L'immense territoire du Pontiac a longtemps été une terre d'accueil pour de nombreux immigrants. Ces derniers arrivaient avec leur famille et leurs croyances religieuses. Irlandais, Écossais, Allemands et Français ont tous, à leur manière, façonné cette région.
Les catholiques construisaient leurs églises dessinées par leurs architectes et décorées par leurs artistes, certains de grande renommée, tout comme le faisaient les presbytériens et les méthodistes. Le Pontiac compte d'ailleurs les trois seules églises luthériennes présentes sur le territoire du Québec. On les doit à l'immigration allemande arrivée au tournant du xxe siècle dans les secteurs de Ladysmith et Mulgrave-et-Derry.
Témoins de la colonisation
« Ce sont toutes des témoins de la colonisation du Pontiac, explique Bénédikt Kuhn, commissaire en développement culturel au CLD Pontiac. Les églises sont très nombreuses dans le Pontiac et elles en disent long sur les communautés qui les ont érigées. On dénombre une soixantaine d'églises, toutes confessions confondues, pour une population qui n'a jamais dépassé 15 000 personnes.
Si les églises catholiques impressionnent par ce qui peut sembler parfois de la démesure, comme l'église Saint-Alphonse-de-Liguori, à Chapeau, les petites églises anglicanes comme St-George, à Portage-du-Fort, ajoutent, elles, au charme et à l'aspect bucolique des campagnes pontissoises.
St-George a été construite en 1856, à la sueur du front des pionniers. C'est l'une des plus anciennes de la région à être encore debout. Elle est faite de pierres de champ, une technique économique à l'époque, mais dont l'existence encore aujourd'hui relève presque du miracle.
Sa construction a été financée par un important marchand de bois, George W. Usborne. Ce dernier est d'ailleurs inhumé avec sa femme sous l'église, une des très rares sépultures intramurales dans la région. Les spécialistes croient que sous les faux murs de l'église, se cachent des fresques de grande valeur peintes à l'huile.
Véritable pan de l'histoire canadienne, la chapelle catholique St-Theresa-of-a-Little-Flower de Fort William, bâtie en 1859, est à ce jour l'un des derniers bâtiments construits par la Compagnie de la Baie d'Hudson. Elle a été érigée juste en face du poste de traite de la compagnie. Les Oblats venaient y donner la messe aux coureurs des bois et aux Amérindiens convertis. St-Theresa est l'une des plus anciennes églises de bois au Québec.
Mais le trésor caché, s'il en est un, c'est l'église catholique Saint-Alphonse-de-Liguori, à Chapeau, sur l'Île-aux-Allumettes. Certaines sources affirment qu'elle était destinée à devenir la cathédrale d'un futur diocèse qui n'a jamais vu le jour.
Elle a été érigée en 1885 par un architecte montréalais de renom, Victor Roy. Contrairement à plusieurs églises au Québec, Saint-Alphonse-de-Liguori a survécu à l'épuration des églises découlant de Vatican II. Ses boiseries sont impressionnantes et ses vitraux, d'une très grande qualité. La chaire est encore en place, ce qui est très rare. Les décors ont été peints en 1899 et sont toujours intacts. Le mobilier, notamment les autels, date de l'année de la construction. Et pour couronner le tout, un orgue Casavant de 1934, un autre grand morceau du patrimoine religieux canadien-français.