Pour 350 anciens employés de l'usine de Thurso et de Papier Masson retraités avant 1998

Prestations de retraite coupées de 40 %

Les 350 retraités qui ont travaillé à l'usine de Thurso, soit pour Papiers... (Archives, LeDroit)

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Yves Soucy
Le Droit

Les 350 retraités qui ont travaillé à l'usine de Thurso, soit pour Papiers Fraser, Foresterie Noranda ou Maclaren, de même que les retraités de Papier Masson avant 1998, verront prochainement leur prestation de retraite réduite d'environ 40 % à cause du fonds de pension de Papiers Fraser qui est déficitaire de 171 M $.

« Ça représente plus de 500 $ de moins dans mes poches à chaque mois. C'est énorme », souligne Robert Denis, un septuagénaire de Thurso à la retraite depuis 1992 après avoir oeuvré 32 ans à l'usine de pâte kraft.

« C'est la pire chose qui m'arrive dans ma vie et ça m'inquiète beaucoup. Il faut que le gouvernement fasse quelque chose pour protéger les gens. Moi je suis chanceux car ma femme a aussi un revenu de retraite de son côté qui est garanti. Mais j'ai beaucoup d'amis dont c'est le seul revenu, je ne sais pas comment ils vont faire. Ça va causer des problèmes majeurs », soutient M. Denis.

Le déficit du fonds de pension de Papiers Fraser touche également les travailleurs actuels de l'usine thursolienne Fortress Cellulose Spécialisée.

Les actuaires s'affairent à déterminer le ratio de solvabilité du régime de retraite de Papiers Fraser qui déterminera exactement de combien les prestations des retraités seront amputées. Selon les chiffres avancés, la coupure devrait frôler 40 %.

Couper... et rembourser

Mais comme si ce n'était pas suffisant, les retraités devront probablement rembourser également une partie des prestations qu'ils ont touchées depuis le 30 avril 2010. Jusqu'au 3 août dernier, les retraités ont reçu 100 % de leur prestation, comme si le régime n'était pas déficitaire.

Cependant, la Régie des rentes du Québec s'apprête à fixer au 30 avril 2010, la date officielle de terminaison du régime de retraite. On considère donc que les retraités ayant reçu une rente mensuelle depuis cette date ont touché des paiements de rente supérieurs au montant qu'ils auraient dû recevoir avec un régime déficitaire de 40 %.

Selon la Loi sur les régimes complémentaires de retraite, les retraités devront donc rembourser la partie qu'ils ont perçue en trop.

Dans une missive adressée récemment aux retraités, Papiers Fraser souligne que pour minimiser l'impact de ces remboursements, la Régie des rentes accepte que les paiements en trop soient amortis sur les prestations futures à recevoir, plutôt que de les récupérer d'un seul coup. Le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP) se demande cependant pourquoi la Régie accepte qu'un régime de retraite soit terminé et qu'on réduise les rentes plutôt que de forcer Papiers Fraser à renflouer le régime.

« Normalement, le seul moment où la Régie accepte de faire ça, c'est lorsqu'il y a faillite. Dans le cas de Papiers Fraser, ce n'est pas une faillite, il y a eu une restructuration. J'ai posé de nombreuses questions à la Régie et j'attends encore des réponses », souligne Gaétan Ménard, secrétaire-trésorier du SCEP.

M. Ménard montre du doigt Brookfield, la compagnie mère de Papiers Fraser, comme la grande responsable des inquiétudes que vivent les retraités.

« La compagnie multimillionnaire, qui détient 12 milliards $ d'actifs sur la planète, déclare des profits de 650 à 700 millions $ par année. Malgré tout, elle a trouvé le moyen de pas avoir à rencontrer ses obligations de renflouer le fonds de pension de sa filiale. Pendant qu'elle se remplit les poches, ce sont les travailleurs qui paient le prix. Ça n'a aucun bon sens », affirme le secrétaire-trésorier du SCEP.

D'autre part, le syndicat est toujours en discussion avec le gouvernement du Québec et la Régie pour incorporer le régime de retraite de Papiers Fraser sous la Loi 1, comme il l'a fait pour les retraités de Nortel.

Cette loi permettrait à la Régie de prendre en charge le régime de retraite pendant cinq ans. Comme le régime est déficitaire de 40 %, les retraités toucheraient seulement 60 % de leur rente habituelle. Mais si le rendement du fonds de pension permettait de hausser le taux de solvabilité du régime au terme des cinq ans, la rente des retraités serait majorée.

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