Le Trésor britannique alerte sur les dangers du Brexit

À court terme, quitter l'UE entraînerait un «choc... (Frank Augstein, AP)

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À court terme, quitter l'UE entraînerait un «choc économique violent», a affirmé le ministre des Finances du Royaume-Uni, George Osborne.

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Patrice NOVOTNY
Agence France-Presse
Londres

Le Trésor britannique a mis en garde lundi contre le coût économique d'un éventuel «Brexit» pour le Royaume-Uni, dans un rapport qui a suscité un torrent de critiques chez les eurosceptiques.

À près de deux mois du référendum sur le maintien ou non du pays dans l'UE, le ministre des Finances, George Osborne, a présenté les conclusions d'une volumineuse analyse réalisée par le Trésor sur les coûts et avantages de l'adhésion au bloc européen.

À court terme, quitter l'UE entraînerait un «choc économique violent» et, à plus longue échéance, en sortir amputerait chaque foyer britannique d'environ 4300 livres (7900$CAN) de revenus par an, a affirmé M. Osborne, farouche partisan du maintien britannique au sein des 28.

«La conclusion est claire: pour l'économie britannique et les familles, quitter l'UE équivaudrait à s'automutiler. [...] Quitter l'UE, et le Royaume-Uni serait appauvri pour toujours», a prévenu le chancelier de l'Échiquier.

Si les Britanniques optaient pour le Brexit le 23 juin, une période d'intenses négociations s'ouvrirait entre Londres et Bruxelles pour définir les contours de leurs nouvelles relations dans les domaines de l'économie, du commerce, et de la circulation des personnes.

Mais, citant les conclusions de son administration, M. Osborne a d'ores et déjà prévenu qu'espérer conclure un accord plus favorable qu'aujourd'hui relevait du «pur fantasme».

une facture de 36 milliards de livres

Les experts du Trésor ont estimé en effet que chacun des trois principaux scénarios de renégociation entraînerait des conséquences économiques néfastes d'ici à 2030.

Le PIB britannique serait ainsi inférieur d'environ 4% à celui qu'il atteindrait si Londres restait dans le giron de Bruxelles dans le cas d'un accord de libre-échange avec l'UE similaire à celui conclu par la Norvège (intégration du Royaume-Uni dans l'Espace économique européen, mais soumission de Londres aux régulations européennes).

Ce produit intérieur brut serait même de 7,5% plus bas si le Royaume-Uni se contentait d'appliquer vis-à-vis de l'UE les règles de base de l'Organisation mondiale du commerce. M. Osborne a toutefois mis en avant un troisième scénario, jugé le plus plausible en cas de «Brexit», qui verrait Londres conclure avec Bruxelles un accord de libre-échange complet proche de celui tout juste négocié par le Canada, avec un PIB moindre de 6% dans cette hypothèse.

Le Trésor a évalué à pas moins de 36 milliards de livres de recettes fiscales (66 milliards $CAN) la facture de cette moins bonne forme économique.

Le rapport du Trésor suscitait les hauts cris des partisans d'un Brexit, qui reprochent aux autorités un tropisme pro-européen. «Ils avancent toujours les chiffres négatifs sur le Brexit et jamais les positifs parce que cela fait partie de leur conspiration [qui consiste] à nous maintenir de force dans l'UE», a commenté sur la BBC le député eurosceptique et ancien ministre, John Redwood.

«Perte de souveraineté démocratique»

Comme lui, de nombreux responsables du Parti conservateur, dont le turbulent maire de Londres Boris Johnson, font ouvertement campagne pour quitter une Union européenne accusée de créer de la bureaucratie néfaste à la croissance et d'alimenter une immigration incontrôlable.

Dans une chronique au Daily Telegraph, M. Johnson s'en prend «aux suspects habituels» qui tentent de convaincre les Britanniques «d'accepter, au nom de la prospérité économique, la perte exponentielle de notre souveraineté démocratique».

Avec des accents populistes, l'ancien élève de l'école élitiste d'Eton fustige «les hommes de Davos, le genre de personnes dont les billets d'avion en première classe sont financés par le contribuable, tous les lobbyistes, les chargés d'affaires des grandes entreprises» qui prédisent le pire en cas de Brexit.

Le chef du parti conservateur, le premier ministre David Cameron, est à l'inverse en première ligne de la campagne visant à maintenir son pays dans le giron européen. Il a reçu la semaine dernière le soutien du leader travailliste, le très à gauche Jeremy Corbyn, sorti de son silence pour exhorter ses compatriotes à voter pour rester dans une UE certes «imparfaite», mais «protectrice».

Cette première consultation britannique sur l'Europe depuis 1975 inquiète les milieux économiques et dirigeants du monde entier, favorables en majorité au maintien du pays dans l'UE. Le président américain Barack Obama va ainsi profiter d'une visite à Londres en fin de semaine pour souligner sa préférence envers un Royaume-Uni européen.

Les sondages placent jusqu'à présent les deux camps au coude-à-coude.

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