«Le style de Harper, c'est de diviser», dit Ed Broadbent

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Selon Ed Broadbent, les néo-démocrates ont déjà réussi à s'implanter de façon durable au Québec.

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Même si l'histoire d'amour entre le NPD et le Québec s'étiole au gré des sondages ces jours-ci, l'ancien chef du parti, Ed Broadbent, a bon espoir de voir Thomas Mulcair l'emporter au scrutin du 19 octobre.

Mais le plus important pour M. Broadbent, qui a dirigé le parti pendant 14 ans, entre 1975 et 1989, c'est que les néo-démocrates ont réussi à s'implanter de façon durable au Québec, peu importe le résultat de l'élection fédérale.

«J'espère que le NPD va gagner. Mais d'une manière générale, je suis très heureux de la situation où se retrouve le parti», explique l'homme de 79 ans.

Alors que plusieurs observateurs ont attribué la vague orange qui a balayé le Québec en 2011 à la personnalité attachante de l'ancien chef Jack Layton, M. Broadbent est en désaccord avec cette analyse trop simpliste à son goût.

«Le Québec est une des sociétés les plus sociales-démocrates du Canada. Alors sans dire que j'avais prédit le succès remporté par Jack Layton en 2011, disons que ça ne m'a pas surpris. Ce n'était pas seulement parce que Jack avait une personnalité très agréable, même si c'était vrai aussi. C'est surtout que le NPD reflète les valeurs québécoises.»

Dans l'esprit de M. Broadbent, c'était une question de temps avant que le NPD ne séduise la Belle Province. Vers la fin des années 1980, le NPD s'est hissé à quelques reprises en tête dans les intentions de vote au Québec, un résultat qui ne s'est jamais concrétisé par une victoire lors d'une élection fédérale.

Pour M. Broadbent, la percée québécoise est devenue possible quand les gens se sont détournés du Bloc québécois. C'est ce qui a fait la différence, selon lui. Encore plus que la Déclaration de Sherbrooke de 2006 qui reconnaissait une majorité de 50% des voix plus une en cas de référendum sur la souveraineté du Québec.

«Après un certain nombre d'années, les gens se sont dits: "Hé bien, nous n'allons nulle part avec le Bloc québécois. Le NPD est un parti avec des valeurs sociales-démocrates, Jack Layton est un bon gars, nous allons voter pour lui." Je veux dire, les Québécois n'ont pas choisi Harper, ils ne sont pas allés vers les libéraux...»

Un NPD plus au centre

Au cours de cette élection, on a reproché à Thomas Mulcair d'avoir renié les valeurs fondamentales du NPD en déplaçant le parti vers le centre pour espérer l'emporter.

M. Broadbent lui-même avait émis des doutes sur les capacités de M. Mulcair à diriger le parti lors de la course à la direction de 2012. Mais après l'avoir vu à l'oeuvre à la Chambre des communes, il affirme que ses doutes ont disparu.

«Je ne le connaissais pas à l'époque, dit-il. Il est devenu un membre dominant du Parlement. C'est le seul qui met réellement au défi Stephen Harper, le seul à avoir eu le courage de s'élever contre C-51 (la loi antiterroriste) et le scandale du Sénat.»

Il se dit également en accord avec le recentrage du NPD, qui demeure le parti le plus à gauche de l'échiquier politique. «Je suis très à l'aise avec notre proposition d'instaurer un programme de garderie subventionnée calquée sur le modèle québécois. Nous avons le programme le plus progressif en environnement, nous sommes le seul parti à avoir eu le courage politique de nous opposer à C-51.»

Un parti politique doit tenir compte de son époque, ajoute-t-il. 

«J'ai fait partie d'une formation politique qui s'est opposée à la Loi sur les mesures de guerre dans les années 1970. M. Mulcair, lui, s'est opposé à un gouvernement qui a adopté C-51.»

Harper, le diviseur

M. Broadbent n'est pas tendre envers Stephen Harper. 

À ses yeux, le premier ministre conservateur a importé au Canada la politique de la division, caractéristique des partis de droite aux États-Unis, en Europe et en Australie.

«La politique de la peur, c'est Harper qui a amené ça au Canada, dit-il. Joe Clark ne jouait pas ce jeu-là, ni Bob Stanfield et Brian Mulroney (tous d'anciens chefs progressistes-conservateurs). J'avais un grand nombre de désaccords avec Mulroney, que ce soit sur la Constitution, sur le libre-échange. Mais l'objectif demeurait toujours de rallier une majorité en notre faveur, de persuader les gens.»

«Alors que le style de M. Harper, c'est de diviser. Il prend un enjeu qui divise les Canadiens, les tourne les uns contre les autres, particulièrement contre les minorités. Et il cherche à en profiter parce que cette division envoie des gens dans son camp. Ce n'est pas du leadership ça, c'est le contraire. Et c'est nuisible à une démocratie.»

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