Quand temps des Fêtes rime avec violence

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La violence fait encore partie du quotidien de plusieurs femmes.

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Céline (nom fictif) peut reconnaître une femme battue dans la foule d'un centre commercial, malgré la frénésie du temps des Fêtes, les sourires et l'excitation. Elle a acquis cet instinct en fréquentant elle-même un homme violent. Elle a aussi appris à porter un masque pour que ses proches ne se doutent de rien, autour du sapin de Noël. «C'est dans le regard d'une femme... Les yeux qui fuient, dit-elle. Il y en a tellement.»

Céline a maintenant le flair pour ce genre de chose. Libérée de l'emprise de son ex-conjoint violent après avoir appelé la police, elle se dit encore vulnérable. Elle incite tout de même les autres femmes à parler.

La peur de témoigner

Céline a récemment témoigné contre Marc Mainville, un homme accusé de violence conjugale au palais de justice de Gatineau. La Couronne a fait témoigner deux de ses ex-conjointes pour corroborer son comportement violent. Il y aurait d'autres victimes refusant de porter plainte.

Céline exhorte les femmes violentées à parler, même si le système judiciaire n'est pas fait pour les victimes, selon elle.

«Les gens font bien leur travail à la cour, mais j'avais une peur terrible d'aller témoigner. Et faire face à lui... Pas capable... Tu sais que tu es dans la même salle que ton agresseur. Même s'il y a un paravent pour lui cacher la vue, même s'il est dans un box vitré comme un aquarium, on a peur.»

Céline aurait préféré témoigner dans une autre salle, par visioconférence. «Il me semble que ce serait moins difficile, dit-elle. Il y aurait une sorte de coupure.»

Sa plainte remonte à juillet 2014, mais le procès n'est pas terminé. «C'est extrêmement long et dur d'avancer. Le processus judiciaire nous tient là. Mais de passer à travers, ça aide, c'est un soulagement et une libération.»

Son ex-conjoint est en détention préventive depuis ce temps. «Ça fait 14 mois. Au moins, pendant ce temps-là, il n'y a pas eu d'autres agressions. J'ai fait ma plainte pour protéger les autres femmes.»

«Pas ma faute»

Céline a voulu parler au Droit pour convaincre les femmes prises dans cet enfer que ce «n'est pas de leur faute.» Les histoires d'hommes violents et manipulateurs culpabilisant leurs victimes sont nombreuses dans les palais de justice. «Je veux vraiment que les femmes sachent que ce n'est pas notre faute, ce qui nous arrive. Juste de dire: 'Eille! C'est pas ma faute', c'est un bon pas.»

La femme constate que la violence conjugale est un sujet tabou. À la peur du jugement - de ne pas être crue - s'ajoute le désir d'épargner des soucis à ses proches.

Des gens dans sa propre famille ne se doutent de rien. «Et à Noël, je vais mettre mon masque. Comme les autres femmes. Je veux protéger les gens que j'aime.»

Céline dit devoir une fière chandelle aux procureures de la Couronne et aux intervenants du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) de l'Outaouais. «Si je n'avais pas fait de thérapie, je penserais encore que c'était de ma faute.» Céline se méfie aujourd'hui des grands charmeurs. La violence est absente au départ, mais ne fait aucun cadeau lorsqu'elle est installée.

S.O.S. violence conjugale: 

1-800-363-9010

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