Pierre-Janet: les risques d'évasion connus depuis 2015

En septembre 2015, il était évident pour le ministère... (Simon Séguin-Bertrand, Archives Le Droit)

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En septembre 2015, il était évident pour le ministère public que David Harvey présentait un risque d'évasion.

Simon Séguin-Bertrand, Archives Le Droit

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Les risques que David Harvey s'évade de l'hôpital psychiatrique Pierre-Janet, à Gatineau, étaient connus depuis plus d'un an, a appris Le Droit. Dès 2015, la Cour du Québec a entendu qu'il existait des « possibilités réelles » que le patient prenne la clé des champs.

Ces craintes, verbalisées il y plus d'un an par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), se sont matérialisées il y a une dizaine de jours, lorsque le criminel de 22 ans a assommé une préposée aux bénéficiaires de l'hôpital pour s'enfuir.

David Harvey était toujours en cavale, lundi. L'homme est accusé d'avoir perpétré, avec des complices, deux braquages à un domicile de L'Ange-Gardien, et un autre à Plaisance, toujours en 2015. Le 3 décembre dernier, l'homme s'est évadé de Pierre-Janet, en assénant un coup à une préposée aux bénéficiaires, seule avec lui. Il s'est emparé de sa carte magnétique pour sortir de l'établissement. Les autorités policières croient que le jeune homme pourrait avoir pris la direction de Montréal, d'où il est originaire.

David Harvey est toujours en cavale.... (Courtoisie) - image 2.0

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David Harvey est toujours en cavale.

Courtoisie

Le jeune homme a été arrêté avec ses deux présumés complices le 28 juillet 2015 et placé en détention préventive à la suite de sa première comparution.

Le 10 septembre 2015, l'avocat de la défense de l'époque, Me Romain Goyard, a demandé une évaluation psychiatrique de cinq jours pour son client, afin de déterminer s'il était apte à subir un procès.

Une évidence pour DPCP

Le procureur du DPCP, Me Stéphane Rolland, a consenti à ce que le prévenu soit évalué. Il s'est toutefois opposé à ce qu'il soit hébergé à Pierre-Janet lors de la mise en examen.

Déjà, il était évident, pour le ministère public, que David Harvey présentait un risque d'évasion.

« Je me fie à mon collègue (de la défense) sur la nécessité d'évaluation, a dit Me Rolland. Par contre, sur la détention, monsieur est accusé de crimes qui sont très graves, de plusieurs invasions de domiciles, faisant partie d'un réseau de criminalité organisé. Le ministère public s'inquiète sur les possibilités réelles d'évasion de monsieur s'il est remis dans un milieu où, Pierre-Janet, les portes ne sont pas barrées. Monsieur peut sortir en tout temps et s'il décide de quitter, il n'y a personne qui va l'arrêter. Compte tenu des circonstances, je demanderais plutôt que monsieur demeure en prison. Effectivement, qu'il soit évalué le plus tôt possible, mais par contre, qu'il demeure au centre de détention de Hull. »

L'avocat de David Harvey a dit comprendre la position du DPCP, tout en ajoutant « ne pas avoir eu les mêmes échos » sur la question « des portes ouvertes » permettant à son client de quitter inopinément.

Elle-même sur le banc lors d'une précédente comparution de David Harvey, la juge Anouk Desaulniers s'est montrée préoccupée par le type de détenu qu'était David Harvey et la nature des accusations portées contre lui.

« J'étais là quand monsieur a comparu, et j'ai pu voir toute la sécurité qui avait été mise en place dans la salle (de cour) pour faire comparaître monsieur. Alors, je m'interroge si le même genre de mesures de sécurité accrue peut être mis en place à Pierre-Janet. »

L'avocat de la défense a ensuite demandé à la juge de s'entretenir quelques instants en privé avec son client.

Au retour de la courte suspension, la juge a confirmé ses craintes, refusant le transfert du prévenu à Pierre-Janet. 

« Je ne le ferai pas pour les motifs que j'ai énoncés un peu plus tôt, quant à des inquiétudes, quant à la capacité de Pierre-Janet de recevoir ce genre de clientèle. » L'évaluation psychiatrique a eu lieu à la prison de Gatineau.

Le CISSSO ignorait cet épisode

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) ignorait tout des craintes qu'avait émises un procureur de la Couronne, en 2015, au sujet du risque d'évasion du détenu David Harvey.

Le directeur de la direction santé mentale et dépendances du CISSSO, Alain Godmaire, a admis lundi n'avoir jamais entendu parler de cet épisode datant de l'an dernier. «Ça date de 2015, et le portrait clinique a eu le temps de changer», précise-t-il en ajoutant que si le milieu carcéral craint qu'un détenu tente de s'enfuir, l'information «devrait être transmise» au réseau de la santé.

«Ça aurait pu être pertinent [de le savoir], si eux à l'époque avaient ces craintes-là avant de nous l'envoyer, note M. Godmaire. Mais je présume qu'une partie de ces craintes-là s'étaient estompées.»

Une analyse sera d'ailleurs réalisée afin de déterminer de quelle manière la transmission d'information peut s'améliorer entre les milieux judiciaire et carcéral et le réseau de la santé.

Extraits de la conversation en cour le 10 septembre 2015

Palais de justice GatineauPATRICK WOODBURY, LeDroit... (Patrick Woodbury, Archives Le Droit) - image 5.0

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Palais de justice GatineauPATRICK WOODBURY, LeDroit

Patrick Woodbury, Archives Le Droit

Me Romain Goyard (Défense): «La défense va vous demander une évaluation sur l'aptitude à subir son procès. Monsieur a des idées suicidaires très intenses. On est proches des troubles mentaux, selon moi. Ce sera dans l'intérêt véritable de monsieur de vérifier son aptitude (à subir un procès).»

Me Stéphane Rolland (DPCP): «Je ne connais pas monsieur, mais je me fie au collègue (de la défense), et je pense qu'on peut se fier à l'évaluation que mon collègue en fait.»

Juge Anouk Desaulniers: «Le tribunal ordonne l'évaluation de l'aptitude de l'accusé à subir son procès. Une évaluation de 5 jours.»

Me Goyard: «Je vous demanderais que monsieur soit détenu à Pierre-Janet pour évaluation.»

L'agent correctionnel, dans le box à côté du prévenu David Harvey, s'adresse à la cour, et dit noter l'ordonnance d'évaluation psychiatrique. La juge Desaulniers demande à l'agent correctionnel si son équipe est en mesure d'assurer la sécurité s'il est transféré à Pierre-Janet.

Agent correctionnel: «On va faire le nécessaire pour sa sécurité à lui.»

Juge Desaulniers: «Ce n'est pas la sécurité à laquelle je faisais (allusion).»

Le procureur du DPCP a alors fait part de ses inquiétude quant aux «possibilités réelles d'évasion» du prévenu, s'il était envoyé à l'hôpital psychiatrique Pierre-Janet.

Avec Justine Mercier

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