Espoir et interrogations chez les vignerons de l'Outaouais

Chantal Ippersiel, propriétaire du Domaine des Météores, à... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Chantal Ippersiel, propriétaire du Domaine des Météores, à Ripon, fréquente les marchés publics pour vendre ses vins.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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L'arrivée imminente des vins québécois sur les tablettes des épiceries et dépanneurs est applaudie par les vignerons de l'Outaouais. Certains bémols doivent toutefois être apportés, estiment des producteurs contactés par LeDroit.

Le projet de loi 88, autorisant la vente de vins québécois dans les épiceries et dépanneurs de la province, a été déposé jeudi par le ministre des Finances, Carlos Leitao.

Pour André Cellard, copropriétaire du vignoble biologique Le Domaine des météores, à Ripon, l'attente entourant cette annonce a été longue. «Ça fait tellement longtemps que le sujet est repoussé. On est un peu surpris», dit-il.

L'entreprise de la Petite-Nation, qui exploite 12 500 pieds de vignes et dont les vins blancs et rouges sont encensés ces dernières années, entre autres dans le Guide du vin Phaneuf, n'a jamais franchit les portes de la Société des alcools du Québec (SAQ).

«Nous, on a choisi de ne pas s'engager avec la SAQ parce qu'on vendrait à perte. On ne peut pas se permettre d'absorber la cote que la SAQ demande. C'est une question de marge de profit qui n'est pas intéressante», explique M. Cellard.

Le Domaine des météores produit entre 8000 et 10 000 bouteilles annuellement et vend 80% de sa production à sa ferme ou dans les marchés publics. Impossible donc pour un client de trouver une cuvée de l'entreprise d'une autre façon. Les 20% restants trouvent preneur auprès de restaurateurs de la région.

«L'été, les gens viennent au vignoble et c'est bien, mais nous sommes à 75 kilomètres de Gatineau. Qui va se déplacer et faire 150 kilomètres aller-retour pour se chercher une bouteille?» demande le producteur.

Lorsque la nouvelle loi aura obtenu le sceau de l'Assemblée nationale, l'entreprise de Ripon pourra étendre son rayon de commercialisation, estime André Cellard.

«Avec un accès aux épiceries et dépanneurs, on va pouvoir rejoindre une clientèle plus large et vendre nos produits à l'année», souligne le vigneron.

Ajustements à prévoir

Raymond Huneault, propriétaire du vignoble artisanal du Clos Baillie, dans le secteur Aylmer, voit aussi le projet de loi 88 d'un oeil favorable.

L'homme d'affaires émet toutefois certaines réserves face au procédé qui sera utilisé une fois que la loi sera mise en application.

«Les petits producteurs artisanaux, ils ne sont pas habitués de faire de la mise en marché. Ils vendent dans les foires ou chez-eux, mais là, ils vont entrer dans les ligues majeures. Je ne pense pas qu'ils soient prêts pour ça. Si tu n'es pas gros et que tu n'as pas d'agent de promotion à plein-temps, ça risque d'être difficile d'entrer dans les grosses épiceries», explique M. Huneault, dont le produit vedette, un cidre d'érable qui s'écoule à près de 2000 bouteilles par année, est en vente à la SAQ depuis un an.

Ce dernier soutient que la législation aurait dû être revue depuis déjà plusieurs années. 

«Là, j'ai l'impression que ce sera le free for all au début. Si nous avions fait ça il y a cinq ans, tous les détails seraient réglés et nous aurions un marché stable», croit-il.

Quelle place sur le plancher?

Jean-Pierre Foucault est copropriétaire et vigneron du vignoble Le Domaine Mont-Vézeau, à Ripon. Le vin de fraises de son entreprise, Le Zéphyr, peut être acheté dans près de 200 succursales de la SAQ. 

Son entreprise compte bien s'immiscer dans les épiceries une fois que la loi sera entérinée.

Les défis risquent malgré tout d'être nombreux pour plusieurs vignobles, surtout au niveau de la place qui sera accordées aux vignerons québécois, admet-il.

«Peut-être qu'en se regroupant entre producteurs, on pourra se négocier un espace plus intéressant sur le plancher. Est-ce qu'une section terroir va être créée? Ce sont toutes des choses qui restent à voir.»

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