Une filiale canadienne de la Fondation Clinton défend ses dépenses

Bill Clinton a nié que les dons d'États,... (Archives, Associated Press)

Agrandir

Bill Clinton a nié que les dons d'États, d'entreprises ou d'hommes d'affaires étrangers à la Fondation Clinton aient pu influencer les décisions de son épouse Hillary, secrétaire d'État de 2009 à 2013 et candidate à la Maison-Blanche en 2016.

Archives, Associated Press

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Joanna Smith
La Presse Canadienne

Une filiale canadienne de la Fondation Clinton qui a reçu des millions de dollars de l'industrie minière a dépensé beaucoup plus sur les salaires et les coûts administratifs que sur les programmes de charité au cours des deux années, selon les plus récentes données transcrites dans les rapports de gestion remis à l'Agence de revenu du Canada (ARC).

Le Clinton Giustra Enterprise Partnership (CGEP) de Vancouver a consacré 737 441 $ - soit 78 pour cent de ses dépenses - à la gestion et l'administration en 2014. Ce montant comprend les fournitures et dépenses liées aux bureaux, les salaires, ainsi que les honoraires professionnels et de consultation.

La même année, selon les documents remis à l'ARC qui sont publiés en ligne, l'organisation a accordé 205 419 $ pour ses programmes de charité, ce qui équivaut à 22 pour cent de ses dépenses.

Un ratio similaire - 72 pour cent pour la gestion et l'administration et 28 pour cent pour les programmes de charité - apparaît dans les documents pour l'année 2013.

La fondation canadienne s'est vivement défendue d'avoir trop alloué d'argent à ses frais généraux.

L'organisme a déclaré par courriel qu'il serait erroné d'examiner isolément les dépenses une année à la fois.

Le Clinton Giustra Enterprise Partnership a été fondé par Frank Giustra, un philanthrope canadien. L'homme d'affaires dans le domaine des mines avait permis de récolter plus de 16 millions $ en dons pour l'organisme lors d'un gala qui s'était tenu à Toronto, en 2008. L'ancien président américain Bill Clinton et plusieurs invités de Hollywood, de Bay Street et de l'industrie minière avaient participé à l'événement.

L'organisation a été mise sur pied d'abord pour que les Canadiens puissent recevoir un crédit d'impôt en soutenant le travail de la Fondation Clinton. Les programmes de la fondation visent à créer des occasions d'affaires dans les pays en voie de développement, en aidant notamment les cultivateurs d'arachides en Haïti ou en fournissant de la formation à la vente à des femmes au Pérou.

L'organisme canadien a affirmé qu'il serait plus juste de considérer tous les données entre 2010 et 2014 parce que le financement de ses projets est réparti dans le temps.

Ces chiffres montrent que les dépenses sur les programmes de charité et les dons aux autres organismes représentent 84 pour cent, tandis que les frais de gestion et d'administration couvraient 14 pour cent du total, et la collecte de fonds, deux pour cent. Ces chiffres ont été fournis par la fondation et ils ont été recalculés par La Presse Canadienne.

La colonne des revenus de 2014 démontre que seulement 157 154 $ ont été reçus par d'autres organismes, soit bien moins que les 6,8 millions $ en 2010, par exemple. La fondation a toutefois tenu à souligner qu'elle se concentrait à réaliser les projets plutôt que de solliciter de nouveaux fonds.

Les rapports de gestion pour l'année 2015 n'ont pas encore été vérifiés ou publiés par l'ARC, selon l'organisme, qui s'attend à ce qu'il n'y ait pas de «différence majeure» avec les ratios de 2013 et 2014 - alors qu'elle disait que les projets de cette période étaient financés avec l'argent des années précédentes.

CGEP Canada a aussi justifié la pertinence des dépenses en gestion et en administration. «Ces dépenses (...) sont cruciales pour le succès opérationnel du travail de CGEP, pour aider à maximiser l'impact des programmes de CGEP, pour s'assurer que plus de personnes soient atteintes et pour que ces programmes soient menés de façon efficace», a écrit l'organisation.

Son personnel au Canada - quatre postes à temps plein en 2014, selon les documents de l'ARC - travaille sur le «développement de partenariats et de marchés, la recherche d'investissements et les finances» en coordination avec l'équipe établie aux États-Unis, a-t-on expliqué.

L'organisme canadien n'a pas fourni le nom du porte-parole qui a communiqué par courriel avec La Presse canadienne.

L'enjeu desdits frais généraux - et à savoir si les organisations devraient être jugées ou comparées selon leur importance - est un sujet chaud au sein des grands donateurs. Certains d'entre eux font valoir que l'accent devrait être mis sur l'impact réel des organismes plutôt que sur le salaire de leurs employés.

L'Agence du revenu du Canada affirme qu'elle n'a aucune règle pour fixer un ratio idéal. «En général, quant à tous les organismes, nous regarderions toutes leurs opérations pour déterminer si elle continue de se conformer avec les critères de la loi», a soutenu la porte-parole Jelica Zdero.

Mark Blumberg, un avocat de Toronto spécialisé en droit sur les organismes de bienfaisance, a indiqué que les organisations devraient s'attendre à ce que des questions sont posées sur leurs finances, surtout lorsqu'ils ont des liens avec des politiciens et des enjeux délicats - et cela va bien au-delà de la publication des documents financiers sur le site de l'ARC.

CGEP Canada avait fait les manchettes l'année dernière lorsqu'il avait été révélé que l'organisation n'avait pas dévoilé l'identité de ses quelque 1100 donateurs.

Il s'agissait d'une nouvelle controversée puisqu'en 2008, la Fondation Clinton avait signé une entente en matière d'éthique avec l'administration du président américain Barack Obama pour dévoiler l'identité de tous ses donateurs afin d'éviter tout soupçon de conflits d'intérêts lorsque Hillary Clinton est devenue secrétaire d'État.

Tant la Fondation Clinton que CGEP Canada ont dit que la loi canadienne ne permettait pas de publier le nom de leurs contributeurs sans leur consentement.

Depuis ce temps, CGEP Canada a reçu l'assentiment de certains donateurs. Les noms de 30 individus et entreprises qui ont offert plus de 100 000 $ apparaissent sur le site Internet de l'organisme.

Seulement quelques-uns d'entre eux ont répondu aux demandes d'entrevues de La Presse Canadienne et aucun d'entre eux n'a voulu commenter le ratio des dépenses.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer