Du poteau aux barreaux

La Régie des alcools, des courses et des jeux du Québecne danse pas sur le même... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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La Régie des alcools, des courses et des jeux du Québecne danse pas sur le même pied que le cabaret Taboo. Dans une décision rendue le 20 janvier, elle suspend et restreint le permis du bar de danseuses nues de Gatineau pendant 50 jours. Depuis 2004, les policiers gatinois ont visité l'endroit à des dizaines de reprises. Et ce n'était pas poury passer du temps en charmante compagnie...

Intimidation, attaques à main armée, ivresse publique, bagarres, tentative de meurtre, motards, gangsters et autres scènes peu glorieuses dans les toilettes et le stationnement de l'établissement du boulevard Gréber : les exemples rapportés dans les 68 pages de la décision de la Régie, dont Le Droit a obtenu copie, sont trop nombreux pour être rapportés dans leur ensemble.

Selon nos informations, le commerce ne pourra être exploité à partir du 16 février, pour une durée de 15 jours. Pendant les 35 jours suivant cette première suspension, le bar devra cesser de vendre de l'alcool dès minuit, et ne plus avoir de client à 0 h 30.

« Compte tenu des nombreuses plaintes et appels logés au Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), de nombreuses interventions policières, et vu la constatation de nombreuses infractions et d'un laisser-aller inacceptable dans l'exploitation du permis, [la Ville] demande à la Régie [...] d'intervenir dans le présent dossier pour sanctionner la négligence et/ou les omissions [...] par la révocation (ou) la suspension du permis de cette dernière », lit-on au début du document.

Il semble que les choses se soient calmées en 2014, note le SPVG. Devant la Régie, la propriétaire a indiqué avoir fait le « ménage » au cours des derniers mois. Il n'en demeure pas moins que les dix dernières années ont été très mouvementées.

D'un côté comme de l'autre, le personnel de l'établissement et la clientèle se sont régulièrement « crêpé le chignon », lorsqu'ils n'en venaient pas aux coups plus sérieux.

Si les employés ont dû se défendre contre des clients armés de fusils, de couteaux ou de bâtons de baseball, les portiers et le disc-jockey ont aussi été cités pour intimidation, voies de fait et transaction de drogue.

Des clients à problèmes

Depuis 2004, les policiers ont vu défiler bon nombre de membres de gangs de rue de Gatineau et d'Ottawa, ainsi que de groupes de motards bien connus comme les Hell's Angels de l'Ontario, les Nomads et les Red Line. Parmi les gangs de rue répertoriés, notons la présence de South Side Crips, Latins Blood, Ace Crew, West Side Bloods et Outlaws.

Interrogée lors des audiences qui ont eu lieu en décembre au palais de justice de Montréal, la propriétaire du Taboo, Kareen Raymond, a expliqué « la problématique reliée à l'exploitation, pendant un certain temps, d'un autre bar de danseuses nues dans le même immeuble que le sien ».

La femme d'affaires a dit avoir été en mesure de faire « le ménage » dans sa clientèle, avec le temps et l'achat de l'immeuble qui abrite l'établissement, ce qui lui a permis d'expulser l'autre tenancier.

Elle soutient entretenir de bonnes relations avec les policiers et « souhaite que cela se poursuive », toujours selon la décision écrite de la Régie.

Kareen Raymond n'a pas répondu à notre demande d'entrevue.

Une très longue liste d'incidents

2004

Un individu dans le stationnement saigne d'une main et veut battre tout le monde.

Une bataille impliquant un client qui devait de l'argent à une danseuse a lieu à l'extérieur. Le client a accepté de payer et est parti.

En plein après-midi, trois clients «très ivres» doivent être expulsés. Un individu tente de pousser des gens dans la rue avec son véhicule.

Deux femmes se battent dans le stationnement. La bagarre a débuté à l'intérieur entre une danseuse et un troisième individu relié aux West Side Bloods.

2005

Les policiers remarquent une femme ivre sortir de l'établissement et s'arrêter au milieu du boulevard pour faire du pouce.

Une bataille à l'extérieur implique de 50 à 75 personnes dans l'établissement, dont certaines se battant avec une ceinture à la main.

Des clients crachent dans une porte. L'un d'eux a un bâton de baseball.

Un suspect pousse un individu en bas des marches avec une telle force que ce dernier ne touche à aucune marche.

Le gérant et le portier expulsent quatre individus liés à un gang de rue, qui reviennent tirer quatre coups de feu dans les portes vitrées du commerce.

Un couteau à cran d'arrêt doté d'une lame de six centimètres est saisi.

Un client et ses deux fils fortement intoxiqués sont expulsés.

Quatre individus très ivres cherchent à se battre avec tout le monde.

Le DJ expulse un client, qui le prend à son tour par la gorge.

Un client tente de frapper une danseuse après lui avoir lancé sa boisson.

Une dame entre et dit chercher sa fille sans la trouver.

Les policiers dispersent un groupe de collégiens ontariens, qui partent à bord de deux autobus scolaires.

Au terme d'une bagarre, les policiers visionnent du vidéo du bar, ce qui leur permet d'apercevoir un suspect qui frappe deux victimes.

Deux individus attendent le gérant dans le stationnement. La police saisit deux armes à feu dans leur coffre. Ils se disent «grands chasseurs». Un individu est arrêté en possession d'un bâton rétractable de 26 pouces.

Un homme est atteint par balle à une jambe dans un conflit entre gangs de rue.

2006

Deux policiers répondent à un appel concernant un individu au volant d'un kart de golf arrivant à l'établissement par le boulevard Gréber. Des cigarettes de contrebande et des stupéfiants sont saisis.

À deux reprises, la police découvre qu'une mineure a travaillé comme danseuse.

Les policiers interviennent dans l'établissement pour une plainte de vol. Le plaignant est arrêté pour avoir faussement prétendu être un policier.

2007

Le 28 août, les policiers sont appelés sur les lieux d'un accident impliquant une jeune fille de 17 ans, happée mortellement alors qu'elle circulait en bicyclette sur le trottoir. L'individu au volant du véhicule, Rémi William Comeau, avait passé sa journée à boire au Taboo, soit de 12h à 21h.

Un individu est atteint par balle dans le stationnement et se réfugie dans le bar.

2011

Une plainte pour agression sexuelle est déposée en lien avec des événements survenus derrière le conteneur à déchets.

Un portier est atteint par balles. Alors que les suspects tentent de fuir, ils échangent des coups de feu avec les policiers.

Le 14 février, les policiers effectuent une visite de courtoisie et constatent qu'une vingtaine de clients sont étendus un peu partout et font des massages aux danseuses.

En visite de courtoisie, les policiers reçoivent un accueil médiocre. Le DJ, moqueur, fait entendre plusieurs chansons reliées à la police.

2013-2014

Le DJ de l'endroit reçoit un constat pour avoir frappé le véhicule d'un individu dans le stationnement du cabaret. Plus tard, il est arrêté pour possession de stupéfiants.

Les policiers constatent qu'une danseuse est mineure.

Les grandes lignes de la décision

15 premiers jours

Suspension du permis de bar, pas d'admission de clients, et mise sous scellé des boissons alcoolisées.

35 jours suivants

Restriction des heures d'exploitation les vendredis, samedis et dimanches, à compter de minuit une.

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