Salaire minimum à 15 $: loin d'une bombe atomique

Une hausse marquée du salaire minimum entraînerait bel et bien des pertes... (Archives, La Presse)

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne
Montréal

Une hausse marquée du salaire minimum entraînerait bel et bien des pertes d'emplois au Québec, mais beaucoup moins que les 100 000 déjà avancés. Les pertes se situeraient plutôt entre 6000 et 20 000 - ce qui est peu pour l'ensemble du Québec, indique une étude de l'IRIS publiée jeudi.

L'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques conclut que des 24 groupes de travailleurs examinés, seuls quatre verraient leur employabilité diminuer à cause d'une hausse marquée du salaire minimum.

Il s'agirait pour l'essentiel de jeunes de 15 à 24 ans n'ayant pas terminé leurs études secondaires et de femmes de 15 à 54 ans ayant seulement un diplôme d'études secondaires.

«Il y a des emplois à risque; on ne va pas dire le contraire. Mais ils sont très ciblés vers ces catégories-là. Et nous, ça nous a amenés à dire qu'il serait sans doute plus utile, plutôt que de maintenir un plancher bas pour tout le monde, de permettre à près de 98 pour cent des travailleurs qui sont concernés par la mesure de bénéficier de la hausse et d'avoir ensuite des politiques ciblées pour aider les travailleurs qui sont moins qualifiés», a résumé au cours d'une entrevue avec La Presse canadienne Mathieu Perron-Dufour, professeur à l'Université du Québec en Outaouais et coauteur de la recherche.

M. Perron-Dufour et son collègue Raphaël Langevin en concluent qu'une hausse du salaire minimum de 10,75 $ à 15 $ sur quelques années, comme le réclament plusieurs organisations syndicales et groupes sociaux au Québec, serait loin d'être «une bombe atomique», comme l'a récemment affirmé l'économiste Pierre Fortin.

«Il y a certains emplois à risque; c'est certain. Néanmoins, pour la vaste majorité des travailleurs touchés, ce serait un gros bonus. Il n'y aura pas de fermetures généralisées ou d'inflation généralisée qui viendrait faire un peu l'effet d'une bombe atomique. Les bénéfices dépassent pour nous largement les coûts», a résumé M. Perron-Dufour.

Le chercheur de l'IRIS réfute aussi l'argument voulant que la survie de nombreuses petites et moyennes entreprises soit ainsi mise en péril, comme le soutient la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.

Il souligne qu'entre 2008 et 2010, le salaire minimum au Québec a été haussé de 1,50 $ sur trois ans et que cela n'a pas été associé à un taux de fermeture des PME plus élevé qu'à l'habitude.

«Un plus grand pouvoir d'achat pour les faibles salariés permet une plus grande consommation dans les commerces locaux et ainsi une plus grande activité économique, limitant ainsi les faillites causées par un contexte économique morose depuis la crise de 2008. La hausse du salaire minimum entre 2008 et 2010 agirait donc à titre de mesure de relance dans ce contexte», écrit le chercheur dans son étude.

M. Perron-Dufour réfute également l'argument souvent avancé voulant qu'une hausse du salaire minimum pousse davantage de jeunes au décrochage scolaire.

«Entre 2008 et 2010, le salaire minimum au Québec a augmenté comme à peu de moments dans son histoire, ce qui n'a manifestement pas empêché une foule de jeunes de rester sur les bancs d'école», conclut-il dans son étude.

Quant à l'autre argument souvent avancé selon lequel une hausse du salaire minimum entraînerait une augmentation des prix, le chercheur apporte une nuance. Selon ses calculs, la hausse des prix varierait de 1,1 à 2,63 pour cent.

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