Cours d'éducation financière: duel entre les syndicats et le secteur financier

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Sebastien Joly estime qu'une telle mesure découle de souhaits exprimés par « les groupes financiers » et « les banquiers » et le cours ne propose qu'une vision libérale de l'économie.

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Le cours en finances personnelles que le gouvernement du Québec veut imposer aux étudiants du secondaire place les syndicats d'enseignants - qui s'opposent à une telle mesure - en rivalité avec le milieu de la finance, qui souhaiterait quant à lui voir les Québécois être plus à l'aise à gérer leurs économies et à parler d'argent.

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, entend rendre le futur cours de finances personnelles obligatoire dans toutes les écoles secondaires de la province à partir de septembre, mais les syndicats d'enseignants réclament une suspension du déploiement préconisé.

La mise en branle d'un tel programme ne correspond pas à la « philosophie d'éducation » de l'Association provinciale des enseignantes et des enseignants du Québec (APEQ), au dire de son président, Sébastien Joly.

Il estime qu'une telle mesure découle de souhaits exprimés par « les groupes financiers » et « les banquiers » et le cours ne propose qu'une vision libérale de l'économie.

Le président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), Sylvain Mallette, ne mâche pas ses mots pour critiquer la démarche du gouvernement, arguant sur plusieurs tribunes que « ce cours a été concocté par les banques ».

Le cours vise à outiller les élèves qui en sont à leur dernière année de secondaire sur des sujets comme les droits des consommateurs, la réglementation et le principe de l'offre et de la demande. Québec entend aussi inclure au programme des notions relatives aux taxes et aux taux d'intérêt, à la gestion d'une carte de crédit et à la signature de baux et de contrats d'abonnement à un service de téléphonie cellulaire.

« Vous êtes supposés (au secondaire) acquérir des connaissances qui ouvriraient vos horizons et vous aideraient sur le plan critique », a plaidé M. Joly, alors que son collègue de la FAE dénonce une « approche utilitariste ».

« Et qui va nous assurer que le matériel qui est fourni n'est pas du matériel produit par les institutions financières qui ont intérêt à faire de la promotion, de la publicité pour leurs produits financiers ? Le ministre n'est pas capable de nous assurer (que ce n'est pas le cas) », a lancé M. Mallette.

Le principal point de discorde, selon les syndicats, est que ceux-ci disent ne pas avoir été consultés à proprement parler avant que le ministre Proulx ne décide de rendre le nouveau cours obligatoire.

On s'inquiète par ailleurs que le matériel mis de l'avant ne favorise pas le développement d'un esprit critique à l'égard du capitalisme et de l'industrie financière mondiale. Les syndicats jugent que le cours est le fruit d'une stratégie plus vaste de Québec visant à changer la culture relative à l'argent - une initiative qui serait chapeautée par les régulateurs de l'Autorité des marchés financiers (AMF).

L'AMF a mis sur pied le Comité consultatif en éducation financière (CCÉF), au sein duquel sont représentés les ministères de l'Éducation et des Finances, mais aussi des d'institutions bancaires que le groupe Desjardins, la Banque Nationale, la Banque de Montréal et la Financière Sun Life.

Dans son rapport de 2016, le comité souligne ses inquiétudes quant à l'endettement des ménages québécois qui frôle 150 pour cent des revenus.

« Plusieurs personnes prétendent que la société québécoise et sa majorité francophone subissent encore l'influence de certaines valeurs réfractaires à l'argent, notamment les valeurs judéo-chrétiennes ayant marqué plusieurs générations », écrivent les auteurs.

Le CCÉF souligne par ailleurs qu'« à bien des égards, notre relation avec l'argent nous distingue des Canadiens des autres provinces », faisant valoir que les Québécois semblent éprouver un malaise quand vient le temps de parler d'argent.

Ainsi on liste comme prioritaire la nécessité « d'inciter les Québécois à parler davantage d'argent, de finances et d'économies ».

M. Joly n'est pas en désaccord avec la soi-disant aversion des Québécois à aborder les questions de gestion financière, mais il juge toutefois que le rapport du CCÉF est déséquilibré.

« C'est un fait historique que les francophones avec une éducation catholique sont moins à l'aise de parler d'argent. Mais dans une perspective plus vaste, je pense que, ces 10 à 15 dernières années, ce point est devenu moins problématique. »

Un porte-parole du ministère de l'Éducation, Bryan St-Louis, a affirmé dans un courriel que la préparation du controversé cours se fait en consultation avec un éventail de partenaires, notamment le milieu financier.

Rina Marchand, de l'organisme à but non lucratif Fondation de l'entrepreneurship, croit pour sa part que de plus en plus de jeunes Québécois songent à se lancer en affaires et s'éloignent des vieux stéréotypes.

Ce changement d'attitude est en partie attribuable aux médias, a-t-elle soutenu en entrevue, puisque ceux-ci ne s'en tiennent plus qu'à couvrir les cas de faillites, mais mettent aussi en lumières des histoires de réussite.

Quoi qu'il en soit, il y a du pain sur la planche, a-t-elle ajouté, mentionnant que seulement cinq pour cent des 18-34 ans finissent par se lancer en affaires.

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