Douleur et solidarité à Gracefield

Les Courtney-Snowden se sont serrés les uns sur... (Étienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

Les Courtney-Snowden se sont serrés les uns sur les autres, vendredi après-midi. Deux des huit enfants de la famille, âgés de deux et quatre ans, ont péri dans l'incendie de jeudi.

Étienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Éric Courtney avait encore les mains noircies par l'incendie duquel il a désespérément tenté de faire sortir deux de ses enfants, Mathew et Mélanie, de leur chambre du deuxième étage. Mais son petit pansement à la main n'est rien comparé à la douleur de la perte de ses deux amours.

Les Courtney-Snowden se sont serrés les uns contre les autres, vendredi après-midi. La veille, leur maison du 60, chemin Eloi-Lachapelle, à Gracefield, a été entièrement détruite par un violent incendie.

Deux des huit enfants de la famille, âgés de deux et quatre ans, ont péri.

Selon la mère de famille, Tania Snowden, les flammes ont pris naissance dans de l'huile à cuisson, alors qu'elle faisait cuire des frites. «Je suis allée chercher l'extincteur dans le garage, mais il était pris dans la glace. Je suis revenue pour faire sortir le bébé, je l'ai laissé quelques secondes dans le garage et j'ai crié à l'aide. Éric (le père) a tenté de faire sortir les enfants, mais il n'en était pas capable. Il y avait trop de fumée. Il a cassé une fenêtre en haut pour respirer. Il ne pouvait plus rien faire et il a sauté du deuxième étage.»

La communauté se rallie

La famille a tenu à remercier la communauté, qui s'est rapidement ralliée autour d'elle.

Des entrepreneurs se sont passé le mot pour reconstruire la maison; des citoyens ont prêté une résidence prête à les accueillir; des dizaines de citoyens ont donné des vêtements, des couches et d'autres articles de base, au commerce de la mère d'Éric, le marché local, situé sur la route 105.

«On a six autres enfants, et ça aide. On est forts», dit Éric, qui souligne le travail des pompiers. «Ils ont tout fait. Ils ont attaqué la chambre...»

La communauté de Gracefield s'est rapidement ralliée autour... (Etienne Ranger, LeDroit) - image 2.0

Agrandir

La communauté de Gracefield s'est rapidement ralliée autour de la famille Courtney-Snowden.

Etienne Ranger, LeDroit

Tania est étonnée de la rapidité avec laquelle les gens de Gracefield leur sont venus en aide. «Les gars qui travaillent sur le pont de Gracefield, ç'a l'air qu'ils vont venir travailler sur la maison. Ça fait chaud au coeur...», rajoute Éric. 

Ce dernier rappelle qu'il avait entrepris de construire une nouvelle maison bien avant le drame. Les travaux avaient été interrompus faute de financement.

Une maison funéraire de Gatineau s'est engagée à payer les services des deux enfants. Et un magasin de meubles a dit qu'il leur viendrait en aide. «C'est même du monde qu'on ne connaît pas. Ça veut dire beaucoup, je les remercie, toute la gang

Les parents décrivent Mathew comme un petit génie de la technologie, qui savait mieux que sa mère comment mettre de la musique sur son cellulaire. «Les machines et les boutons, il aimait ça!» raconte-t-elle, accrochant un sourire à sa plus vieille, qu'elle tient dans ses bras devant les quelques journalistes rassemblés autour de la table familiale.

«Mélanie, c'était la belle face à son père. Les cheveux longs. Elle voulait tout le temps conduire. Une petite haïssable, comme tous les enfants de deux ans!» se remémore Mme Snowden.

Louis Gauthier, responsable des services d'urgence de la... (Etienne Ranger, LeDroit) - image 3.0

Agrandir

Louis Gauthier, responsable des services d'urgence de la Ville de Gracefield, ne pouvait dissimuler sa tristesse au lendemain du drame.

Etienne Ranger, LeDroit

Des pompiers rudement éprouvés

«En roulant vers l'incendie, j'entendais mes chums sur la radio qui criaient qu'il y avait... qu'il y avait... des jeunes pris dans la maison.»

Louis Gauthier, responsable des services d'urgence de la Ville de Gracefield, ne pouvait dissimuler sa tristesse au lendemain de l'incendie qui a tué deux enfants sur le chemin Éloi-Lachapelle.

Mais il était aussi fier de ses hommes, qui ont tout tenté pour sortir Mathew Robillard, quatre ans, et sa petite soeur, Mélanie Courtney, deux ans, de la maison en flammes.

«Mon chum Hugo était là, raconte M. Gauthier. On a essayé de pénétrer dans la chambre en haut (où se trouvaient les bambins), mais il y avait trop de chaleur. Puis, 30 secondes après qu'il soit descendu de l'échelle, la maison s'est écroulée. Ça fait que, dans ce sens-là, je suis content que mes pompiers n'aient pas pu entrer à ce moment-là. Ils y seraient restés. Il y aurait eu d'autres victimes.»

Combattre dans le froid a aussi été très difficile. Il l'est devenu davantage lorsque les sapeurs ont trouvé les deux petits corps, sans pouvoir les écarter immédiatement de la scène afin de ne pas nuire à l'enquête du coroner et des policiers.

«C'est difficile pour tout le monde. Les gars vont avoir besoin d'une ou deux semaines... Peut-être un mois pour s'en remettre. On a des enfants, nous aussi. C'est difficile pour tout le monde.»

La mairesse Joanne Poulin se dit fière du travail... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit) - image 4.0

Agrandir

La mairesse Joanne Poulin se dit fière du travail des pompiers volontaires, qui ont tout tenté pour sauver les enfants.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

La nuit blanche de la mairesse

Comme bien d'autres citoyens touchés de près par l'incendie qui a tué deux enfants de son village, la mairesse de Gracefield n'a pas dormi pendant la nuit de jeudi à vendredi. Joanne Poulin, visiblement fatiguée et secouée, a entrepris de coordonner l'aide d'urgence pour la famille Courtney-Snowden.

«Je ne peux pas imaginer comment il (le père des enfants) a dû se sentir de ne pas être capable de sortir les enfants de là», dit-elle, une larme à l'oeil. La mairesse se dit fière du travail des pompiers volontaires, qui ont aussi tout tenté pour sauver les enfants.

«Je n'ai pas dormi de la nuit. Ici, c'est une communauté où tout le monde se connaît. On est 2400 personnes, et tout le monde est touché.»

À 15h30, jeudi, les employés de la Ville ont entendu l'alarme de la caserne, située juste à côté de la mairie. «On ne savait pas quelle maison et ne connaissait pas encore la gravité. On n'a jamais eu un feu avec de jeunes morts comme ça.»

La Ville a communiqué avec le CLSC de l'endroit afin d'assurer un soutien psychologique à sa population - et à ses pompiers, qui ont vu l'horreur et qui ont dû faire leur travail malgré tout.

La municipalité fera le point lundi, annonçant du coup l'organisation d'un spectacle au profit de la famille.

Thurso compatit et se souvient

La tragédie qui secoue Gracefield retentit jusqu'à Thurso. Ici, les gens ont encore frais en mémoire les petites Amanda Price, 3 ans, et Rebecca Léger, 8 ans, toutes deux décédées le 17 avril 2013, lorsqu'un violent incendie a ravagé leur maison.

Le maire Benoît Lauzon s'en souvient comme si c'était hier. Le décès des deux fillettes a laissé une trace indélébile, raconte-t-il. «Les gens en parlent encore aujourd'hui quand tu vas déjeuner au restaurant.»

Le directeur du Service des incendies de Thurso, Jacques Legault, abonde dans le même sens. «Un décès, ça nous touche comme pompier volontaire. Mais un enfant qui meurt, ça nous touche deux fois plus. Ce n'est pas supposé d'arriver de même.»

- Benoit Sabourin, LeDroit

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer