Les champions de la mauvaise conduite

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Groupe Capitales Médias a analysé le document Les infractions et les sanctions reliées à la conduite d'un véhicule routier, 2005-2014 produit par la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ).
À travers la province, comme dans notre région, certaines données sont surprenantes, alors que d'autres confirment les croyances populaires.

Ils sont ceux qui sont le plus souvent arrêtés pour conduite avec les facultés affaiblies. Ils reçoivent davantage de contraventions que quiconque pour excès de vitesse. Ils sont aussi les rois des amendes non payées. Qui sont ces citoyens délinquants ? Les hommes de 16 à 24 ans.

Année après année, les hommes de ce groupe d'âge sont surreprésentés dans la plupart des types d'infractions au Code de la sécurité routière et au Code criminel reliées à la conduite d'un véhicule routier. Ces dernières infractions incluent en outre la conduite avec les capacités affaiblies, la conduite dangereuse entraînant la mort, la négligence criminelle entraînant la mort ou encore l'omission d'arrêter lors d'un accident.

Les moins de 25 ans, hommes comme femmes, ont représenté 26,9 % des contrevenants au Code criminel relié à la conduite d'un véhicule routier entre 2005 et 2014 au Québec. Ils ne constituaient pourtant que 10,2 % des titulaires de permis.

« Les jeunes ont toujours été problématiques en sécurité routière. Ils ont toujours été surreprésentés, et ça persiste », affirme le professeur de l'école de criminologie de l'Université de Montréal et directeur du laboratoire en sécurité routière, Étienne Blais.

Les conducteurs de 16-24 ans sont ceux qui ont eu le plus d'infractions en 2014 pour omission de se conformer à un feu rouge ou à un panneau d'arrêt. Ils arrivent également tout en haut dans la catégorie « omission de porter leur ceinture de sécurité ».

Un conducteur sur cent

Les garçons de 16 à 24 ans sont le seul groupe d'âge qui, année après année, a un taux de plus de 1000 suspensions immédiates de permis de conduire - le taux frôle parfois même le 2000 - pour 100 000 conducteurs. C'est donc dire que plus d'un conducteur sur 100 dans ce groupe d'âge voit son permis être suspendu annuellement, soit pour facultés affaiblies, soit parce qu'il a consommé de la boisson alors que son permis était classé « tolérance zéro ».

Les filles du même âge jouent davantage entre 200 et 300 suspensions par 100 000 permis, mais leur nombre tend à augmenter au cours des dernières années, avec un nombre avoisinant le 400 en 2012.

Les infractions associées à l'alcool ont par ailleurs représenté 92 % des infractions au Code criminel reliées à la conduite d'un véhicule routier en 2005 et 2014.

« Les hommes sont surreprésentés. [...] Nos données montrent que 84,4 % des infractions au Code criminel sont commises par des hommes alors qu'ils constituent 52,4 % des titulaires de permis », explique la directrice de la recherche et du développement en sécurité routière à la SAAQ, Lyne Vézina. 

Est-ce parce que les hommes ont culturellement tendance à conduire davantage que les femmes ? « Nous avons des indices selon lesquels le pourcentage de femmes qui conduisent a augmenté. Les femmes sont de plus en plus propriétaires de véhicules, mais malgré cela, le comportement lié à l'alcool au volant est majoritairement masculin. »

Sur la piste des antidémarreurs

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Courtoisie, Volvo AB

Plus de 19 000 conducteurs avaient un antidémarreur éthylométrique sur leur véhicule en mai dernier au Québec. De ce nombre, ils étaient 795 en Outaouais.

Les personnes coupables d'une infraction liée à l'alcool et dont le permis est révoqué peuvent, selon certaines conditions, recevoir un permis restreint. Ils peuvent uniquement conduire un véhicule muni d'un antidémarreur éthylométrique, c'est-à-dire muni d'un appareil électronique qui empêche leur voiture de démarrer dès que l'antidémarreur détecte la présence d'alcool dans l'organisme du conducteur.

C'est en Montérégie que le nombre de conducteurs ayant un antidémarreur éthylométrique est le plus élevé au Québec, avec 3206 en mai.

«L'alcool est l'une des principales causes de décès sur nos routes, explique Lyne Vézina, directrice de la recherche et du développement en sécurité routière à la SAAQ. Parfois, la population a tendance à croire que c'est le seul fait des récidivistes. Oui, on peut s'attaquer aux multirécidivistes; oui, c'est inacceptable; mais la majorité qui se fait prendre, c'est pour la première fois. Plusieurs conducteurs ne se sentent pas concernés par l'alcool au volant, sont des buveurs sociaux, mais pourtant ça leur arrive aussi.»

La pose d'un antidémarreur éthylométrique n'est pas obligatoire, mais raccourcit la période d'interdiction de conduire pour les personnes arrêtées avec les facultés affaiblies.

À cerveaux immatures, comportements immatures?

Le cerveau humain se forme pendant 25 ans, explique le psychologue Louis Legault, ce qui pourrait constituer un point de départ pour comprendre la témérité de certains jeunes conducteurs. « À partir de la mi-vingtaine, on va observer des conduites beaucoup plus matures. Ça se reflète dans les statistiques sur la sécurité routière. »

Les statistiques démontrent une imprudence propre aux jeunes. « On sait grâce aux neurosciences que le cerveau se forme pendant 25 ans (pour qu'il soit à maturité). C'est le même concept que pour les poumons, qui prennent dix ans pour se former, ou pour le système reproducteur féminin et ses quelque 12 ans. Le cerveau en prend 25. Une des zones qui se développe le plus lentement est la partie frontale du cerveau », souligne le psychologue.

Les lobes frontaux gèrent en outre la prise de décision, le jugement, le raisonnement et la personnalité. « Quand on vieillit, on sait que l'on doit être plus prudents, continue M. Legault. [...] Parfois, comme adulte, on se dit : "Eille à 15 ans, on était-tu assez fous ?" Les statistiques ne font que refléter ça. Ce n'est pas la question de la génération actuelle. Dans 10 ans, ce seront encore les 16 à 25 ans qui seront les plus problématiques. »

Les filles, pour qui les statistiques sont plus encourageantes, deviennent plus matures précocement que les garçons, soutient-il.

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