Après le lait et le bois d'oeuvre, l'aluminium?

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Le Canada est la principale source d'approvisionnement d'aluminium des États-Unis.

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La Presse Canadienne

Après les produits laitiers et le bois d'oeuvre, l'aluminium pourrait être le prochain secteur à se retrouver dans le viseur de l'administration Trump - ce qui, pour l'instant, n'inquiète pas outre mesure les producteurs canadiens.

La semaine dernière, le président américain Donald Trump a annoncé la tenue d'une enquête visant à déterminer si l'acier étranger constituait une menace pour la sécurité nationale du pays en raison de l'érosion de la production industrielle locale. Cette décision pourrait ouvrir la porte à une augmentation des barrières tarifaires.

L'Association de l'aluminium du Canada (AAC), qui représente les producteurs Alcoa, Alouette et Rio Tinto, s'attend à ce que son secteur soit également visé par une enquête similaire très prochainement. Selon le site américain d'informations spécialisées Inside Washington Publishers, une décision en ce sens pourrait être annoncée dès jeudi.

«Est-ce que je suis préoccupé? La réponse est oui. Inquiet? Non», a affirmé mercredi son président, Jean Simard, au cours d'un entretien téléphonique depuis Bruxelles, où il participe à une réunion de l'association européenne de l'aluminium.

À son avis, ces enquêtes visent d'abord et avant tout la Chine, accusée par l'industrie américaine de produire trop d'acier d'aluminium, ce qui fait fléchir les prix. La production chinoise d'aluminium est passée de 3,25 millions de tonnes en 2001 à 24,4 millions de tonnes en 2014.

M. Simard a souligné que le Canada était la principale source d'approvisionnement d'aluminium des États-Unis, et qu'il représentait environ 60% des importations américaines.

«Les États-Unis sont en déficit d'aluminium, a-t-il dit. En 2016, il s'est consommé trois millions de tonnes de plus d'aluminium primaire aux États-Unis que ce qui avait été produit en Amérique du Nord. Au Canada, notre production a été d'environ 3,2 millions de tonnes l'an dernier.»

Selon l'Institut de la statistique du Québec, la province - qui abrite neuf des dix alumineries canadiennes - a exporté en 2016 pour 4,8 milliards $ CAN d'aluminium sous forme brute aux États-Unis. Ce secteur génère quelque 10 000 emplois directs au Québec.

Compte tenu de l'imposition d'une taxe de 20 pour cent sur le bois d'oeuvre canadien et des sorties récentes de M. Trump sur les producteurs laitiers canadiens, le président de l'AAC ne serait pas surpris de voir les élus américains y aller de «déclarations intempestives» contre l'industrie canadienne de l'aluminium.

Il doute cependant que le Canada soit pénalisé si une enquête sur les exportations d'aluminium aux États-Unis devait aller de l'avant.

M. Simard a rappelé que l'an dernier, le Syndicat international des Métallos s'était finalement résigné à réclamer à la Commission américaine sur le commerce une surtaxe de 50% sur les importations d'aluminium, qui aurait pu être néfaste pour les alumineries canadiennes.

«Encore une fois, les Américains visaient la Chine, mais frappaient le Canada, a-t-il affirmé. Lorsqu'ils ont réalisé cela, ils ont mis fin à leurs démarches.»

Selon l'analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal Alexandre Moreau, il ne faut pas se surprendre si l'administration Trump se penche sur les exportations d'aluminium, un secteur, qui d'après les producteurs locaux, sont «protégés» dans d'autres pays.

«Dans la liste d'épicerie dévoilée il y a quelques mois, il y avait notamment la gestion de l'offre, l'énergie et l'aluminium», souligne-t-il.

La préoccupation: l'ALENA

Pour l'AAC, l'enjeu principal du secteur de l'aluminium est de conserver les dispositions actuelles de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), alors que les États-Unis réfléchissent à se retirer de cet accord commercial.

«On ne cherche pas des gains (pour notre industrie), dit M. Simard, on veut protéger nos acquis.»

L'Association veut éviter des modifications à des dispositions comme les règles d'origines pour des produits comme des pièces automobiles ou, pire encore, la mise en place d'une taxe frontalière.

«Dans le secteur du transport, une pièce peut traverser la frontière à sept reprises, explique son président. Si elle est taxée à chaque reprise, cela va nuire à l'industrie. Plus personne ne voudra construire d'automobiles aux États-Unis.»




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