Danger dans la Vallée-de-la-Gatineau

Gangrené par les gangs. Théâtre de manifestations qui dégénèrent. Montréal a... (Simon Séguin-Bertrand, archives  LeDroit)

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La Presse

Gangrené par les gangs. Théâtre de manifestations qui dégénèrent. Montréal a mauvaise réputation. Et pourtant, la métropole n'arrive pas en tête du palmarès de la criminalité des villes et des municipalités du Québec réalisé pour le compte de La Presse et LeDroit. En fait, c'est en région que la situation est la plus inquiétante, révèle notre classement inédit.

Professeur adjoint de l'École de criminologie de l'Université de Montréal, Rémi Boivin a analysé pour nous les statistiques de criminalité de 29 des 30 corps de police municipaux de la province, ainsi que des 86 postes de la Sûreté du Québec (SQ). Ses résultats, basés sur une combinaison du taux de criminalité et de la gravité moyenne des crimes commis, défient les préjugés. À noter que la Sécurité publique de la MRC des Collines-de-l'Outaouais est l'un des deux seuls corps policiers du Québec à ne pas avoir fourni sa Déclaration uniforme de la criminalité que doivent normalement fournir les corps policiers à Statistique Canada.

« J'ai voulu vérifier le mythe disant que les grandes villes étaient plus dangereuses que les régions. Avec la mesure de gravité que j'ai développée, on découvre avec surprise que des secteurs ruraux trônent au sommet du palmarès », explique le chercheur.

Ainsi, au Québec, c'est dans certains secteurs de l'Outaouais, du Nord-du-Québec, des Laurentides et de Lanaudière que les risques d'être victime d'un crime grave sont les plus élevés. Rappelons toutefois que le taux de crimes déclaré par la police est en chute constante au Canada depuis 1991 et que le Québec présente un taux de criminalité plus bas que la moyenne nationale.

C'est un secteur rural qui trône en tête de notre classement. La MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, qui s'étend du nord de Gatineau jusqu'au parc de La Vérendrye, regroupe 17 municipalités et deux réserves autochtones. Sa population ne dépasse pas les 20 000 habitants.

La pire au Québec ?

Maniwaki, principale ville de la MRC, a été le théâtre de deux meurtres en moins d'un an. Un fils a tué son père. Puis, quelques mois plus tard, en janvier 2013, un homme a assassiné sa conjointe. Ces meurtres ne sont toutefois pas les seuls responsables de la mauvaise performance de la Vallée-de-la-Gatineau.

En deux ans, le nombre d'agressions sexuelles a plus que doublé, passant de 22 l'an dernier à 46 cette année. « C'est une augmentation substantielle », concède le sergent Benoît Richard, de la SQ. Le nombre de voies de fait a aussi augmenté. C'est sans compter un nombre élevé d'entrées par effraction (234). Alors que dans la province, les cambriolages constituent environ 11 % des infractions, ils comptent pour 23 % dans la Vallée-de-la-Gatineau.

L'ajout d'une dizaine de policiers l'an dernier pour couvrir la réserve du Lac-Rapide pourrait expliquer la hausse du nombre de crimes recensés. « On y assure maintenant une présence quotidienne. Ça peut générer des statistiques », avance le sergent Marc Tessier, de la SQ.

Plusieurs membres de cette communauté algonquine vivent dans des conditions d'extrême pauvreté. La consommation d'alcool et de drogues y est un fléau.

L'alcool fait aussi des ravages ailleurs dans cette MRC. Au Lac-Cayamant, un village situé à 50 km au sud-ouest de Maniwaki, l'histoire d'une grand-maman heurtée à mort en plein jour par un chauffard possiblement saoul a ébranlé cette communauté tissée serrée. Le procès de l'accusé - qui vit à un jet de pierre de la famille de la victime - pour facultés affaiblies causant la mort et délit de fuite, s'est tenu récemment.

« On fait beaucoup de prévention, en plus des barrages routiers tout au long de l'année. Et pas juste sur la 117 et la 105, mais aussi sur les routes secondaires pour coincer les gens saouls qui évitent les routes principales », fait valoir le sergent Tessier. Signe que ces opérations portent leurs fruits ? Les dossiers de conduite avec les facultés affaiblies, assez stables dans la MRC (86 en 2010, 72 en 2011 et 75 en 2012), ont connu une forte baisse l'an dernier (46 cas).

La saison de la chasse entraîne aussi son lot de crimes dans la réserve faunique de La Vérendrye. Plus tôt cet automne, un chasseur a été accusé de tentative de meurtre, de menaces de mort et de voies de fait après avoir ouvert le feu sur deux autres adeptes de ce sport. Un conflit concernant un territoire de chasse pourrait être à l'origine de l'incident.

« Ici, le territoire de chasse, c'est sacré. Ça se transmet de père en fils, souligne le sergent Tessier. Prends une simple chicane entre chums ou à l'intérieur d'une famille, tu y ajoutes des armes à feu et de la boisson, les ingrédients sont réunis pour que ça tourne au vinaigre. »

Selon le sergent Richard, de la SQ, le tourisme a aussi une part de responsabilité dans la mauvaise performance au classement de certaines MRC des Laurentides, de Lanaudière et de l'Outaouais.

« C'est des régions touristiques. Les gens ont des chalets. Dans certains secteurs, la population double l'été. Plus t'as de monde, plus t'as de crimes. C'est sûr que ç'a une incidence sur le taux de criminalité. Au-delà de ça, l'été, il y a des Fêtes, des partys au camping. Il peut y avoir consommation d'alcool. Dans ces moments-là, les comportements changent. Et là on parle souvent de crimes contre la personne, donc des crimes qui ont une gravité assez forte. »

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