Homicide involontaire: en prison jusqu'à 94 ans

Domenico Torrente, 86 ans, a reconnu les faits... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Domenico Torrente, 86 ans, a reconnu les faits allégués par la Couronne. Sa conjointe Santina a été abattue de quatre balles le 26 mars 2012.

Étienne Ranger, LeDroit

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Des chicanes à répétition entourant l'éducation des enfants, les dimensions du jardin, le comportement agressif du conjoint et enfin une dispute relative au souper ont précédé l'homicide de Santina Larosa, abattue de quatre balles, le 26 mars 2012.

L'accusé, Domenico Torrente, 86 ans, a reconnu les faits allégués par la Couronne, près de trois ans après les faits.

L'octogénaire d'Aylmer a plaidé coupable à une accusation réduite d'homicide involontaire coupable de sa femme de 77 ans. Le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) avait d'abord déposé une accusation de meurtre non prémédité. Le ministère public et la défense ont cependant conclu une entente faisant en sorte que M. Torrente reçoive une sentence équivalente à ce qui lui aurait été imposé s'il avait été reconnu coupable de meurtre au deuxième degré.

Le ministère public a pris en considération l'état de santé précaire et l'âge du tueur.

En plaidant coupable, Domenico Torrente évite la tenue d'un procès, qui n'aurait eu lieu qu'en octobre 2016, plus de quatre ans après les faits.

La Couronne et la défense se sont entendues sur une peine totale de 12 ans de pénitencier, moins le temps de détention préventive compté au ratio de 1,5.

Il lui reste donc huit ans à purger derrière les barreaux.

Après avoir appelé le 9-1-1 pour dire qu'il venait d'abattre sa femme, Domenico Torrente a mentionné qu'il avait tiré trois coups de feu, et que la victime gisait au sol. Les paramédics et les policiers ont découvert le corps dans la cuisine de la résidence familiale du chemin Rivermead.

L'autopsie a révélé qu'il y avait en fait eu quatre coups de feu, dont un tiré à la tête à bout portant.

L'existence et l'emplacement de l'arme à feu du conjoint semblaient inconnus de la famille. L'accusé la cachait dans un divan.

Cette arme avait déjà été utilisée par M. Torrente sur la ferme familiale en Montérégie pour abattre des animaux prédateurs. Il aurait vraisemblablement sorti l'arme à nouveau lorsque le couple a été victime d'une tentative d'introduction par effraction.

Le 26 mars, peu après l'appel au 9-1-1 à 19 h 41, l'homme a déclaré aux policiers qu'il était prêt à collaborer.

Dans les derniers moments de la vie du couple, marié depuis 54 ans, une animosité s'est développée. La victime avait exprimé à un de ses fils que son père était agressif. Elle lui a aussi demandé de ne pas s'attarder à ce conflit.

Peu de temps avant le drame, M. Torrente aurait confié à un médecin qu'il avait des problèmes de mémoire. «On l'a alors informé que son espérance de vie était très précaire», a précisé l'avocat de la défense, Marino Mendo.

L'accusé, selon une évaluation psychiatrique, avait des mots durs envers sa femme. Lorsque celle-ci lui demandait de mettre la vaisselle sale dans le lavabo, monsieur la mettait dans l'armoire. Lorsqu'il devait sortir les poubelles, il les plaçait plutôt dans une chambre.

Le jour fatidique, il était resté un bon moment dans le sous-sol. «Monsieur attendait que sa conjointe l'appelle pour souper, a relaté Me Mendo. À un certain moment, il est monté, mais madame était déjà en train de manger. Il a demandé pourquoi on ne l'avait pas appelé, elle a répondu l'avoir fait mais n'avoir eu aucune réponse en ce sens. Il n'y avait pas d'autre couvert sur la table pour lui.»

Une autre chicane a éclaté.

C'est alors que l'homme aurait lancé: «Veux-tu que je meure plus vite que ce que le docteur a dit?»

La réponse de la femme aurait été: «Ce serait une bonne affaire.»

Le juge Richard Laflamme, qui a accepté la proposition commune de la défense et de la Couronne, a qualifié le crime d'«horrible et monstrueux». La conjointe, vulnérable, a été victime de l'un des crimes les plus graves, a rappelé le tribunal. «Vous avez ni plus ni moins exécuté votre conjointe.»

En prison, le vieil homme s'en est pris à un jeune codétenu

Retenu à la prison de Gatineau depuis 2012, Domenico Torrente a non seulement plaidé coupable à une accusation d'homicide involontaire coupable, mais aussi à un chef de voies de fait contre un autre détenu dans une affaire de taxage.

Le 7 février dernier, un conflit entre l'octogénaire à la santé fragile et un prévenu beaucoup plus jeune, Eliud Jaramillo, a mal tourné. L'homme âgé avait besoin d'une chaise particulière et d'une couverture dans une section de la prison où il y avait un courant d'air. Sa condition médicale - il a indiqué en cour avoir des problèmes respiratoires - faisait en sorte qu'il avait besoin de cet endroit.

Selon M. Torrente, le codétenu faisait du taxage et de l'intimidation.

M. Jaramillo aurait lancé la couverture au sol pour s'asseoir sur sa chaise. «Si tu veux ta chaise, tu paies», aurait-il dit au détenu de 86 ans.

Portant un crayon, M. Torrente en aurait asséné un coup à son intimidateur. «Je l'ai piqué avec un stylo», a-t-il laissé tomber vendredi, après son plaidoyer de culpabilité pour homicide. Pour cette infraction au Code criminel, il a reçu une peine concurrente de 10 jours pour voies de fait.

Sa libération provisoire, en attendant la tenue de son procès, était réduite à la théorie. Il a dû demeurer malgré tout au centre de détention de Gatineau ces dernières années puisqu'aucune résidence pour personnes âgées n'a accepté de l'accueillir. La clientèle des endroits, informée du possible déménagement du prévenu, menaçait de quitter l'endroit.

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