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Malaise à la chambre de commerce

Yves Ducharme, porte-parole de Brigil, est intervenu à... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Yves Ducharme, porte-parole de Brigil, est intervenu à au moins trois reprises auprès de la Chambre de commerce de Gatineau au cours du dernier mois.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Des échanges de courriels et des extraits de procès-verbaux obtenus par LeDroit permettent aujourd'hui de saisir la pleine mesure du malaise provoqué par l'approche mise de l'avant par Brigil auprès de la Chambre de commerce de Gatineau (CCG) pour faire la promotion de son projet Place des peuples.

Au cours du dernier mois, le porte-parole de Brigil et ancien maire de Gatineau, Yves Ducharme, est intervenu à au moins trois reprises auprès de la chambre pour qu'elle participe de façon sans équivoque à la campagne de marketing entourant les tours que projette de construire Gilles Desjardins dans le centre-ville de Gatineau.

Le procès-verbal de la CCG du 29 octobre dernier démontre que M. Ducharme a suggéré, verbalement et par courriel, des éléments devant faire partie du discours que devait prononcer le président de la chambre lors de la soirée du 30e anniversaire de Brigil au Musée canadien de l'histoire, le 12 novembre dernier.

La situation provoque un premier malaise parmi les administrateurs de la chambre. La CCG décide alors, par résolution, de ne pas prendre part à la campagne de marketing de l'entrepreneur. Plutôt que de promouvoir le projet Place des peuples, il est décidé que le discours qui sera transmis par la chambre lors de cette soirée sera «uniquement» un message d'hommage à l'engagement de Brigil au cours des trois dernières décennies.

«C'est assez awkward tout ça»

Antoine Normand, qui a démissionné de la présidence de la CCG vendredi dernier après que le conseil d'administration lui ait retiré sa confiance, a refusé la demande d'entrevue du Droit. Il a cependant fait parvenir un échange de courriels assez révélateur entre lui, M. Ducharme et le nouveau président de la CCG, Jean-Claude Des Rosiers.

Le 3 novembre dernier, M. Ducharme écrit de nouveau à M. Normand en l'informant de la publication, le 12 novembre, d'un encart publicitaire de 16 pages concernant Place des peuples. M. Ducharme explique au président de la CCG d'alors qu'il souhaite voir apparaître une citation où M. Normand affirmerait: «Nous sommes prêts pour un projet comme celui de Place des peuples.» 

Le malaise au sein de la chambre de commerce grandit encore un peu plus. Mis au fait de la situation par M. Normand, le vice-président de la chambre - devenu président par intérim vendredi -, Jean-Claude Des Rosiers, lui répond: «Ouin ouin ouin [...], c'est assez awkward (embarrassant) tout ça.» 

Deux jours plus tard, M. Normand réécrit au porte-parole de Brigil en lui disant qu'après discussion avec le comité exécutif de la chambre, il a été décidé que la citation de la CCG devait évacuer toute référence au projet Place des peuples.

En entrevue avec LeDroit, lundi, M. Des Rosiers a maintenu qu'il n'y avait pas de malaise parmi les administrateurs de la CCG dans ce dossier. «En écrivant awkward, j'ai probablement voulu dire qu'on voulait garder notre indépendance face au projet [Place des peuples] et que nous n'allions pas en faire la promotion, mais seulement l'applaudir et saluer ces investissements privés, a-t-il expliqué. Quand la chambre est invitée à prendre la parole, ce sont ses mots, et c'est ce qui est arrivé.»

Le c.a. de la Chambre n'était pas unanime

Le conseil d'administration de la Chambre de commerce de Gatineau (CCG) était loin d'être unanime, vendredi dernier, lorsqu'il a décidé de retirer sa confiance en son président Antoine Normand. 

Le nouveau président par intérim, Jean-Claude Des Rosiers, est revenu sur ses propos, lundi, en affirmant que le vote avait plutôt été majoritaire, mais que les 12 membres présents se sont ensuite unanimement rangés derrière la décision qui a mené à la démission d'Antoine Normand comme président de la CCG. 

Plusieurs membres de la chambre de commerce contactés par LeDroit, lundi, ont affirmé être «déçu», «mal à l'aise», voire en «colère» face à la décision prise vendredi par le conseil d'administration. Aucun n'a cependant voulu être identifié publiquement par peur, disent-ils, de représailles. 

Selon nos informations, certains membres songent à exiger la tenue d'une assemblée générale extraordinaire afin d'avoir des explications de la part de leur conseil d'administration. Les statuts et règlements de la CCG prévoient que dix membres en règle de la chambre doivent faire cette demande pour qu'elle soit recevable. 

L'Alliance pour la cause de l'enseignement supérieur en Outaouais (ACESO) où siègent, entre autres, les députés provinciaux de la région, a tenu à souligner la contribution d'Antoine Normand au cours des dernières années. 

«M. Normand a fait preuve de leadership durant son mandat à la tête de la CCG à bien des égards, notamment en se joignant à l'ACESO, a déclaré le président de l'alliance et directeur général du Cégep, Frédéric Poulin. Les représentations et les efforts concertés de l'ACESO [...] ont amené le gouvernement du Québec à reconnaître, pour notre région, un statut particulier en matière d'éducation. C'est avec des personnalités de l'envergure d'Antoine Normand que nous y sommes parvenus.»

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