Une 46e fusillade secoue Ottawa cette année

De plus en plus, il est devenu «acceptable»... (Martin Roy, Archives LeDroit)

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De plus en plus, il est devenu «acceptable» chez les criminels de se munir d'une arme à feu.

Martin Roy, Archives LeDroit

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Plus d'une quarantaine de fusillades sont venues briser la quiétude à Ottawa en 2015. La plus récente est survenue sur l'avenue Lees, vers 3h lundi matin, portant le total pour l'année en cours à 46 - trois fusillades de moins que le triste record de l'an dernier.

Il y a toujours eu des conflits entre gangs pour contrôler le territoire de vente de la drogue, mais ce qui a changé, selon l'inspecteur Chris Renwick, de la division des enquêtes criminelles, c'est qu'il y a moins d'hésitation chez les jeunes criminels à faire feu, et ce, en dépit de peines sévères.

De plus en plus, il est devenu «acceptable» chez les criminels de se munir d'une arme à feu. On voit cela dans le trafic de la drogue, à Ottawa, par exemple, où l'on retrouve facilement du crack, de la mari et de l'ecstasy.

«On voit des formes de violence plus extrêmes, reprend M. Renwick. Cela envoie un message clair lorsqu'on tire quelqu'un au lieu de le rouer de coups.»

Pour régler un différend avec un fournisseur, un trafiquant ne peut se tourner vers le Bureau d'éthique commerciale ou la Cour des petites créances. Pour ne pas avoir le petit bout du bâton, souvent, c'est l'arme à feu qui s'impose surtout lorsque les autres gangs sont armées. Bref, c'est le prix à payer pour protéger son territoire, explique l'inspecteur lors d'une entrevue.

Plus de 40 fusillades par année, cela deviendra-t-il la norme?

«J'espère que non, s'exclame l'inspecteur Renwick. Mais ce serait naïf de penser que l'on puisse éliminer les fusillades.»

Si ce genre d'incidents est confiné à un petit groupe de personnes, il n'en demeure pas moins que cela pose un risque à la sécurité publique.

Dans les stationnements, les rues et les maisons

Selon l'inspecteur Renwick, la plupart de ces fusillades qui sont liées au trafic de la drogue, ont lieu dans des terrains de stationnement, dans la rue ou dans les maisons des trafiquants.

Selon lui, ce qui doit changer, c'est la culture de la rue et l'état d'esprit des criminels. Les chiffres fluctuent, car certains membres des gangs sont arrêtés, en prison ou s'installent à l'extérieur d'Ottawa, mais on parle d'environ 500 à 600 membres de gangs de rue dans la capitale.

Dans l'ensemble, toutefois, Ottawa est l'une des villes les plus sûres du Canada.

La police d'Ottawa a ouvert une enquête en lien avec la fusillade de l'avenue Lees, lundi, bien que l'incident ne serait pas lié aux gangs de rue. Des témoins ont signalé avoir entendu des détonations. Un suspect est détenu et coopère à l'enquête. Personne n'a été blessé.

Trouver une voie de sortie

Comment s'attaquer au problème de la violence, des gangs de rue et de l'utilisation d'armes à feu à Ottawa? Le conseil municipal s'est penché sur cette question.

Plusieurs groupes et experts ont uni leurs efforts pour mettre au point la Stratégie d'Ottawa relative aux gangs: plan d'action 2013-2016. Il s'agit d'une stratégie à volets multiples qui a porté certains fruits jusqu'ici. Selon les chiffres fournis par l'Équipe d'intervention directe (DART), la saisie d'armes est passée de 64 en 2012 à 34 en 2013 et à 53 en 2014. Pendant cette période, les arrestations sont passées de 122 à 130 à 154 personnes, mais les saisies de drogue ont décliné de 47 à 37 à 17 en 2014.

L'idée de cette stratégie anti-gang, c'est d'identifier les jeunes à risque, de développer un plan d'attaque axé sur la prévention et l'engagement de la famille, de l'école et de la communauté et d'attirer l'intérêt des jeunes ailleurs «avant que ceux-ci ne soient attirés par la vie de gang». Il faut aussi voir au curriculum à l'école et développer des activités saines qui sauront captiver leur intérêt.

Pour les criminels adultes, la meilleure solution, c'est de trouver une voie de sortie.

Pas évident, toutefois, de diriger ceux-ci vers un autre mode de vie lorsqu'on sait qu'un trafiquant peut facilement gagner entre 10 000$ et 15 000$ par semaine. Les criminels ne voient pas de solution de rechange, même s'ils s'en prennent à de jeunes gens vulnérables et qu'ils causent beaucoup de souci à leur famille, signale l'inspecteur Renwick.

Pour en venir à bout des gangs de rue, l'intervention policière à elle seule ne suffit pas, lit-on dans le rapport de la Stratégie d'Ottawa relative aux gangs.

Ce qu'il faut, c'est une approche globale: l'appui de la famille, des programmes en matière d'éducation, de logement et de santé mentale, de même que des programmes de formation et des emplois appropriés.

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