SÉRIE ESTIVALE | Des lieux de foi et d'histoire

À la croisée des chemins

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Mathieu Bélanger
Le Droit

Il n'y a pas beaucoup de symboles plus fort et plus distinctif de la présence francophone au Canada que la croix de chemin.

Cet héritage breton a traversé la mer avec Jacques Cartier. C'est lui qui a planté la toute première croix ici, plus précisément à Gaspé, en 1534. La tradition d'utiliser la croix pour marquer l'appartenance catholique sur une terre s'est ensuite transmise de père en fils, jusqu'à devenir une norme.

On s'en servait pour invoquer la protection divine sur les champs ou les villages. La croix pouvait aussi indiquer le lieu d'un événement marquant ou encore faire office de borne routière à la croisée des chemins.

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À une époque pas si lointaine, il y a une soixantaine d'années, presque chaque rang canadien-français avait une croix. L'urbanisation et l'élargissement des routes ont toutefois eu raison d'innombrable croix de chemin. Elles sont disparues, presque toutes, dans la plus grande indifférence, pour faire place au «progrès».

Il en reste entre 2500 et 3000 au Québec. Pas plus d'une centaine en Ontario, majoritairement concentrées dans les Comtés unis de Prescott et Russell. L'Acadie en compte une trentaine, tout comme le Manitoba. En Outaouais, on en trouve encore quelques dizaines, surtout dans la Petite-Nation. Trois des 27 croix de chemin qui jouissent d'une protection patrimoniale au Québec sont à Papineauville et Plaisance.

La grande majorité d'entre elles sont cachées ici et là, en campagne, au fond d'un rang, à la croisée des chemins. Relativement simples, ces croix ne sont pas moins des morceaux du patrimoine collectif, explique Michel Prévost, archiviste en chef de l'Université d'Ottawa et président de la Société d'histoire de l'Outaouais. «Du patrimoine que nous devons entretenir soigneusement, parce que ces croix sont souvent des oeuvres d'art à ciel ouvert ayant une haute valeur culturelle», insiste-t-il.

M. Prévost trace un parallèle entre les croix de chemin et les ponts couverts qui ont jadis embelli nos paysages de campagne. «Les ponts couverts, il y en avait plus de 1000 au Québec, dont une centaine en Outaouais, affirme M. Prévost. Il en reste moins de 90 au Québec, très peu en Outaouais et un seul en Ontario. Il a fallu qu'on les perde presque tous pour qu'on se réveille. Aujourd'hui, on comprend que ça fait partie de notre patrimoine culturel, comme les croix de chemin. Il n'y a pas un endroit au monde où il y a plus de croix de chemin qu'au Québec. Les paysages de nos campagnes ne sont plus les mêmes, sans nos croix de chemin et nos ponts couverts.»

Les croix de la Petite-Nation

Certaines croix de chemin sont très simples, tandis que d'autres sont plus élaborées. Il ne faut pas les confondre avec les petites croix blanches le long des routes qui rappellent la mort d'un automobiliste. Celles-ci sont des croix de décès.

Leur allure et ce en quoi elles sont fabriquées sont très souvent représentatifs de la communauté où elles ont été plantées. Les croix de la Petite-Nation en sont un bel exemple, explique Claire Leblanc, responsable du Comité des affaires culturelles de Papineauville.

«À Papineauville, nous avions un menuisier, précise-t-elle. Nos croix sont en bois. À Plaisance, il y avait un forgeron. Leur croix est en fer forgé et à Saint-André-Avellin, il y avait un marchand de matériaux de construction. Les croix sont donc en ciment.»

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