Les chefs ont débattu une dernière fois

Gilles Duceppe, Justin Trudeau, Pierre Bruneau, Stephen Harper... (Joël Lemay, Agence QMI)

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Gilles Duceppe, Justin Trudeau, Pierre Bruneau, Stephen Harper et Thomas Mulcair lors du débat des chefs Face à Face présenté à TVA dans le cadre des élections fédérales 2015.

Joël Lemay, Agence QMI

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Lina Dib & Mélanie Marquis
La Presse Canadienne

Le cinquième et dernier débat des chefs de la campagne électorale fédérale a poussé Stephen Harper à faire une déclaration surprenante sur les armes à feu, tandis que la question du niqab a, encore une fois, donné lieu aux échanges les plus enflammés.

«M. Harper, je trouve que vous avez du cran (...) de parler de défense du droit des femmes. Il y a plus d'hommes dans votre caucus qui sont contre l'avortement que de femmes qui portent le niqab au Québec», a attaqué Justin Trudeau, demandant au chef conservateur de dire s'il était pour ou contre le choix en matière d'avortement.

Stephen Harper n'a pas voulu répondre, alors que le chef libéral soulignait les valeurs québécoises qui lui semblaient loin des valeurs conservatrices: mariage gai, droit à l'avortement, aide médicale à mourir.

«Il n'y a personne ici qui est pro-niqab. (...) M. Harper, vous jouez un jeu dangereux», a repris Thomas Mulcair.

«Vous êtes en train d'utiliser comme cible, comme bouc émissaire, une communauté pour faire de la politique sur leur dos. C'est indigne pour un premier ministre de jouer ce jeu-là contre une minorité», a ajouté le chef néo-démocrate, s'attaquant toujours au premier ministre sortant et reprenant ainsi des arguments présentés par Françoise David, députée de Québec solidaire à l'Assemblée nationale, plus tôt cette semaine.

«Votre position est déconnectée des opinions du Canada et des Québécois», a rétorqué Stephen Harper à M. Mulcair. Puis, le chef conservateur a déclaré qu'il étudierait la possibilité d'étendre l'interdiction du niqab à la réception de services gouvernementaux. Ceci lui a valu un «c'est de l'hypocrisie», lancé par Gilles Duceppe.

Le chef bloquiste a rappelé que le gouvernement conservateur avait eu l'occasion de légiférer sur le niqab dans la fonction publique fédérale et a refusé de le faire.

Avant cet échange houleux sur le niqab, les quatre chefs étaient invités à parler de contrôle des armes à feu.

C'est là que, traqué par M. Trudeau qui lui reprochait de ne pas avoir signé un traité international sur le commerce des armes et qui l'accusait d'être «toujours dans la poche du lobby canadien et américain des armes à feu», M. Harper a fait une déclaration surprenante.

«On est en consultation avec l'industrie», a lâché M. Harper pour expliquer pourquoi ce traité n'était pas signé par le Canada, semblant donner raison à l'accusation du chef libéral sur le copinage entre le gouvernement conservateur et le lobby des armes.

Plus tôt dans le débat diffusé par le réseau TVA, vendredi soir, l'économie, la sécurité et la mission militaire contre le groupe armé État islamique ont été coeur des échanges.

La joute oratoire a commencé par un face-à-face sur l'économie entre Thomas Mulcair et Justin Trudeau où chaque homme a tenté de prouver que son vis-à-vis était semblable à Stephen Harper.

Les deux chefs se sont affrontés sur la question des budgets équilibrés ou déficitaires, menant ou non à des augmentations de taxes et d'impôts.

Alors que M. Trudeau accusait, comme à l'habitude, M. Mulcair de vouloir à tout prix équilibrer les prochains budgets, sacrifiant ainsi des programmes tout comme M. Harper, le chef néo-démocrate a rétorqué en rappelant que depuis 2006, les libéraux ont donné leur appui au gouvernement conservateur à quelques reprises.

«Dans ma famille, on a toujours dit que les actions parlent plus fort que les paroles», a lancé M. Mulcair à M. Trudeau, rappelant les votes libéraux en appui au gouvernement conservateur.

M. Harper a tenté, quant à lui, d'esquiver une question du chef bloquiste Gilles Duceppe dans le face-à-face suivant.

«Je voudrais savoir si la gestion de l'offre va être préservée de façon intacte», a demandé, encore une fois, M. Duceppe au premier ministre sortant, faisant référence aux négociations en cours sur le Partenariat transpacifique, entente de libre-échange entre 12 pays.

«On va préserver ce système», s'est contenté de répéter M. Harper alors que M. Duceppe lui reprochait d'esquiver la question, répétant «de façon intacte?» à quelques reprises, sans obtenir de réponse plus précise.

Après 30 minutes de débat sur la chose économique, les quatre chefs sont passés à un débat sur le terrorisme et les enjeux internationaux.

Sur la question de la mission militaire contre le groupe armé État islamique, les chefs ont été invités à se prononcer sur la possibilité d'envoyer des troupes au sol.

Justin Trudeau a affirmé que Stephen Harper, qui «veut toujours envoyer les troupes faire la guerre», était actuellement «sur une pente très glissante pour les troupes au sol».

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a semblé partager cette lecture, rappelant le décès d'un soldat qui a été victime d'un tir ami alors qu'il se trouvait au front près de Mossoul, en Irak. Il a souligné que les néo-démocrates étaient «fiers» d'être une «voix raisonnable pour la paix».

Le leader bloquiste Gilles Duceppe s'est catégoriquement opposé à l'envoi de troupes au sol, mais il est néanmoins en faveur de l'intervention militaire contre les combattants de l'État islamique. Il a dit ne pas comprendre comment on pouvait s'y opposer dans les circonstances.

À un certain moment, pendant ce segment sur la sécurité, Justin Trudeau a commis un petit lapsus: «C'est une leçon d'histoire, mon amour», a-t-il lâché à l'intention de son rival bloquiste avant de se corriger, confiant qu'il avait l'habitude de querelles avec sa conjointe.

Ce débat était le dernier affrontement avant le scrutin du 19 octobre.

Ce cinquième débat de la campagne, organisé par un réseau de télévision québécois, a eu lieu alors que les sondages témoignent d'importantes fluctuations dans les intentions de vote au Québec.

Les appuis au Nouveau Parti démocratique (NPD), qui semblait être en bonne posture pour remporter une majorité de sièges québécois au début de cette longue campagne électorale, ont fondu au cours des derniers jours.

La glissade du NPD semble profiter au Bloc québécois et au Parti conservateur depuis l'irruption du débat sur le port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté.

Les bloquistes veulent interdire le niqab à ces cérémonies, tout comme une écrasante majorité de Québécois. Les conservateurs, qui ont été les premiers à attirer l'attention sur le niqab pendant cette campagne, ont également vu grimper leurs appuis au Québec.

La leader du Parti vert du Canada, Elizabeth May, n'a pas reçu de carton d'invitation pour l'événement, pas plus que le chef du jeune parti Forces et Démocratie, Jean-François Fortin.

Le débat, qui prenait la forme de face-à-face, était animé par Pierre Bruneau.

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