Mobilisation contre des projets de gaz de schiste dans Lotbinière et Bécancour

Questerre soutient que seules deux MRC, Lotbinière et... (Archives La Presse)

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Questerre soutient que seules deux MRC, Lotbinière et Bécancour, sont susceptibles d'être considérées pour des projets-pilotes en vertu de certains facteurs tels que la densité de population, la possibilité de mettre en oeuvre de nouvelles technologies pour faire face à des enjeux environnementaux, ainsi que l'acceptabilité sociale.

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
Québec

La population fera bloc contre les projets d'une société albertaine qui veut relancer la ruée vers les gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, prédit un regroupement de comités de citoyens.

L'entreprise Questerre a fait savoir cette semaine qu'elle jaugeait le potentiel de ses gisements dans les régions de Bécancour et Lotbinière, en vue de lancer des projets-pilotes.

Non surpris de cette annonce jugée «prévisible», le Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec (RVHQ) est déjà sur le sentier de la guerre et entend mobiliser ses 130 comités de citoyens.

«Ça ne passera pas», a fait savoir la coordonnatrice générale et porte-parole du RVHQ, Carole Dupuis, dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne vendredi. Selon elle, un projet-pilote serait un cheval de Troie en vue d'une exploitation à grande échelle.

«Les projets-pilotes ont pour but de mettre le pied dans la porte et déployer à grande échelle par la suite. On ne fait pas des projets-pilotes pour le plaisir de la chose», a-t-elle fait valoir.

Dans son communiqué diffusé mercredi, Questerre soutient que seules deux municipalités régionales de comté (MRC), Lotbinière et Bécancour, sont susceptibles d'être considérées pour des projets-pilotes en vertu de certains facteurs tels que la densité de population, la possibilité de mettre en oeuvre de nouvelles technologies pour faire face à des enjeux environnementaux, ainsi que l'acceptabilité sociale.

Or, selon Mme Dupuis, la filière des gaz de schiste ne jouit d'aucune acceptabilité sociale. Elle a rapporté que dans les municipalités où des campagnes de sensibilisation avaient été organisées, la quasi-totalité des citoyens avaient signé une déclaration qui disait: «vous n'entrerez pas chez nous».

«L'acceptabilité sociale, c'est une expression dont les compagnies, les ministres et le premier ministre se gargarisent, comme si en prononçant l'expression, elle se réalisait, mais il n'y en a pas d'acceptabilité sociale, ce n'est pas le souhait de la population, ce n'est pas le souhait des municipalités, qui reflètent les souhaits de la population», a-t-elle dit.

Les citoyens s'inquiètent en effet de «tous les aspects» de cette industrie, a souligné la porte-parole. Elle a évoqué les liens entre les techniques non conventionnelles d'extraction des gaz de schiste, comme la fracturation hydraulique, et la contamination de l'eau potable, en citant plusieurs études.

Mme Dupuis a aussi énuméré les puisements massifs dans les cours d'eau, ainsi que les nuisances comme le bruit, la poussière, la pollution, etc. Bref, tout pour nuire à une région agro-touristique comme Lotbinière, où la qualité de vie et les paysages sont «exceptionnels», selon elle.

«On ne veut pas vivre dans une usine et c'est ça qu'on nous propose», a résumé la porte-parole du RVHQ.

Elle a néanmoins précisé qu'aucune activité particulière du Questerre n'avait encore été relevée dans les régions visées, en ajoutant que cela se déroule souvent dans des secteurs isolés. Il est possible qu'»il y ait des choses», mais actuellement des autorisations n'ont pas été délivrées, à sa connaissance.

La représentante du RVHQ soupçonne d'ailleurs le gouvernement de ne pas vouloir s'opposer à l'industrie, en dépit des discours du premier ministre Philippe Couillard. Mme Dupuis lui reproche d'avoir encadré et non interdit la fracturation hydraulique dans le projet de loi 106, adopté sous bâillon en décembre dernier.

L'opposition officielle a également pris la balle au bond pour condamner les projets de Questerre et critiquer la position du gouvernement. Selon le porte-parole péquiste en matière d'énergie et de ressources naturelles, Sylvain Rochon, «le gouvernement n'est pas là où sont rendus les Québécois» sur la question des hydrocarbures.

Le député de Richelieu a rappelé que son parti avait voulu faire amender le projet de loi 106 pour interdire l'exploitation des gaz de schiste, et ainsi fermer la porte à la fracturation hydraulique, mais le gouvernement et la Coalition avenir Québec ont refusé.

Il exige que le gouvernement garantisse aux gens de Lotbinière et de Bécancour qu'aucune licence ne soit accordée pour un projet-pilote, en vue d'une exploration ou de l'exploitation des gaz de schiste. L'acceptabilité sociale est nulle, a aussi conclu M. Rochon.

«L'inquiétude relativement à la réouverture de cette filière des gaz de schiste, elle est très répandue, les gens craignent énormément l'apparition d'une nouvelle crise. Il y a eu et il y aura une mobilisation massive contre une telle perspective», a-t-il dit.

Rappelons qu'au début des années 2010, sous le gouvernement Charest, les activités des entreprises pétrolières qui se lançaient dans la ruée vers les gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent avaient provoqué une levée de boucliers, des manifestations et des affrontements. Leurs activités suscitaient beaucoup de craintes en raison du recours au procédé de fracturation hydraulique.

Le gouvernement péquiste de Pauline Marois avait décrété un moratoire à son arrivée au pouvoir. Le projet de loi 106 adopté en décembre dernier par le gouvernement Couillard contient des dispositions sur le forage par fracturation hydraulique, mais il reconduit aussi la Loi limitant les activités pétrolières et gazières, qui suspend notamment l'obligation imposée aux entreprises de faire des activités sur les zones où elles ont obtenu des droits.

En septembre dernier, le premier ministre Couillard avait par ailleurs déclaré qu'»il n'y aura pas» de fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent.

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