Choc culturel au palais de justice

Le conjoint a dit avoir suivi à la... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Le conjoint a dit avoir suivi à la trace les déplacements de sa femme, grâce aux données GPS de son cellulaire, qu'il obtenait sur son ordinateur. C'est ainsi qu'il aurait compris qu'il était cocu.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Le système judiciaire doit parfois composer avec l'idée que les accusés et les victimes vivent un véritable choc culturel en arrivant au Canada. Ce qui est considéré comme de la violence conjugale au Canada peut être vu comme une banale correction ailleurs dans le monde. Les tribunaux doivent départager le vrai du faux et tenir compte de réalités culturelles provenant d'outre-mer. En Outaouais, les organismes qui aident les immigrants à s'intégrer sont unanimes: la violence conjugale et le crime existent chez les néo-Canadiens, comme elle existe chez ceux qui sont ici depuis des siècles. Seul le prétexte à cette violence est différent.

Le 18 octobre 2015, à 2h du matin, une dame appelle le 911 d'un motel de Gatineau. Dans une chambre voisine, une autre femme crie à l'aide. La victime s'est réveillée en se sentant étouffée. Sur elle, son ex-conjoint lui serre la gorge et lui mord le visage. Pour lui faire lâcher prise, elle lui mord les doigts. Libérée partiellement de l'emprise de son agresseur, elle est incapable d'ouvrir la porte de la chambre, fermée à clé. C'est finalement sa fille, l'aînée de ses sept enfants, qui ouvre la porte.

L'homme, accusé de tentative de meurtre, explique à la juge ce qu'est, selon lui, «le mauvais côté du système» canadien. «Le côté culturel et religieux d'où je viens, ce n'est pas la même chose, dit-il. [...] Au Canada, une femme ne doit pas uniquement écouter son mari. Ici, c'est la liberté.»

L'avocate de la défense, Me Manon Guitard, a expliqué que son client vivait un choc culturel.

L'homme en est à un troisième dossier en matière de violence conjugale au Canada. Il a, selon l'enquête, déjà contacté le père de sa conjointe afin qu'elle retire une précédente plainte, car un dossier criminel lui ferait perdre son statut de réfugié, l'obligeant à retourner en Afrique.

Lors de l'enquête sur remise en liberté de l'individu, la sergente-détective Marie-Ève Leclerc a résumé l'interprétation que lui a donnée l'accusé lors de l'interrogatoire, pour expliquer ses gestes. «Dans sa religion, selon lui, un homme peut défigurer sa conjointe si elle est infidèle, pour pouvoir la garder. Il la mord au visage.»

Le conjoint a dit avoir suivi à la trace les déplacements de sa femme, grâce aux données GPS de son cellulaire, qu'il obtenait sur son ordinateur. C'est ainsi qu'il aurait compris qu'il était cocu.

Allégation d'infidélité

Les policiers ont saisi un couteau à longue lame et du ruban adhésif lors de leur intervention. L'accusé dira lors de son enquête sur remise en liberté que le couteau devait lui servir à se protéger des loups lorsqu'il se déplace à Gatineau. Il ajoutera que le ruban était destiné à la fabrication d'une balançoire pour ses enfants.

La victime a été mariée au Tchad lorsqu'elle avait douze ans. Elle a eu son premier enfant à 14 ans. Son mari a 21 ans de plus qu'elle. Le couple de confession musulmane est arrivé en 2009 en tant que réfugié.

Ces dernières années, l'homme a étudié et travaillé, alors que la femme a élevé les enfants. Monsieur est devenu de plus en plus violent et jaloux.

En interrogatoire, au poste de police de Gatineau, le conjoint affirme que madame a brisé sa vie depuis leur arrivée au Canada, qu'elle a pris les habitudes d'ici, qu'elle entretient une relation avec un autre homme. La femme dément son infidélité.

Il soutient que c'est sa femme qui l'a attaqué et mordu en premier parce qu'elle n'aimait pas être confrontée à l'allégation d'infidélité. 

D'ailleurs, le couteau devait aussi servir à se protéger de sa femme, à l'hôtel. Selon lui, le sang sur la peau de sa femme était dû à une sorte de crème qui la faisait saigner.

La juge Anouk Desaulniers de la Cour du Québec, déclare la version du prévenu «invraisemblable» et ordonne la détention préventive de ce dernier en attendant la fin du procès.

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