Le premier détour qui s'impose est le parc national de White Sands, près d'Alamogordo au Nouveau-Mexique. D'Albuquerque, il s'agit d'une virée de 200 miles vers la frontière mexicaine, à travers des paysages parmi les plus sauvages aux États-Unis. On traverse notamment le village de Carrizozo, un bled perdu où presque tous les commerces ont été laissés à l'abandon. Comme plusieurs autres communautés aux alentours, Carrizozo a vu le jour avec la poussée du chemin de fer à la fin du XIXe siècle. Le train ne s'y arrête plus aujourd'hui. Seul le temps semble s'y être arrêté pour toujours.
White Sands est un endroit complètement surréaliste. Dépourvu de vie, dépourvu de son. Il n'y a que des vallons de sable blanc qui s'étendent à l'infini. On dirait de la neige. Même qu'on se croirait au pôle nord, s'il n'y faisait pas si chaud. Le crépuscule venu, on veut attraper chaque rayon du soleil qui tombe à l'horizon, juste pour faire vivre ces images un peu plus longtemps.
Au nord de Flagstaff, en Arizona, la route s'étend dans le désert à travers des paysages aussi désolés que majestueux, au milieu desquels surgissent des ruines et des épaves de voitures d'il y a trois ou quatre décennies. Au bout de quelque 135 miles (220 km) apparait la ville de Page.
À Page, on est en plein territoire Navajo. Le peuple autochtone s'est bien pris en main et gère sa propre centrale qui produit de l'électricité pour soutenir la consommation de l'insomniaque Las Vegas, à 450 km de là.
C'est seulement le peuple Navajo à Page qui offre des visites guidées de l'Antelope Canyon, un des sites les plus photographiés de l'Ouest américain. Les Navajo l'ont surnommé «l'endroit où l'eau coule à travers le roc». À la fonte des neiges dans les États plus au nord, le canyon se remplit d'eau en quelques secondes. Il s'assèche peu après. Le débit est tellement puissant qu'il en sculpte les parois de nouveaux reliefs à chaque année. Le canyon ressemble à une grotte dont le sommet est perforé de puits où pénètre la lumière du jour. Lorsque les rayons du soleil frappent au fond de ces puits, les parois de la grotte passent par toute la gamme des couleurs.
Également à Page, on retrouve le Horseshoe Bend. Il s'agit d'un canyon profond de plus de 1000 pieds (300 mètres) dont la forme rappelle celle d'un fer à cheval. La vue y est saisissante. On en a le souffle coupé. Au fond de ce canyon coule le fleuve Colorado, le même qui a creusé le célèbre Grand Canyon qu'on retrouve un peu plus au sud.
Un détour de 100 miles (160 km) à l'est de Page mène à Kayenta, aux portes de Monument Valley. L'endroit se passe de présentation. Les westerns de John Ford et de Sergio Leone l'ont rendu maintes fois célèbre. L'avoir vu au grand écran, c'est une chose. Le voir en vrai, c'en est une autre. C'en est émouvant. Ils ont quelque chose d'intemporel, ces immenses tombeaux de roches qui se dressent au milieu du désert. La vallée s'étend au-delà de la frontière de l'Arizona jusqu'en Utah.
La ville du vice, Las Vegas, n'est qu'à environ 160 km au nord-ouest de Kingman, dans l'État voisin du Nevada. Pour s'y rendre, il faut traverser le fleuve Colorado par le barrage Hoover, qui fut l'un des plus grands chantiers de l'histoire des États-Unis. Tout est démesuré à Las Vegas. Les casinos et les hôtels sont tous plus extravagants les uns que les autres. Il y fait clair la nuit comme en plein jour, tellement il y a de lumières. On climatise même l'extérieur ? où la température frise les 40°C en été.
Une virée d'environ 50 miles (80 km) au nord-est de Las Vegas mène à la Valley of Fire, une aire désertique protégée qui doit son nom à la couleur rouge de ses roches. C'est là qu'a été tourné, notamment, le film «Mission to Mars» de Brian de Palma.
De Las Vegas, il est également possible de prendre un tour d'hélicoptère dans le Grand Canyon.
Le parc national de Death Valley est situé à environ 175 miles (280 km) au nord de Barstow, en Californie. Et il porte bien son nom. La température peut y atteindre les 50°C dans le bassin de Badwater, le point le plus bas sur le continent nord-américain. Il se trouve à 282 pieds (86 mètres) en dessous du niveau de la mer. Le fond du bassin est recouvert d'alvéoles de sels cristallisés par l'évaporation rapide des rares accumulations d'eau qui s'y forment à la suite de précipitations.
En fait, le fond du bassin de Badwater fait beaucoup penser à la Route 66. Il n'y a là aucune trace de vie à première vue. Mais on se rend compte, bien assez vite, que l'endroit est constamment irrigué et qu'il tient à la vie d'une manière qu'on ne soupçonnerait jamais. Un peu comme la «Mother Road» qui survit, constamment irriguée de nouveaux passants, et qui à chaque jour façonne davantage sa légende.
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