Prostitution: Amnistie internationale divise en Ontario

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Les organismes venant en aide aux femmes ne s'entendent pas sur la stratégie à adopter pour protéger les travailleuses du sexe.

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Le message passe comme une tonne de briques, ou carrément pas, en Ontario, au lendemain d'un vote controversé d'Amnistie internationale (AI) sur la légalisation de la prostitution. Deux organismes francophones sont divisés sur la façon d'aider les travailleuses du sexe, alors qu'un professeur émérite de l'Université d'Ottawa se questionne sur la légitimité même d'Amnistie internationale.

Mardi, 400 délégués de partout dans le monde ont voté pour la dépénalisation des consommateurs, et de ceux qui tirent profit de la prostitution.

L'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOCVF) s'est dite déçue de l'issue du vote.

Le groupe POWER a plutôt applaudi la décision, qui rappelle partiellement celle de la Cour suprême du Canada sur la protection des travailleuses du sexe.

Les deux organismes ont le même objectif, celui de protéger les femmes. Le chemin prôné pour y arriver est toutefois fort différent.

Pour l'AOCVF, qui se dit « abolitionniste », le vote d'AI « ne passe pas ». Selon sa directrice générale, Maïra Martin, « toute forme de prostitution est de la violence faite aux femmes », et est la plupart du temps dirigée par des proxénètes. « La décriminalisation n'a pas réduit la prostitution. »

La prise de position d'Amnistie internationale marque cependant l'arrivée d'un gros joueur, très influent, chez les partisans de la décriminalisation comme Power, un organisme basé à Ottawa.

Sa porte-parole, Frédérique Chabot, a parlé d'une « excellente nouvelle ». « Cette prise de position est plus symbolique qu'autre chose, nuance-t-elle. C'est une organisation non gouvernementale. Mais ça dirige le travail de leur organisation dans plusieurs pays. »

Selon Mme Chabot, la position d'AOCVF « n'est basée sur aucune recherche ni science sociale ». Mme Chabot souligne qu'AI se penche sur la question depuis des années, en consultants plusieurs chercheurs et observateurs.

Modèle suédois

Le sociologue et professeur émérite de l'Université d'Ottawa, Richard Poulin, estime que AI a travaillé avec des gens qui étaient d'abord en faveur d'une telle idée. « Amnistie fait la promotion des droits individuels. On oublie ici les droits collectifs. La libéralisation de la prostitution a amené une augmentation de la traite et de la prostitution chez les femmes, dit-il. Je pense qu'ils (AI) se trompent. Cela donne plus de pouvoir aux hommes et aux proxénètes. »

Selon le professeur, la Suède, qui a récemment adopté une loi plus sévère pour punir les consommateurs, a vu l'achat de « services tarifés » passer de 12,5 % à 8,5 %, après l'adoption de la loi. « Ça change complètement une société. On ne pénalise pas les femmes. On les considère victimes. »

Ce vote d'AI renforce le lobby pro-prostitution, observe le professeur.

Tout comme Amnistie internationale, Power affirme que les femmes qui travaillent dans cette industrie doivent être protégées de la discrimination, du harcèlement et de la violence dont elles sont trop souvent les cibles.

Le professeur Poulin rappelle les exemples de l'Allemagne et des Pays-Bas qui, malgré des lois plus souples, n'ont pas vu la situation des travailleuses du sexe s'améliorer.

En décembre 2013, la Cour Suprême a invalidé des lois interdisant le proxénétisme, la sollicitation et la tenue d'une maison de débauche. La pratique, en tant que telle, demeure illégale.

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