Les producteurs de lait veulent 1 milliard $ en compensations

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Bruno Letendre, président des Producteurs de lait du Québec

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(Québec) L'arrivée des fromages fins européens en sol canadien continue d'inquiéter Les Producteurs de lait du Québec. Ceux-ci demandent au fédéral de bonifier «de 750 millions à 1 milliard $» l'enveloppe du programme de compensations pour atténuer les effets de l'Accord économique et commercial global (AECG).

La semaine dernière, Ottawa a annoncé un programme d'investissement pour la modernisation des équipements et des infrastructures de 350 millions $ pour aider le secteur laitier. Du montant, 250 millions $ sur cinq ans seront distribués aux producteurs et 100 millions $ sur quatre ans aux transformateurs.

Pour le président des Producteurs de lait du Québec, les sommes du plan de compensation concocté par le fédéral sont insuffisantes comparativement aux pertes entraînées par le traité. Un point de vue partagé par le gouvernement de Philippe Couillard, qui demande aussi plus d'argent.

«Nous estimons les revenus perdus [des producteurs canadiens] en raison de l'AECG pour les 15 prochaines années entre 750 millions et 1 milliard $», indique Bruno Letendre, demandant entre autres au gouvernement de s'engager fermement à remettre le même montant, soit 350 M$, sur la table ou plus dans 5 ans et dans 10 ans. «Un engagement plus substantiel créerait de l'activité économique dans toutes les régions du Canada. Parce que nous, on ne délocalisera pas les emplois ailleurs. L'argent fera travailler les Canadiens et contribuera à faire croître l'économie», poursuit-il.

Fromages fins européens

Si tout se déroule comme prévu, l'AECG entre le Canada et l'Union européenne devrait entrer en vigueur au début de 2017. Le traité accorde à terme un accès garanti au Canada de 17 700 tonnes de fromages par années aux Européens. «Ce sont 180 millions de litres de lait par an que nous ne produirons plus, pour toujours», déplore M. Letendre, soulignant que cela équivaut à la production annuelle du Saguenay-Lac-Saint-Jean ou à celle de la Nouvelle-Écosse qui «est rayée de la carte».

Les producteurs laitiers, qui étaient réunis en assemblée générale extraordinaire à Québec, jeudi, estiment que cela représente une perte de vente de lait de 110 à 150 millions $ par année.

«Seize mille des dix-sept mille sept cents tonnes qui vont rentrer sont des fromages fins de qualité. Cette catégorie représente 30 % du marché de détail des fromages au pays. Et pour le Québec, qui produit 60 % des fromages de cette catégorie, l'impact sera majeur», prévient M. Letendre.

Donald Trump

Le président a aussi fait part lors de son allocution de son inquiétude par rapport à l'élection du républicain Donald Trump comme 45e président des États-Unis. Durant sa campagne, le futur patron à la Maison-Blanche avait remis en question certains accords commerciaux, comme l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et le Partenariat transpacifique (PTP).

«La gestion de l'offre a été exclue de l'Accord de libre-échange avec les États-Unis et de l'ALENA. Il n'est pas question pour nous d'accepter qu'on la mette sur la table comme on a fait dans l'AECG», martèle M. Letendre, précisant toutefois être en faveur du libre-échange. «Les producteurs de lait canadiens veulent continuer à vivre en retirant un juste revenu de la vente de leur lait, sans devoir dépendre de subventions.» Pour le PTP, les producteurs s'étaient opposés à la signature du traité.

Le débat entourant le lait diafiltré a également été discuté durant l'assemblée générale. Les producteurs demandent au gouvernement d'être plus proactif dans le dossier, «qui traîne en longueur depuis des années». 

Actuellement, le lait diafiltré est considéré comme un ingrédient par l'Agence des services frontaliers lorsqu'il est exporté des États-Unis vers le Canada et change de statut dès qu'il traverse les douanes. L'Agence canadienne d'inspection des aliments, qui assure le suivi des produits, le considère alors comme du lait. Les transformateurs peuvent utiliser la quantité de lait diafiltré qu'il désire, au détriment du lait frais, dans leur recette de fromage.

Une bonne cuvée l'an dernier

L'industrie laitière canadienne a connu une bonne cuvée l'an dernier. De novembre 2015 à octobre 2016, les ventes canadiennes au détail de crème ont connu une hausse de 4,2 %, de 3,4 % pour le yogourt et de 3,1 % pour la crème glacée. Les ventes de beurre ont quant à elles grimpé de 2,5 % et celles du fromage, de 5,1 %.

«La réhabilitation du gras laitier a entraîné un boum de la demande pour les produits plus riches», se réjouit le président des Producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, prévenant toutefois que l'arrivé prochaine des 17 700 tonnes de fromages de l'Europe en raison de l'Accord économique et commercial global (AECG) vont venir «ternir cette croissance».

Les ventes de lait de consommation ont toutefois baissé de 1,2 %. La production laitière au Québec compte 83 000 emplois directs et indirects, répartis notamment dans 5620 fermes. Les recettes à la ferme représentent environ 2,4 milliards $.

Libre-échange avec l'UE: Québec veut plus d'argent d'Ottawa pour les agriculteurs

Québec demande plus d'argent du gouvernement fédéral pour indemniser les producteurs laitiers québécois qui seront affectés par l'accord de libre-échange avec l'Union européenne (UE).

Le premier ministre Philippe Couillard a laissé entendre jeudi que la part dévolue au Québec des 350 millions $ prévus par Ottawa ne suffit pas.

Il a confirmé que son ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis, en réclamera davantage au cours d'une rencontre avec son homologue fédéral, Lawrence MacAulay, prévue le jour même.

Le premier ministre estime que le programme d'indemnisation annoncé par Ottawa est injuste, puisqu'il prévoit un financement égal pour chaque province, alors que le Québec produit une plus grande part de fromages fins du pays. Or, leurs producteurs seront davantage affectés par la hausse des importations de fromage provenant de l'Union européenne.

«D'avoir une distribution qui soit égale entre les provinces ne semble pas refléter la réalité et ne semble pas tout à fait juste pour nos producteurs», a déclaré M. Couillard dans une mêlée de presse en marge de la COP22, la Conférence des Nations unies (ONU) pour les changements climatiques, à Marrakech, au Maroc, où il est en mission.

Il n'a pas voulu chiffrer précisément ses revendications, mais il souhaite que le mécanisme de dédommagement mis en place par le fédéral respecte la part plus importante que le Québec occupe dans le marché des fromages fins, a-t-il insisté.

À Québec, à l'occasion d'une assemblée spéciale, le président des Producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, a salué la sortie du premier ministre québécois.

«Tout geste est apprécié, a-t-il dit lorsqu'informé des propos tenus par M. Couillard. Nous apprécions le geste du fédéral (les compensations), mais c'est insuffisant. Il faut aller plus loin.»

En vertu de l'accord de libre-échange qui devrait entrer en vigueur en 2017, 17 700 tonnes additionnelles de fromages européens pourront entrer au Canada chaque année, ce qui représente environ 4 pour cent de l'ensemble du marché. Le gouvernement estime que cela occasionnera des pertes de 1,4 pour cent aux producteurs laitiers et fromagers.

Ottawa a annoncé deux programmes cet automne: 250 millions $ sur cinq ans dans les fermes laitières et 100 millions $ sur quatre ans pour les producteurs fromagers qui devront être investis dans l'innovation, la modernisation des exploitations ainsi que l'amélioration de la productivité et de la compétitivité.

Ironiquement, M. Couillard a abordé cet enjeu dans un point de presse commun avec le ministre-président de la Wallonie, Paul Magnette.

Ce dernier s'est rendu célèbre dans le monde récemment en bloquant pendant un certain temps la signature de cet accord de libre-échange, jusqu'à obtenir les garanties souhaitées par son gouvernement.

«Il faut dire aux producteurs de fromages fins québécois qu'ils sont les bienvenus sur les marchés chez nous, puisqu'on aime beaucoup vos produits, donc je suis sûr qu'ils trouveront de nouveaux débouchés dans nos régions», a-t-il déclaré.

M. Magnette a pris la peine de préciser qu'il n'avait rien contre le Canada, mais qu'il s'opposait à des mécanismes internes de l'Union européenne et à des dispositions sur la protection des investisseurs.

M. Couillard, qui a pleinement soutenu l'accord depuis le début, a néanmoins admis que «les problèmes soulevés (par la Wallonie) étaient les bons» et que la région wallonne, qui était un partenaire du Québec, avait ainsi permis d'améliorer l'accord.

En octobre, la Wallonie, région francophone de Belgique peuplée de 3,5 millions d'habitants, s'est donc trouvée à court-circuiter une entente entre l'Union européenne, une zone de 500 millions d'habitants, et le Canada et ses 36 millions d'habitants, une entente obtenue après sept ans de négociations.

Pour ratifier l'entente comme chacun des membres de l'UE, le Parlement fédéral belge devait en effet obtenir l'aval du Parlement wallon qui a soulevé de nombreuses objections. Entre autres, les Wallons s'inquiétaient du sort de leur agriculture. Aussi, ils souhaitaient que les litiges soient tranchés par des tribunaux nationaux.

M. Magnette s'opposait également à un processus d'arbitrage qui permettrait aux multinationales de contester devant la justice les décisions gouvernementales.

Jeudi, il a réaffirmé avoir obtenu «pleine satisfaction», grâce à un encadrement du mécanisme de règlement des litiges entre les entreprises et les gouvernements.

La Presse canadienne

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