La drogue «roulette russe»

Les comprimés ou capsules vendus sous le nom... (Courtoisie GRC)

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Les comprimés ou capsules vendus sous le nom de Molly n'ont presque jamais la même composition.

Courtoisie GRC

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Les rappeurs Tyga et Wiz Khalifa ont chanté ses mérites, tout comme Soulja Boy. La Molly gagne en popularité auprès des jeunes, surtout chez les habitués de soirées rave. Pour plusieurs, c'est une nouvelle forme de drogue qui est en distribution. Or, il s'agit la plupart du temps de MDMA (ecstasy), une drogue synthèse en circulation depuis des décennies.

Il s'avère révélateur que certains consommateurs croient que la Molly soit une nouvelle drogue, puisque les consommateurs connaissent rarement la réelle composition des comprimés et des capsules qu'ils achètent.

Selon les forces policières, même les distributeurs ne sont pas toujours conscients de ce qu'on retrouve dans leurs produits.

Non seulement il ne s'agit pas d'une nouvelle drogue, mais même le nom Molly - dérivé du mot «molécule» - n'est pas nouveau. Il est associé à la MDMA depuis plusieurs années.

Généralement, ce qui est vendu comme étant de la Molly est une drogue à base de MDMA, mieux connue comme étant de l'ecstasy. Or, la concentration de MDMA est régulièrement réduite par un mélange avec divers produits chimiques et drogues.

«Il n'y a aucune façon qu'on puisse savoir d'avance ce que le comprimé contient réellement [...] on peut se retrouver avec n'importe quoi. Ça peut être de la méthamphétamine ou d'autres drogues qui imitent les effets de la MDMA», soutient Mélanie Terrier, caporale au Service de sensibilisation aux drogues et au crime organisé (SSDCO) de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Autrefois, il était nécessaire d'avoir un contact rapproché avec les producteurs des comprimés pour devenir un vendeur d'ecstasy. La distribution s'est toutefois «démocratisée» et cette drogue est désormais accessible en vrac sur le Web. Le produit, conçu outre-mer, est alors expédié à l'acheteur.

Le danger entourant ce mystère, selon la caporale Terrier, c'est qu'un consommateur peut s'habituer à un certain dosage pour lui procurer les effets souhaités. La même quantité de comprimés peut devenir dangereuse d'une fois à l'autre si la concentration de MDMA est plus élevée.

Le chercheur en neurosciences au Centre hospitalier de l'Université Laval, Claude Rouillard, prévient également les consommateurs du mystère qui entoure la composition de la Molly. Il estime que le terme est devenu une forme de marque de commerce pour mousser les ventes de cette drogue.

«En réalité, souvent, ce n'est pas réellement de l'ecstasy, résume M. Rouillard. On utilise le nom pour faire la promotion d'une drogue qui peut être à peu près n'importe quoi.»

Peu surprenant, sachant cela, que le rappeur Tyga se demande «Where the f**k that Molly?».

Selon Claude Rouillard, la consommation devient dangereuse dans un endroit à température élevée (une soirée rave, par exemple). La MDMA cause une hausse de la température corporelle et dans ce type d'environnement, cette drogue peut être fatale. D'ailleurs, plusieurs décès sont recensés chaque année en lien avec sa consommation.

L'amplification des sens recherchée

Avec de tels risques associés à la consommation de la Molly, il est à se demander ce qui incite quelqu'un à s'en procurer.

Lorsque tout se déroule comme souhaité, le consommateur de MDMA ressent un sentiment d'euphorie. Il ressent plus d'empathie, les sens et le besoin de rapprochements sont amplifiés.

«Ç'a des propriétés perturbatrices qui font en sorte qu'on entend les sons différemment, qu'on voit les lumières de façon différente», explique Claude Rouillard, chercheur au Centre hospitalier de l'Université Laval.

Selon M. Rouillard, ces sensations sont provoquées puisque la MDMA libère d'importantes quantités de dopamine et de sérotonine qui, respectivement, agissent sur l'impression de connaître un regain d'énergie et sur le changement des perceptions sensorielles.

Comme toutes drogues, la période de sevrage qui suit la consommation comporte son lot d'effets secondaires, généralement le contraire des effets recherchés. Donc, le consommateur est souvent proie à des épisodes d'anxiété, de fatigue et de dépression lorsque les effets de la MDMA se dissipent.

Claude Rouillard soutient qu'à long terme, la consommation de MDMA peut provoquer des troubles de concentration, de l'impulsivité, voire des problèmes d'ordre psychiatrique.

«Quand les doses deviennent de plus en plus fortes, les effets délétères, de l'autre côté, deviennent de plus en plus importants. Quelqu'un qui consomme de façon chronique va avoir de la difficulté à trouver le sommeil, connaître des épisodes dépressifs qui peuvent durer trois, quatre ou cinq jours. [...] On est moins bien sans la drogue, alors on en consomme plus.»

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