autres enfants ont vu le jour depuis ce temps. Cette victime a décidé de parler aux policiers de la MRC des Collines, en 2014.

En voyant l'affaire sortir dans les médias, une autre victime s'est confiée aux autorités. Cette autre femme, aujourd'hui âgée de 45 ans, a témoigné à son tour, mercredi. Il s'agit d'une fille que l'accusé a eu dans une relation extraconjugale.

« J'ai vu ça à la télé (l'accusation de son père). Même si les noms n'étaient pas publiés, j'ai su qui c'était. Je me suis dit : 'Ayoye ! Je ne suis pas la seule'. J'ai texté à ma nièce et je lui ai dit : 'Ta mère n'est pas la seule, vient me voir' », a raconté la victime alléguée.

La femme de 45 ans a vécu avec sa mère biologique et un autre homme, qui a l'adoptée. « Mais il ne m'aimait pas. Il me battait, moi et ma mère », a-t-elle laissé tomber.

Cette victime a eu un fils, qui n'est pas issu de l'inceste du père biologique.

La victime a expliqué avoir été élevée en retrait de la famille légitime de l'accusé, tout en gardant des contacts « occasionnels » avec elle.

La femme visitait la famille de son père biologique, et fréquentait ses soeurs et frères, avec qui elle avait du bon temps.

« Je ne disais rien (des agressions) parce que je ne voulais pas briser cette famille-là. Elle avait l'air parfaite. Ça chantait tout le temps, il y avait toujours de la nourriture dans le frigidaire, et on ne manquait de rien. Je ne voulais pas être celle qui brise la famille. Je pensais être la seule qui se faisait (agresser) », a témoigné la femme avec aplomb, mercredi.

Enfant et adolescente, la victime aurait été embrassée « avec la langue » par son père. « Il me tapait à l'intérieur de la cuisse pour que j'ouvre les jambes, parce qu'il voulait me toucher le vagin. Il me touchait aussi les seins », a-t-elle répété à plusieurs reprises, mercredi.

« Finalement, ce n'était pas Walt Disney », a-t-elle dit, par rapport à la famille de l'accusé. Son père mettait souvent ses mains sous sa jaquette, multipliant les attouchements. « Toujours la même approche, la tape sur la cuisse... C'est dégueulasse, hein ? » a-t-elle dit, s'adressant directement au jury.

Jouer de l'orgue

Parfois, la fille s'assoyait sur son père, qui lui montrait à jouer de l'orgue, à la maison. Le père en érection « se frottait » sur l'enfant.

Pendant son témoignage, elle a regardé son père assis dans le box. « C'est un hypocrite. Il est là, puis je suis contente de le voir là. »

Plus tard, elle a confié qu'elle aimait son père, malgré tout. « C'est mon père. (...) Mon fils adore son grand-père. Il m'a déjà demandé s'il pouvait aimer mon père parce qu'il ne lui avait jamais rien fait, à lui. Je lui ai dit qu'il le pouvait. »

La même témoin a dit, mercredi, que ce procès était un chance pour elle d'entreprendre « un renouveau ».

Dénonciation

En début de journée, la première victime - qui a eu trois enfants à la suite des agressions de son père - a terminé son récit à glacer le sang. « J'ai décidé d'en parler (à une de ses soeurs) et elle m'a accompagnée. »

Âgée de 53 ans, la mère des trois enfants nés de l'inceste est retournée aux études quand elle en avait 40. « J'ai réussi avec brio un programme en éducation spécialisée. Mais je n'ai pas postulé dans ce domaine, parce que j'avais l'impression de ne pas être compétente à aider les autres. Je n'avais pas été capable de m'aider moi-même. »

La femme occupe aujourd'hui un emploi dans la fonction publique. Elle a témoigné avec précision et émotion, mardi et mercredi.

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