Des lieux de foi et d'histoire

Trésors cachés, cathédrale grandiose

Mathieu Bélanger
Le Droit

Il y a des centaines d'églises en Outaouais et dans l'Est ontarien, toutes confessions religieuses confondues. Beaucoup font partie d'un patrimoine oublié, caché au fond d'un rang, alors que d'autres ont tristement été sorties de leur contexte par l'urbanisation qui a marqué la deuxième moitié du 20e siècle.

Certaines ont été bien préservées et cachent de véritables oeuvres d'art, quand elles ne sont pas des morceaux mêmes de la grande histoire canadienne. Des artistes de renom, peintres, architectes et sculpteurs sont passés par ici pour embellir nos églises.

Le patrimoine religieux de la région demeure relativement jeune. Les protestants seront les plus nombreux jusqu'en 1840 et les guerres internes au sein de cette confession auront un impact énorme sur la diversité du patrimoine religieux de la région. Le point tournant surviendra toutefois en 1844, lors de l'arrivée des Oblats de Marie-Immaculée. Ce n'est que vers 1850 que les institutions religieuses prendront une réelle importance sur le territoire.

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L'influence politique qu'aura l'Outaouais au sein de l'Église restera longtemps mitigée. C'est pourquoi on ne compte dans la région qu'une seule grande cathédrale, celle d'Ottawa. En 1913, il y a trois capitales diocésaines; Ottawa, Pembroke et Mont-Laurier. Les paroisses de l'Outaouais sont tiraillées par ces différents pôles de pouvoir.

De très nombreux morceaux du patrimoine religieux ont été perdus avec le temps, surtout après Vatican II, l'importante réforme liturgique survenue au début des années 1960, explique Marie Roy, présidente de la Table régionale sur le patrimoine religieux.

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«C'est à ce moment qu'on a retiré les chaires et qu'on a supprimé les grands choeurs situés au fond des églises, derrière le prêtre, raconte-t-elle. De nombreux articles se sont retrouvés entre les mains de collectionneurs américains ou dans des ventes de débarras. C'est pour ça qu'on trouve encore des choses extraordinaires complètement oubliées dans des greniers ou des sous-sols de vieilles maisons.»

Le conservateur associé à l'art canadien au Musée des Beaux-arts du Canada, René Villeneuve, estime que c'est «épouvantable» ce qui a été fait à nos églises après Vatican II. «Dans certains cas, on a tout détruit, dit-il. Je crois que le problème, c'est la façon dont Vatican II a été interprété dans la région. L'ordre n'a pas été donné de tout détruire et de tout jeter aux poubelles, mais certains l'ont fait, beaucoup plus ici qu'ailleurs. Il y a des morceaux exceptionnels de notre patrimoine qui ont servi de bois de chauffage dans certaines paroisses.»

Des bijoux

Le monument le plus important du patrimoine religieux de la région est sans aucun doute la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, située sur la promenade Sussex. «On rentre là et on est directement propulsé dans le passé, dit-il. Toutes les statues du sanctuaire ont été sculptées par Louis-Philippe Hébert alors qu'il était au début de sa carrière. Il est par la suite devenu l'un des plus grands sculpteurs au pays. Il est d'ailleurs le créateur de nombreuses statues de bronze sur la colline parlementaire à Ottawa, et partout au pays.» On retrouve aussi dans cette cathédrale l'un des plus vieux orgues de la maison Casavant, fait par Joseph Casavant lui-même.

René Villeneuve voit aussi l'église Saint-Anne, à Ottawa, comme un «panthéon» de la francophonie en Ontario. «Ce n'est pas une cathédrale, c'est une église de paroisse, rappelle-t-il. Mais ce qui est unique, ce sont tous ces vitraux offerts par les familles et corporations francophones d'Ottawa. Ils sont tous là. De voir tous ces noms, c'est extraordinaire. C'est toute l'histoire de la francophonie canadienne qui est là, ou presque.»

Les visiteurs peuvent aussi y admirer un maître-autel en bois sculpté fabriqué aux environs de 1870. Il c'est retrouvé là par un concours de circonstances extraordinaire, explique M. Villeneuve. «C'est le tout premier maître-autel des religieuses du Précieux-Sang, qui avaient un couvent, jadis, à Ottawa, affirme-t-il. Il a été conçu par le chanoine Georges Bouillon.»

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