On doit parfois attendre plus d'une demi-heure avant de parler à quelqu'un au 8-1-1. Mais hier, il n'a fallu que six minutes chrono avant qu'un jeune homme prévenant et poli ne prenne la ligne.
En lui exposant ma situation, j'avais presque l'impression de m'excuser.
«Oui, bonjour, je sais que les médecins de famille ne courent pas les rues ces temps-ci en Outaouais... Mais bon, je me demandais s'il vous serait possible de me recommander à l'un d'eux pour un examen annuel. Je vous promets qu'on va faire ça vite...»
Avant que le préposé me le demande, je lui avoue, un peu coupable, que je n'ai pas d'ennuis de santé. Pas à ma connaissance du moins. «Mais voilà, j'ai 42 ans, une vie stressante, et avec toutes ces campagnes sur l'importance de prévenir le cancer de la prostate, et un père mort trop vite d'une attaque de coeur, je me disais qu'un petit examen annuel ne pourrait pas nuire. Est-ce qu'il y aurait moyen de moyenner, vous pensez?»
Je ne le vois pas, mais je sens le gars hocher la tête à l'autre bout du fil. Compatissant, mais en même temps impuissant. D'autant plus qu'il n'est pas en Outaouais, il répond d'un centre d'appel 8-1-1 situé à Sherbrooke. «Vous êtes à Gatineau, c'est bien cela? s'informe-t-il. C'est sûr qu'à Gatineau, il y a une certaine problématique de manque de personnel dans le système de santé...»
Ça, c'est un euphémisme.
«En même temps, reprend le gars d'Info-Santé au bout du fil, il y a peut-être des possibilités d'avoir des tests de dépistage pour le cholestérol ou la thyroïde. Il y a maintenant des infirmières spécialisées qui sont à même de prescrire des examens. En principe, chaque CLSC doit être en mesure d'offrir un certain nombre de services aux gens qui n'ont pas de médecins de famille, parce que c'est un gros problème. C'est pourquoi je vais vous référer au mécanisme d'accès pour un médecin de famille, c'est l'endroit où on laisse nos coordonnées...»
Je connais déjà ce service. Aux dernières nouvelles, la liste d'attente comptait plus de 10000 noms. «Faut être patient avant que quelqu'un vous rappelle», lui fais-je remarquer.
Au bout du fil, le préposé du 8-1-1 hésite. Comme s'il était sur le point d'aborder un sujet délicat. Je sais déjà ce qu'il va me dire. «L'autre possibilité que vous avez, c'est d'aller de l'autre côté, en Ontario, reprend-il, presque sur le ton de la conspiration. Ils ont ce qu'on appelle les Appletree clinics. Ça serait très facile de voir un médecin et de vous faire un examen annuel. Vous allez payer, dans le fond, la différence que l'assurance-maladie ne remboursera pas parce que c'est plus cher en Ontario. Si c'était moi, j'irais là, même si cela dépend toujours de vos revenus.»
Et bien voilà. Allons en Ontario, en attendant de tomber vraiment malade.
La vertu
On peut se demander d'où sortent les caquistes de François Legault pour promettre un médecin de famille d'ici un an à tous les Québécois. Êtes-vous sérieux, les gars? Même ici, en Outaouais? Sur les 27 postes autorisés par le ministère de la Santé pour notre région en 2012, 19 sont encore vacants, selon un décompte fait le mois dernier. Autre question: si on a un médecin de famille qui nous est attitré, ça va prendre combien de temps avant d'obtenir une consultation?
Les libéraux, qui promettaient de régler le problème des urgences d'un coup de baguette magique en 2003, adoptent aujourd'hui un ton plus prudent. «Nous refusons de favoriser des solutions simplistes à des problématiques complexes», a déclaré la candidate dans Hull, Maryse Gaudreault. Même son adversaire du Parti québécois, le DrGilles Aubé, semble avoir baissé le ton. Après avoir prôné la construction d'un méga-hôpital en 2008, il refuse désormais d'en faire un engagement électoral.
Je sais que c'est facile de prôner la vertu, surtout quand on est le chef d'un parti qui n'a pas de réelle chance de prendre le pouvoir à Québec. Reste qu'au débat des chefs de dimanche soir, c'est Françoise David de Québec solidaire qui a abordé le thème de la prévention. Des gens en santé vont moins à l'hôpital et coûtent moins cher à l'État, a-t-elle fait valoir.
Bon point.