L'ONÉ lance officiellement l'examen du projet de pipeline Énergie Est

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Fannie Olivier
La Presse Canadienne

L'Office national de l'énergie (ONÉ) lance officiellement son examen d'Énergie Est, jugeant «complète» la demande de la société TransCanada, bien que certains pans du projet demeurent inconnus.

On ignore par exemple de quelle façon le pipeline traversera la rivière des Outaouais. Cela ne semble toutefois pas inquiéter l'ONÉ, qui rappelle que l'entreprise aura assurément l'occasion de fournir ces renseignements en cours de route.

Le processus d'évaluation durera 21 mois, au cours desquels tout citoyen intéressé par le projet pourra être entendu.

«Ce processus d'examen sera différent de tous ceux menés par l'Office par le passé», a insisté Jean-Denis Charlebois, directeur responsable du processus d'évaluation pour le projet Énergie Est à l'ONÉ, en conférence téléphonique depuis Calgary, jeudi.

Il assure que l'ONÉ conduira «un exercice rigoureux et basé sur la science» et que ses recommandations seront fidèles à «l'intérêt public canadien».

L'enjeu est de taille, puisque le pipeline de 4600 kilomètres, qui doit partir de l'Alberta pour se rendre jusqu'au Nouveau-Brunswick, est le plus important projet évalué par l'ONÉ à ce jour. Son objectif est de transporter quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux de l'Ouest et de pétrole de schiste du Dakota du Nord.

Les séances de consultation publique commenceront dès le 8 août à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, et se déplaceront tout le long du tracé du pipeline.

Environnement Canada calculera par ailleurs les gaz à effet de serre (GES) qui seraient émis «en amont» du projet, donc liés à l'extraction du pétrole brut issu des sables bitumineux. Cette quantité de GES sera divulguée au public, mais le gouvernement n'a pas établi de seuil critique au-delà duquel il rejetterait le projet.

L'ONÉ ne considérera toutefois pas dans son évaluation l'objectif de limiter la hausse des températures mondiales à moins de 2 degrés Celsius, un engagement auquel le Canada a adhéré en signant l'Accord de Paris en décembre. S'il est vrai que l'ONÉ tiendra compte des dimensions économiques, sociales et environnementales du projet, «ces considérations doivent être directement liées au pipeline» pour faire partie de l'examen, a noté M. Charlebois.

La version française du projet - mise en ligne mercredi par TransCanada, un mois après le dépôt des 39 000 pages de la version originale anglaise - pourra être utilisée «en toute confiance» par ceux qui prendront part à ces séances, selon l'ONÉ. On précise avoir étudié un échantillon d'environ 1000 pages en français et conclu que la traduction est «excellente».

L'organisme indépendant fera ses recommandations au ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, dans un rapport qui sera remis au plus tard le 16 mars 2018. C'est le gouvernement de Justin Trudeau qui décidera ultimement du sort du projet.

Informations manquantes

Le projet Énergie Est est considéré complet par l'ONÉ même si certaines informations demeurent manquantes, ce que dénonce une coalition de groupes citoyens et environnementaux.

Ce regroupement craint particulièrement pour la rivière des Outaouais, principale source d'eau potable de la région de Montréal. «On ne sait même pas comment TransCanada va traverser la rivière et on n'a pas d'information sur les déversements et les risques pour les 25 principales autres rivières au Québec, incluant le fleuve St-Laurent (...). Pour nous, c'est clairement un processus bâclé qui commence très, très mal», a critiqué Patrick Bonin, de Greenpeace, en entrevue téléphonique.

Ce manque de données ne contrarie pas l'Office, qui assure que la compagnie aura l'occasion de déposer cette information plus tard. «Cela veut dire que, par exemple, l'étude pour la rivière des Outaouais pourra être déposée en temps opportun durant le processus d'évaluation», a spécifié M. Charlebois.

TransCanada réplique de son côté qu'elle attend «des permis nécessaires pour compléter les travaux qui détermineront la façon optimale de traverser cet important cours d'eau». Dans un communiqué, le vice-président d'Énergie Est, Louis Bergeron, assure que l'entreprise continuera à redoubler ses «efforts afin d'échanger et de collaborer avec les Premières Nations et les parties prenantes et les acteurs municipaux, tout le long du tracé».

Les groupes environnementaux ne sont pas les seuls à mettre en cause l'intégrité du processus d'évaluation de l'ONÉ. Le député néo-démocrate Nathan Cullen rappelle que l'organisme n'a jamais bloqué de projets. Selon lui, les changements apportés à l'Office ne sont que «cosmétiques» et le processus n'est ni valide ni crédible.

À ceux qui émettent des doutes sur l'intégrité de l'ONÉ, le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, rappelle qu'il a promis une refonte de l'organisme.

«Le processus évolue et nous allons annoncer la voie vers une réforme permanente de l'ONÉ et de l'évaluation environnementale en général au Canada. Il y a aura donc beaucoup d'occasions pour ceux qui croient que le processus peut être amélioré de nous dire exactement comment», a-t-il signalé.

Le lancement de l'examen d'Énergie Est survient le lendemain du rejet catégorique du projet par l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador. Selon le bloquiste Luc Thériault, qui a déposé cette semaine une pétition de 25 000 signatures de citoyens contre le pipeline, l'opposition au projet est sans équivoque au Québec.

Opposition des Premières Nations: significatif, dit Couillard

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, évalue comme «un élément important» et «très significatif» l'opposition des Premières Nations au projet d'oléoduc Énergie Est, de TransCanada.

Interrogé à ce sujet, jeudi à Montréal, après qu'il eut rencontré le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, M. Couillard a rappelé que parmi les sept conditions qu'il avait énoncées pour rendre ce projet acceptable, il y avait justement la consultation obligatoire des Premières Nations.

Or, mercredi, l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador a annoncé qu'elle voulait «s'opposer et lutter» contre le projet Énergie Est, estimant qu'il représentait «un danger significatif» au plan environnemental.

Le projet de 15,7 milliards $ vise à transporter 1,1 million de barils de pétrole par jour provenant des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, en passant notamment par le Québec.

En plus de ce qu'il qualifie de nécessaire consultation des Premières Nations, M. Couillard a noté que le Canada se devait de respecter la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, que le premier ministre fédéral Justin Trudeau s'est engagé à signer.

«Il y a la question de la Déclaration des Nations unies sur les peuples autochtones, qui comprend la notion de consentement libre et éclairé. Et je crois que ça ajoute du poids à la déclaration des Premières Nations au Québec, surtout que M. Trudeau a endossé la déclaration des Nations unies. Je crois que c'est un événement qu'il ne faut pas minimiser. Je crois que c'est un élément important de l'histoire de ce projet», a affirmé le premier ministre du Québec.

Aux côtés de M. Couillard, le premier ministre de la Saskatchewan a vanté les mérites du projet Énergie Est en s'adressant indirectement aux Québécois par l'intermédiaire des médias.

Il a laissé entendre que les Québécois devraient se considérer chanceux, même, puisque sur leur territoire, le pipeline serait une construction neuve.

Il n'a toutefois pas réitéré la demande qu'il avait formulée au Québec de rembourser ses paiements de péréquation - une demande qu'il avait faite lorsque l'opposition de la Communauté métropolitaine de Montréal au projet Énergie Est avait été rendue publique.

M. Wall a même comparé l'opposition de Québécois au projet de pipeline Énergie Est à une opposition qui proviendrait d'autres provinces canadiennes si Hydro-Québec voulait exporter son hydroélectricité et qu'elle en était empêchée. Il a dit qu'il fallait comprendre, dans ce contexte, la frustration des citoyens de l'Ouest, qui ne peuvent exporter cette ressource naturelle qui se trouve enclavée.

Son ton était nettement moins acrimonieux qu'à l'époque. Il importe de souligner que des élections ont eu lieu depuis et qu'il a été réélu.

Par ailleurs, les premiers ministres Wall et Couillard ont annoncé que le Québec et la Saskatchewan ont convenu de collaborer davantage pour développer la technologie de capture et de séquestration du carbone, afin de permettre aux grands émetteurs de diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre.

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