Les médias traditionnels, qui s'intéressaient jusqu'alors très peu à la campagne d'Option nationale en Outaouais, ont eu vite fait de braquer leurs projecteurs sur le jeune homme de 27 ans. En voilà un qui décide de mettre la langue de bois au rancart. Et qui, en prime, refuse de se rétracter ou de s'excuser, qualifiant toute l'affaire de «faux scandale» sur la page Facebook qu'il utilise à profusion pour diffuser ses idées et faire campagne.
Hier matin, le jeune étudiant en histoire à l'Université du Québec en Outaouais a fait la grimace quand on lui a rappelé cet épisode. De toute évidence, Mikaël St-Louis aimerait tirer un trait sur le passé. En faisant l'éloge du dictateur, il répète qu'il a voulu déboulonner certains mythes. Sans être un saint, Kadhafi n'est pas le «diable» dépeint par la presse occidentale, maintient-il. «Il n'y a pas que des bons et des méchants dans la vie, la réalité est plus nuancée, et c'est ce que j'ai voulu démontrer. Au lieu de s'informer auprès des médias traditionnels, les gens devraient aller vers des sources indépendantes pour se faire une idée plus juste de la réalité.»
Même si ce n'est pas de la façon la plus élégante qui soit, les déclarations sur Kadhafi et le duplessisme auront attiré l'attention sur une toute nouvelle formation politique. Né de l'impatience de faire la souveraineté du Québec, le parti fondé l'an dernier par l'ex-député péquiste Jean-Martin Aussant est encore un club sélect en Outaouais. Option nationale compterait une centaine de membres dans la région. Le parti a recruté cinq jeunes candidats dans la vingtaine pour le représenter, la plupart étant encore aux études. Sans appuis financiers, ils mènent une campagne avec les moyens du bord, utilisant à profusion les médias sociaux pour faire connaître rapidement et à peu de frais la plate-forme de leur parti.
Une fois par semaine, ils organisent conjointement une conférence de presse pour mettre de l'avant un point de leur programme. Hier matin, c'était l'éducation. Carré rouge à la boutonnière, M.St-Louis et trois des quatre autres candidats ont prôné la gratuité des études universitaires. Même si elle coûtait 700 millions à financer, la gratuité s'autofinancerait à long terme en garantissant de meilleurs salaires au Québécois, ont-ils fait valoir. Au passage, ils en ont profité pour déboulonner d'autres mythes propagés, dixit leur communiqué de presse, par «le Parti libéral, la CAQ et leurs amis de la haute finance».
Les candidats d'Option nationale ne s'en cachent pas, ils souhaitent que le mouvement de contestation du printemps dernier demeure vivant et débouche sur de «réelles négociations» avec le prochain gouvernement. Déjà, M.St-Louis prédit «un retour au chaos» advenant la réélection de Jean Charest ou une victoire de la CAQ. Même si son parti est issu du Parti québécois, le jeune oniste ne fait guère confiance à Pauline Marois. «Ma crainte, c'est qu'elle décrète un gel des droits de scolarité pour endormir le mouvement étudiant avant de procéder à une hausse dans quelques années.»
À défaut d'avoir de l'argent, les jeunes candidats d'ON ne manquent pas d'ardeur. Certains partagent leur temps entre du porte-à-porte dans leur circonscription et un emploi. Mikaël St-Louis est pompier volontaire à Notre-Dame-du-Laus. Quant à Nicolas Lepage, qui porte les couleurs d'ON dans Gatineau, il fait régulièrement l'aller-retour de Valleyfield où il travaille pour une compagnie minière. «J'ai pris la dernière semaine de vacances de l'été pour faire campagne à temps plein dans ma circonscription», dit-il.
«On n'a pas de grands moyens financiers et on sait qu'on ne formera pas le gouvernement cette fois-ci, reconnaît Jonathan Beauchamp, un péquiste déçu qui porte maintenant les couleurs d'Option nationale dans Papineau. Pour l'instant, notre priorité est de faire élire Jean-Martin Aussant dans sa circonscription et de faire connaître la plate-forme du parti.»
Plus que leur jeunesse et leurs carrés rouges, c'est la volonté d'en découdre, de brasser la cage et de défier l'ordre établi qui définit les jeunes candidats d'Option nationale en Outaouais. Leur ardeur a rallié Guy Racicot, un Franco-Ontarien qui travaille à leur campagne. Il a pris fait et cause pour Option nationale, au point d'arborer fièrement un tatouage fleurdelisé sur le biceps. «Je leur fais 100% confiance, à ces jeunes-là», dit-il.