Deux semaines se sont maintenant écoulées sans qu'on ait entendu parler du maire de South Stormont, Bryan McGillis, et de l'organisme anti-francophone, Canadian for Language Fairness (CLF), qui réclamaient une nouvelle politique d'embauche à l'Hôpital communautaire de Cornwall et rien de moins que l'abolition de la Loi sur les services en français. La politique d'embauche de personnel bilingue à l'hôpital de Cornwall est discriminatoire envers les unilingues anglophones, disaient-ils, et elle doit être abolie. En d'autres mots, ces gens voulaient que les besoins des employés passent avant les besoins des patients.
Le maire McGillis et CLF ont bien tenté de rallier les municipalités voisines à leur cause. Mais celles-ci ont une à une refusé d'embarquer dans cette croisade anti-francophone.
Les choses ont bien changé à Cornwall. À une autre époque pas si lointaine, il n'aurait pas été surprenant de voir une poignée de municipalités de la région de Cornwall se joindre à ce mouvement. Mais plus maintenant.
Et cette victoire des Franco-Ontariens et des francophiles de Cornwall est dû en grande partie au travail du Collectif franco, un regroupement de 23 associations et organismes francophones de Cornwall et des environs mené par l'ex enseignant, directeur et surintendant scolaire, Gérald Samson.
«Les choses se sont calmées, dit-il. Et l'isolement du maire McGillis s'accentue. La semaine dernière, un francophile de South Stormont a fait publier une lettre dans le Standard-Freeholder (le quotidien de Cornwall) dans laquelle il appuyait la politique d'embauche de l'Hôpital communautaire de Cornwall et dénigrait les agissements de son maire.»
Mais comment le Collectif franco de Cornwall a-t-il réussi en moins de deux mois à faire disparaître cette tempête linguistique qui aurait pu prendre des proportions inimaginables à la Montfort?
«Nous avons été solidaires, répond M. Samson. Et nous nous sommes assurés de ne pas descendre à leur niveau, ajoute-t-il en parlant des élus de South Stormont et du CLF.
«Il ne fallait pas nourrir la bête, renchérit Georgette Sauvé, présidente de l'ACFO de Stormont, Dudas et Glengarry et membre du Collectif franco. Il ne fallait pas que ça se rende aux niveaux provincial et fédéral.»
«Nous nous sommes donnés un plan d'action et le Collectif franco est devenu un point de ralliement pour tous les francophones de Cornwall qui, je crois, a sauvé la situation, reprend M. Samson. Je n'ai jamais vu une solidarité se concrétiser de façon aussi rapide et efficace. Je n'avais jamais vu une si belle complicité et une si belle collaboration entre les organismes francophones d'ici. Je crois que tout le monde a vite compris qu'on voulait nous enlever un acquis et qu'il fallait se battre pour le conserver. Mais ne pas se battre en descendant au niveau de nos adversaires. Il fallait travailler de façon plus stratégique.
Quelle a été votre stratégie?, que je lui demande.
Plutôt que de sortir dans la rue avec des pancartes, nous avons fait un lobbying intense auprès des décideurs. Nous avons fait des visites personnelles auprès des politiciens et des leaders concernés, ainsi qu'auprès de la haute direction de l'hôpital. Chaque membre du Collectif franco avait son rôle à jouer et nous avons travaillé ensemble vers un but commun.
Mais maintenant que cette tempête semble être passée, M. Samson, le Collectif franco va-t-il cessé d'exister?
Bien sûr que non. Nous existions bien avant cet incident. Et le travail se poursuit. L'activité des protestataires changera certainement de cap. On demeure donc vigilants et aux aguets tout en poursuivant la stratégie déjà recommandée par l'ensemble du Collectif franco.»