La cour n'entend pas à rire... même avec les policiers

Le magistrat, qui dit n'avoir rien vu de... (Patrick Woodbury, archives LeDroit)

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Le magistrat, qui dit n'avoir rien vu de tel en 24 ans de magistrature, en a remis, employant les termes « indigne », « irrespectueux » et « inacceptable » pour qualifier le comportement des agents de la paix.

Patrick Woodbury, archives LeDroit

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Deux policiers de Gatineau qui ricanaient dans une salle de cour, vendredi dernier, ont provoqué l'arrêt des procédures dans un dossier d'agression.

L'accusée, une femme à la personnalité limite, devait justement répondre à un chef d'agression contre ces agents de la paix, lors d'une intervention en vertu de l'article P-38.

Ce règlement permet aux autorités d'utiliser la force afin de maîtriser une personne qui menace sa propre vie ou sa sécurité. Les ambulanciers et les agents du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) ont répondu à un appel au 9-1-1 alors que la dame était en crise.

Après leurs témoignages, au palais de justice de Gatineau, les deux policiers sont restés dans la salle, comme le permettent les procédures. Les choses se sont envenimées lors du témoignage de la dame.

Le juge Valmont Beaulieu et l'avocate de la défense, Me Geneveive Casey, ont vu la scène au fond de la salle. Cette dernière a d'abord lancé aux agents : « Si c'est trop drôle, peut-être sortir... »

Le juge a répondu avoir noté ce qui venait de se produire, suivi de la procureure de la Couronne, Me Isabelle Bouchard.

« Je vous ai vus avoir un grand sourire, a lancé le magistrat aux deux policiers. Vous pouvez être en désaccord avec ce que madame dit... »

« Pas de problème », a répondu un des policiers, visiblement embarrassé.

« Une telle conduite... », a poursuivi le juge.

« Je suis complètement désolé », a répliqué le policier, laissant entendre que le rire faisait référence à autre chose. « Ce n'était pas par rapport à madame. »

« Peu importe si c'était pour autre chose, là, on demande aux gens de ne pas parler dans une salle de cour. Ça s'applique aux policiers aussi », a tranché le juge, avant d'expulser les deux agents de la salle d'audience.

Le policier a répété qu'il était « désolé », au moment où la procureure de la Couronne, qui avait pourtant fait témoigner les agents pour le compte du ministère public, a demandé l'arrêt des procédures. Le juge a accepté sur-le-champ.

« Quand j'aurais à analyser la crédibilité (des témoins), évidemment, ils seraient devenus très gênés. Deuxièmement, je ne les crois pas, lorsqu'on me dit : 'on parlait d'autre chose qui nous faisait rire'. Pour moi, c'était tellement clair. »

« Irrespectueux »

Le magistrat, qui dit n'avoir rien vu de tel en 24 ans de magistrature, en a remis, employant les termes « indigne », « irrespectueux » et « inacceptable » pour qualifier le comportement des agents

de la paix.

Il a d'ailleurs souligné « l'objectivité de la poursuite », qui a demandé l'arrêt des procédures, ce qui se traduit par une libération de toute accusation. « Les procureurs sont appelés à travailler avec des policiers, (...) ils n'épousent pas leur cause, a expliqué le juge Beaulieu. C'est indigne d'un policier qui rit de madame, (...) mon jugement aurait été assez lapidaire et je félicite la poursuite. Moi, j'arrête le tout. »

La directrice des communications du SPVG, Mariane Leduc, a confirmé au Droit, lundi, que les Normes professionnelles et les Affaires internes avaient ouvert une enquête disciplinaire après avoir été informées de l'incident, vendredi après-midi.

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