Les syndicats de policiers réclament une loi contre les quotas

Selon les syndicats de policiers, les quotas sont... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

Selon les syndicats de policiers, les quotas sont un détournement de la mission des agents, qui va jusqu'à porter atteinte aux services à la population.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

Les deux syndicats représentant l'ensemble des policiers municipaux du Québec demandent au gouvernement Couillard d'adopter une loi pour interdire aux municipalités d'imposer des quotas de contraventions, comme l'ont fait jusqu'ici 22 États américains.

La Fraternité des policiers de Montréal (FPM) et la Fédération des policiers municipaux du Québec (FPMQ) ont expédié mercredi une lettre en ce sens à la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault.

«Ça prend absolument une loi pour obliger les villes à mettre les constats d'infraction au service de la sécurité routière plutôt qu'au service de la rentabilité financière par des quotas», a indiqué le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur.

«Nos policiers veulent intervenir en matière de sécurité publique, pas collecter des taxes pour les municipalités.»

Selon eux, les quotas sont un détournement de la mission des policiers qui va jusqu'à porter atteinte aux services à la population.

«Il va arriver (...) qu'on dégage deux policiers - qui sont affectés habituellement à la réponse aux appels - pour aller donner des contraventions exclusivement, avec la directive de ne pas faire autre chose à moins qu'une vie soit en danger», a raconté M. Francoeur.

«Mais si vous appelez parce que vous vous êtes fait voler votre véhicule, qu'il y a eu une introduction par effraction chez vous mais qu'il n'y a plus de suspect sur les lieux, on va vous faire attendre, parfois même pendant plusieurs heures.»

L'appétit des administrations pour l'argent des contraventions en est rendu à ce point nuisible qu'elle affecte les budgets des opérations stratégiques, a soutenu le vice-président de la FPMQ, Paulin Aubé.

«On a eu du mal dans les dernières années à maintenir nos escouades régionales mixtes de lutte contre la grande criminalité sur le plan budgétaire, a-t-il indiqué. Mais il y a une chose qui n'est pas compliquée à maintenir dans les corps de police, ce sont les escouades de circulation. Elles sont en hausse de façon exponentielle année après année.»

«La raison en est fort simple: les élus municipaux se sont aperçus que de mettre des policiers à la circulation, c'est payant», a conclu le policier syndicaliste.

Les syndicats soulignent que c'est justement pour cette raison que près de la moitié des États américains - et non les moindres, puisque le groupe des 22 comprend la Californie, le Texas, l'État de New York et la Floride - ont décidé d'interdire les quotas afin de ramener le travail policier à sa vocation première.

Les municipalités, qui ont longtemps nié l'existence de quotas, ont finalement admis en général l'imposition d'«objectifs», qui sont d'ailleurs clairement exprimés dans les budgets municipaux comme des revenus anticipés.

À Montréal, les quotas sont même très clairs: on parle de 18 contraventions par jour pour les policiers motards, de 16 par jour pour les patrouilleurs et, pour les postes de quartier, de 450 à 1500 par cycle de travail de 21 jours, selon la taille du poste et le nombre de policiers qui y sont affectés.

Les deux leaders syndicaux ne se sont d'ailleurs pas gênés pour décrire les politiciens municipaux comme des «hypocrites» tenant un «double discours».

«D'une part, les élus martèlent qu'il est primordial de respecter la capacité de payer des contribuables et, de l'autre, ils imposent des objectifs financiers aux directions de services de police qui ne peuvent se concrétiser que par des quotas de contraventions. Cessons de jouer avec les mots: les quotas, ce sont des taxes déguisées», a lancé Paulin Aubé.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer