Jeux de hasard en ligne: des murs inefficaces

Sous peine de lourdes amendes, pouvant osciller entre... (Alain Roberge, Archives La Presse)

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Sous peine de lourdes amendes, pouvant osciller entre 2000$ et 100 000$ pour une première infraction, les fournisseurs internet québécois devront bloquer les accès aux sites concernés.

Alain Roberge, Archives La Presse

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Julien Arsenault
La Presse Canadienne
Montréal

Les efforts du gouvernement Couillard pour serrer la vis aux sites de jeux de hasard considérés illégaux pourraient être facilement contournés grâce à des astuces technologiques à la portée de la plupart des internautes.

Malgré l'adoption du projet de loi 74 - obligeant les fournisseurs de services internet à bloquer les sites de jeux de hasard considérés illégaux par Loto-Québec - plus tôt ce mois-ci, les amateurs de poker et autres jeux à l'argent n'auront par exemple qu'à se tourner vers le réseau privé virtuel (RPV) de leur choix pour arriver à leurs fins, estiment des spécialistes en informatique.

«Cela va se contourner en cinq ou 10 minutes en suivant des modes d'emploi qui existent déjà sur Internet», explique Patrick Mathieu, cofondateur de Hackfest Communication, une communauté regroupant des experts et amateurs de sécurité informatique.

Les RPV, qui exigent souvent des frais minimes, permettent notamment aux internautes de naviguer de façon anonyme et ainsi accéder à des sites et programmes disponibles à l'extérieur de la région dans laquelle ils se trouvent.

Farouchement opposé au projet de loi 74 parce qu'il voit une remise en cause la neutralité du Web, M. Mathieu croit que cette mesure législative ne sera qu'un «coup d'épée dans l'eau».

Pas d'amendes contre les internautes

La société d'État, qui a dans sa mire quelque 2200 sites de jeux de hasard et d'argent, transmettra bientôt à la Régie des courses et des jeux du Québec (RACJ) une liste d'adresses qu'elle considère comme illégales.

Sous peine de lourdes amendes, pouvant osciller entre 2000$ et 100 000$ pour une première infraction, des fournisseurs comme Bell, Cogeco et Vidéotron devront bloquer les accès aux sites concernés. Si tout se déroule comme prévu, Loto-Québec prévoit que le resserrement devrait se faire vers le début de 2018.

«C'est certain que M. et Mme Tout-le-monde ne sont pas nécessairement familiers avec les RPV, mais si ces personnes tiennent absolument à jouer sur un site bloqué, ce n'est qu'une question de minutes», souligne le cofondateur de Hackfest Communication.

Aucune sanction n'est prévue dans le projet de loi 74 pour les internautes qui voudront contourner les règles en place, a confirmé une porte-parole de la RACJ, Joyce Tremblay.

Étant donné que les RVP agissent comme des intermédiaires, il sera difficile pour les fournisseurs de services internet de mettre des bâtons dans les roues des amateurs de jeux en ligne, estime José Fernandez, professeur au département de génie informatique et génie logiciel à l'École Polytechnique de Montréal.

«On ne peut pas commencer à bloquer les intermédiaires, explique-t-il. C'est difficile pour les fournisseurs d'avoir la certitude que la destination finale d'une connexion est un site de jeu en ligne.»

M. Fernandez est du même avis que M. Mathieu en ce qui a trait à la facilité dont les internautes pourront se faire expliquer comment parvenir à leurs fins s'ils ne veulent pas utiliser la plateforme Espacejeu de Loto-Québec.

Plutôt cibler les banques

La société d'État évalue à 250 millions $ les recettes annuelles générées par le marché québécois du jeu en ligne. L'an dernier, elle a généré des revenus de 66 millions $ dans ce secteur et croit pouvoir ajouter 27 millions $ de plus à son chiffre d'affaires à court terme.

Son porte-parole, Patrice Lavoie, dit être conscient de la possibilité que des internautes puissent contourner les règles et précise que Loto-Québec ne s'attend pas à récupérer la totalité des parts de marché du jeu en ligne au Québec.

«Nous ne sommes pas naïfs, a-t-il dit. Nous faisons le pari que les gens vont respecter la loi.»

Pour M. Fernandez, si les autorités voulaient vraiment enrayer les sites de jeux de hasard en ligne illégaux, elles devraient plutôt se tourner vers les institutions financières ainsi que les compagnies de cartes de crédit.

«Ce n'est pas sur les fournisseurs de services internet qu'il faut taper, mais sur ces institutions qui permettent le flux d'argent vers ces sites à l'étranger», croit le professeur de Polytechnique.

Les opposants au projet de loi 74 estiment que la mesure vise à censurer Internet et qu'elle représente une façon pour Loto-Québec de bloquer la concurrence en plus de potentiellement inciter les gouvernements au pays à décider de ce que les citoyens peuvent voir - ou pas - en ligne.

Certains experts juridiques ont même affirmé que cette législation violerait la liberté d'expression, serait en contradiction avec les lois fédérales sur les télécommunications et serait vraisemblablement contestée en cour par des fournisseurs d'internet et des groupes de protection des libertés civiles.

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