Jian Ghomeshi, un terrifiant «parfait gentleman»

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La Presse Canadienne

L'ancien animateur vedette de la radio Jian Ghomeshi semblait être un gentleman humble, charmant et galant qui, sans aucun avertissement, devenait violent, a-t-il été dit à son procès pour agression sexuelle, lundi.

Lors du premier témoignage entendu, une femme qui avait à une époque considéré Ghomeshi comme un homme de qualité à fréquenter, a décrit comment il l'avait décontenancée en étant d'abord doux et poli pour en venir à lui tirer les cheveux si fort qu'il lui a fait mal.

«Cela semblait être comme une rage qui n'était pas là la seconde avant qu'il le fasse, a dit la femme, qui ne peut être identifiée. C'était vraiment déconcertant.»

Cet événement s'est déroulé en décembre 2002, alors qu'ils étaient assis dans la Wolkswagen Coccinelle jaune de l'animateur près des édifices de la CBC à Toronto, a-t-elle déclaré dans la salle de Cour.

La femme, qui avait alors 41 ans, avait rencontré Ghomeshi dans une fête de Noël et il l'avait invitée à l'enregistrement d'une émission, après quoi ils étaient allés prendre un verre.

Ghomeshi avait flirté avec elle, mais elle n'était pas inquiète d'accepter son offre de la reconduire.

«Je me rappelle avoir pensé: il est drôle, il est intelligent, il ouvre les portes, il est le parfait gentleman.»

Après lui avoir tiré les cheveux, il a semblé redevenir l'homme charmant qu'il était plus tôt, a-t-elle dit, la laissant penser qu'il ne connaissait peut-être pas sa propre force.

Un mois plus tard, après une troisième soirée ensemble, elle a accepté d'aller chez lui.

Ils étaient debout, en train de s'embrasser lorsqu'il est allé derrière elle, a attrapé ses cheveux et l'a tirée par terre pour la faire tomber à genoux, a-t-elle dit au procureur de la Couronne Michael Callaghan.

«Coups de poing à la tête»

«Au même moment, il m'a donné des coups de poing à la tête. À plusieurs reprises. J'étais terrifiée et j'ai commencé à pleurer», a-t-elle témoigné.

«Il m'a jetée comme des vidanges. Il n'avait rien à dire. Je ne savais pas ce qu'il allait faire. J'étais gelée, de peur et de tristesse».

La femme a dit qu'elle n'est jamais allée voir la police à l'époque, affirmant qu'elle ne savait pas si elle avait des recours et si on allait la croire. Mais ce qui lui est arrivé a commencé à la ronger, surtout alors qu'il gagnait en popularité et devenait de plus en plus visible.

Le procès de Jian Ghomeshi a débuté lundi matin à Toronto, avec une discussion au sujet de l'accès des médias aux éléments de preuve, tels que des photographies, des vidéos et des enregistrements sonores.

Le juge William Horkins a indiqué qu'il était plutôt en faveur de donner aux journalistes un tel accès.

Plus tôt, Ghomeshi, 48 ans, rasé de près, portant un manteau noir, une chemise blanche et une cravate noire, avait dû affronter une masse de journalistes lorsqu'il est entré dans le palais de justice du centre-ville de Toronto.

L'ancien animateur de l'émission culturelle «Q» à la radio de la CBC a plaidé non coupable à quatre accusations d'agression sexuelle et à un chef de tentative d'étranglement pour vaincre la résistance de la victime. Sa cause sera jugée par un juge seul et non un jury.

Seulement une des présumées victimes peut être identifiée publiquement, soit l'actrice Lucy DeCoutere, mieux connue pour son rôle dans la série télé Trailer Park Boys.

La controverse entourant le populaire animateur a fait surface en octobre 2014, quand la CBC a annoncé qu'il se retirait de ses engagements pour «gérer certaines questions personnelles». Le diffuseur public a coupé tous les liens avec son employé deux jours plus tard. La CBC avait par la suite expliqué avoir décidé de congédier Jian Ghomeshi après avoir pris connaissance de «preuves explicites» montrant qu'il aurait blessé physiquement une femme.

Dans un long message sur Facebook, Jian Ghomeshi avait reconnu avoir eu des relations sexuelles «brutales», mais affirmait que ces relations étaient toujours consensuelles.

«Il s'agit d'une évidence, mais ce procès a attiré une énorme attention médiatique», a déclaré le juge Horkins alors que le procès débutait lundi. «Je vais me concentrer sur ce qui se passe dans cette salle de Cour».

Le juge a dit qu'il ne croyait pas qu'il y aurait de problèmes en permettant aux médias d'avoir accès aux éléments de preuve du moment qu'ils respectent les interdits de publications et n'identifient pas les deux autres plaignantes.

Par contre, l'avocate de l'une de ces femmes voulait avoir plus de certitude sur la façon dont la vie privée de sa cliente serait correctement protégée, avant que les éléments de preuve ne «soient distribués au monde entier».

Gillian Hnatiw, l'avocate de Mme DeCoutere, a déclaré que les procédures impliquent des sujets qui sont «de nature très personnelle» mais que sa cliente n'avait aucune idée des éléments de preuve qui seraient présentés.

L'avocate de l'accusé, Marie Henein, qui pousse pour que la preuve soit accessible, a noté avec ironie que Mme DeCoutere et son avocate avaient donné «pas moins de 24 entrevues aux journalistes».

«Pas le Far West»

La défense n'a pas demandé de dossiers psychologiques, qui ne sont ainsi «pas en jeu», a dit Mme Henein au juge Horkins, ajoutant que des balises sont en place pour protéger les plaignantes.

«Ce n'est pas le Far West», a dit Mme Henein.

«Ma position par défaut est la transparence», a dit le juge, soulignant qu'il était conscient de la nature sensible de certaines preuves potentielles et qu'il laisserait aux avocats la tâche de relever les problèmes.

«Les éléments de preuve seront rendus disponibles», a-t-il dit.

Ghomeshi a écouté le tout calmement et sans émotion discernable, baissant par moment la tête.

Après une enquête policière, Jian Ghomeshi s'est rendu aux autorités pour faire face à de multiples accusations, un mois après son congédiement par la CBC.

En plus des quatre accusations qui feront l'objet du procès qui commence lundi, Ghomeshi fait face à une autre accusation d'agression sexuelle, qui sera jugée lors d'un procès distinct en juin.

Les allégations pour lesquelles Jian Ghomeshi sera jugé à partir de lundi remontent à aussi loin que 2002.

Passible de la prison à vie

S'il est reconnu coupable d'agression sexuelle, l'ex-animateur est passible d'une peine maximale de 18 mois de prison. Pour l'accusation de tentative d'étranglement pour vaincre la résistance de la victime, toutefois, la peine maximale est la prison à vie.

L'avocate de la défense, Marie Henein, connue pour son approche sans merci, est l'avocate principale de Ghomeshi. Elle est assistée par Danielle Robitaille.

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