Cacophonie sur la question du niqab

Le débat des chefs de jeudi soir aura... (Adrian Wyld, La Presse Canadienne)

Agrandir

Le débat des chefs de jeudi soir aura été marqué par des échanges émotifs sur la question du port du niqab pendant les cérémonies de citoyenneté.

Adrian Wyld, La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Fannie Olivier, Lina Dib
La Presse Canadienne

Niqab et Constitution sont les sujets qui ont allumé le plus d'étincelles au cours des deux heures de débat opposant cinq chefs de partis politiques fédéraux, jeudi soir.

C'était le premier débat en français, le seul des cinq débats où étaient invités Stephen Harper, Thomas Mulcair, Justin Trudeau, Gilles Duceppe et Elizabeth May.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a accusé son adversaire conservateur Stephen Harper de «jouer un jeu politique dangereux» en mettant de l'avant la question du niqab en pleine campagne électorale et en utilisant le sujet comme une «arme de distraction massive» pour faire oublier son bilan des neuf dernières années.

Le premier ministre sortant s'est défendu en reprenant son mantra sur le niqab: lorsqu'on entre dans la grande famille canadienne, on doit le faire à visage découvert, a-t-il répété. Le ton a monté rapidement, MM. Mulcair et Harper parlant en même temps et s'interrompant.

Le chef bloquiste Gilles Duceppe a voulu élargir le débat du niqab, promettant dès son arrivée au Parlement, s'il est élu, un projet de loi pour interdire le niqab lors du vote, de l'assermentation des citoyens et de la réception de services gouvernementaux.

Il s'est défendu d'utiliser cette question pour diviser les électeurs. Les Québécois, selon M. Duceppe, sont unanimes sur le sujet.

Justin Trudeau a rappelé la position traditionnelle du Parti libéral en insistant sur le fait que ce n'est pas à l'État de dire aux femmes comment se vêtir, alors que la chef des verts, Elizabeth May, est sautée dans l'arène en affirmant que le thème du niqab était un faux débat.

«Quel est l'impact du niqab sur l'économie? Les changements climatiques? Pour les chômeurs? C'est un faux débat pour distraire et éviter les débats sur les vrais défis pour le Canada», a lancé Mme May.

Aide médicale à mourir

Avant d'en arriver au niqab, les chefs ont été invités à discuter d'un autre sujet délicat: l'aide médicale à mourir.

Tous, à l'exception de Mme May, sont sortis du sujet imposé, utilisant le temps alloué pour discuter de taxes, d'impôts ou de caisse d'assurance-emploi. C'est la leader du Parti vert qui les a rappelés à l'ordre, trop tard. On a dû passer au sujet suivant, mais pas avant que M. Mulcair se soit engagé à permettre un vote libre sur l'aide médicale à mourir lorsque cette question reviendra au Parlement pour répondre au jugement de la Cour suprême.

«Évidemment on doit modifier le Code criminel en fonction des décisions de la Cour suprême. On va le faire», a pour sa part dit M. Harper, assurant qu'un comité nommé par lui consultait les Canadiens sur la question. En fait, depuis le déclenchement de la campagne électorale, le comité en question est paralysé, en attente d'un nouveau gouvernement.

Le brouhaha a repris le dessus dans le studio de télévision quand on a abordé la question constitutionnelle. M. Duceppe s'en est pris à M. Mulcair en affirmant qu'en 1995, le camp du Non avait défoncé le plafond des dépenses permises. Piqué au vif par l'insinuation qu'il avait participé à cet excès, M. Mulcair a sommé son adversaire bloquiste «d'arrêter de (lui) attribuer des choses».

Le chef néo-démocrate s'est fait attaquer sur son autre flan par M. Trudeau concernant sa position à l'effet qu'une majorité simple est suffisante pour un référendum sur la sécession du Québec. «Pour déchirer en deux la Constitution, (M. Mulcair) prétend qu'un seul vote serait assez. La Cour suprême a dit clairement que ça prendrait plus qu'un vote. Pour moi, que M. Mulcair soulève la question à la Saint-Jean Baptiste et ne le dise pas en anglais est un problème», a lancé le chef libéral.

M. Harper a tenté de s'élever au-dessus du débat en soulignant que les Canadiens ne voulaient pas d'un Parlement qui «radote» sur ces questions.

La discussion sur les enjeux internationaux, incluant les changements climatiques et la crise de réfugiés, a également enflammé les esprits.

M. Harper s'est fait accuser à quelques reprises de mentir, que ce soit sur la question environnementale ou l'accueil de réfugiés au pays.

Encore une fois, le chef conservateur a répété qu'il ne fallait pas «juste ouvrir les vannes» pour accueillir des réfugiés, disant que l'approche de son gouvernement était «généreuse, équilibrée, responsable et réfléchie».

«Avec M. Harper, on est devenu plus mesquins», s'est désolé son rival libéral, regrettant une époque où le Canada accueillait plus facilement les réfugiés, sans mettre en danger sa sécurité, selon M. Trudeau.

M. Harper a dû également défendre la décision de son gouvernement de vendre des véhicules blindés à l'Arabie saoudite, malgré son triste bilan en matière des droits de la personne. Alors que MM. Duceppe et Mulcair brandissaient le cas de Raïf Badawi, M. Harper a eu ce commentaire: «ce n'est pas juste de punir des travailleurs d'une usine à London pour ça».

Les chefs ont également eu l'occasion de discuter de leurs plateformes respectives sur l'abolition du Sénat, l'environnement, la sécurité et les affaires étrangères, et les soins de santé.

Il s'agissait du troisième d'une série de cinq débats dans cette très longue campagne électorale qui a débuté en août et qui se terminera par le scrutin du 19 octobre.

Les deux premiers débats se sont déroulés uniquement en anglais, à Toronto et Calgary. Un quatrième débat, prévu lundi à Toronto, s'annonce comme bilingue.

Le cinquième et dernier débat se tiendra le 2 octobre, en français, au réseau TVA.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer