Des protestataires algonquins tiennent tête depuis plusieurs jours à la Sûreté du Québec, estimant que la coupe de bois dans le secteur est excessive. Mais sans bois coupé en forêt, la scierie n'a pas de raison d'être en marche. Et sans les copeaux de Maniwaki, l'usine de Gatineau, à l'arrêt depuis deux ans, ne pourrait fonctionner.
Produits forestiers Résolu doit décider d'ici 24heures si elle procède à des mises à pied à sa scierie, à l'arrêt faute de bois.
Le président du syndicat des travailleurs de l'usine de Gatineau, Gaston Carrière, affirme suivre la situation de près. «C'est certain que ça a une répercussion, dit-il. Si on était en mode fonctionnement, on manquerait de copeaux, présentement. Ça ne nous aide pas. Ça n'a pas d'impact pour la relance, mais (les négociations pour la coupe de bois) vont avoir un impact majeur, à court et à long terme, pour nous.»
Le président du comité de relance et député de Chapleau Marc Carrière affirme de son côté qu'il y a d'autres dossiers à régler avant de se soucier de l'approvisionnement en bois. Une entente a été conclue la semaine dernière avec Hydro-Québec sur la cogénération d'électricité, ce qui diminuera les coûts de productions, mais il faut encore mettre les machines en marche.
«C'est l'entreprise qui va relancer l'usine qui s'occupera de ça, pas le gouvernement du Québec», estime le député libéral.
Chantier à l'arrêt
Les droits de récolte de bois sont depuis longtemps l'objet de litiges dans le secteur de la réserve algonquine du Lac-Barrière, à mi-chemin entre Mont-Laurier et Val-d'Or. Mais les choses se sont corsées le 23juillet en fin de journée.
Un petit nombre d'individus auraient alors fait irruption dans l'aire de récolte et auraient encerclé la machinerie lourde. Ils auraient ensuite forcé les opérateurs à quitter les lieux «sous la menace, les cris et les tentatives d'intimidation». Ils bloquent le chemin depuis et y ont même allumé des feux.
«Tout est calme, il y a une quinzaine de manifestants, dont deux enfants. Il y a des travailleurs sur place, mais ils ne travaillent pas, et il n'y a pas d'affrontement. Plusieurs policiers sont sur place», a expliqué le sergent Gino Paré, de la SQ, lundi.
Contactée hier en fin de journée, la SQ a confirmé que la situation n'avait pas changé.
L'entreprise a obtenu de la Cour supérieure une injonction qui ordonne aux manifestants de dégager la voie, mais les protestataires refusaient toujours de bouger hier. La SQ n'a pas encore l'ordre d'intervenir, car les autorités préfèrent miser sur la négociation pour l'instant.
Produits forestiers Résolu affirme que sa scierie de Maniwaki, ainsi que certains de ses clients, se retrouvent privés d'approvisionnement en bois. Elle se dit prise malgré elle au milieu d'un litige entre le gouvernement et les Premières Nations.
Elle affirme maintenant qu'elle pourrait être contrainte de ralentir ou de suspendre les activités de la scierie de Maniwaki, ce qui impliquerait la mise à pied d'au moins une partie de ses 80 employés. L'usine est fermée pour les vacances de la construction, mais elle doit normalement rouvrir sous peu.
«Nous sommes mal pris. Dans 48heures, nous pourrons réévaluer ce qui sera fait», a expliqué Chantal Gauvin, porte-parole de Produits forestiers Résolu, en fin de journée hier.
Avec Simon Cremer, LeDroit