Selon ce que LeDroit a appris, l'an passé seulement, plus de 70 000 voyageurs de la région ont préféré faire un peu plus de trois heures de route pour économiser quelques centaines de dollars sur leur billet d'avion en s'envolant de Syracuse plutôt que de l'aéroport d'Ottawa. « À l'échelle du pays, nous estimons à cinq millions le nombre de voyageurs qui nous ont ainsi glissé entre les mains dans la dernière année, précise Daniel-Robert Gooch, président du Conseil des aéroports du Canada (CAC). C'est beaucoup, c'est 11 % de plus qu'en 2010, et ce sont des retombées économiques importantes qui nous échappent. »
Facile de comprendre le consommateur qui cherche à économiser son argent. Un vol allez-retour en partant de Plattsburgh, Burlington ou Syracuse peut coûter, en moyenne, 428 $ de moins qu'en partant de Montréal ou Ottawa.
« La pression va juste continuer d'augmenter, indique M. Gooch. Les États-Unis s'apprêtent à investir des millions de dollars dans ces petits aéroports frontaliers, uniquement pour attirer la clientèle canadienne. Plattsburgh est un bel exemple. C'est une ancienne base militaire transformée en aéroport commercial. Son unique but est d'attirer les voyageurs canadiens avec des billets d'avions moins cher. »
La stratégie semble fonctionner puisque 75 % de la clientèle de cet aéroport est canadienne.
Chercheur à la Chaire en tourisme Transat ESG de l'Université du Québec à Montréal, Henri Chapdelaine, a étudié en profondeur la structure du prix des billets d'avion au Canada. « Au Canada, on a une politique d'utilisateur-payeur, dit-il, alors qu'aux États-Unis on est beaucoup moins rigoureux que ça, surtout dans les aéroports frontaliers qui développent une série de produits entièrement adaptés à la clientèle canadienne. L'aéroport de Plattsburgh se définit lui-même comme le US Montreal Airport. C'est tout dire. »
Mauvais pour le tourisme
Pendant que les compagnies aériennes canadiennes font payer aux voyageurs un nombre important de taxes parallèles sur leur billet, aux États-Unis, ces frais sont absorbés par les aéroports. « Les prix des billets au Canada ne favorisent en rien la mobilité des touristes entre les grandes destinations canadiennes, précise M. Chapdelaine. En Europe, un touriste peut voyager d'une capitale à l'autre pour moins de 100 euros. Ici, prendre l'avion de Montréal à Toronto coûte la peau des fesses. »
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