Borsellino voulait «travailler» Michel Arsenault

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne
Montréal

En 2008, dans une conversation téléphonique, le président de Construction Garnier, Giuseppe Borsellino, et l'ancien directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, se promettaient de «travailler tranquillement» le président du conseil d'administration du Fonds de solidarité, Michel Arsenault.

La Commission Charbonneau a écouté, jeudi, d'autres enregistrements provenant de l'écoute électronique de la ligne téléphonique de Jocelyn Dupuis. Celui-ci a quitté son poste après que le président de la FTQ, Michel Arsenault, ait demandé sa démission, dans la foulée de la controverse concernant ses comptes de dépenses.

Interrogé sur le sens de cette conversation téléphonique, M. Borsellino a admis qu'il avait «peut-être un projet de terrain» qu'il voulait «que le Fonds regarde». C'est en ce sens qu'il disait vouloir «travailler» M. Arsenault, a-t-il avoué au procureur de la commission, Me Simon Tremblay.

Il ne s'est toutefois pas rappelé à quel projet au juste il faisait référence et a assuré que de toute façon, aucun des projets qu'il envisageait n'a reçu du financement du Fonds de solidarité FTQ.

Dans une conversation entre MM. Dupuis et Borsellino, on entend ce dernier se réjouir du fait que son «chum le ministre» Tony Tomassi vient d'être nommé ministre dans le gouvernement Charest. En décembre 2008, il a été nommé ministre de la Famille.

Au téléphone, M. Borsellino souligne à M. Dupuis que Michel Arsenault a appelé M. Tomassi.

«Hostie de pourri de câlisse», s'exclame Jocelyn Dupuis en apprenant cela.

«Il ne faut pas que ça sorte, hein? Il ne faut pas que ça sorte, c'est trop «home made'», s'empresse alors d'ajouter M. Borsellino.

Des rumeurs ont déjà fait état de clans opposés chez des entrepreneurs qui s'affrontaient pour tenter d'avoir des entrées ou un accès privilégié au Fonds de solidarité, en tissant des liens avec des gens de la FTQ-Construction. Le fonds offre du capital-risque prisé des entreprises.

M. Borsellino souligne d'ailleurs que «ça fait trois jours» qu'il est avec Tony Tomassi.

À la commission, il a justifié pareil contentement par le fait que M. Tomassi était un Italien qui avait travaillé fort pour être où il est et qu'il était donc fier de son bon ami.

Financer pour le réseau

M. Borsellino a par ailleurs confirmé qu'il a assisté à plusieurs événements organisés par des partis politiques, tant au Parti québécois qu'au Parti libéral du Québec ou à Union Montréal, mais seulement pour développer son réseau, jamais en espérant des contrats.

Il a assisté «une vingtaine de fois» à des événements du Parti libéral du Québec, quatre ou cinq fois à des événements du Parti québécois, 10 à 15 fois à des événements d'Union Montréal, et autant à Vision Montréal.

Il a assuré que tout cet argent qu'il a versé à des partis au fil des ans l'a été sous forme de chèques, jamais au comptant.

La présidente de la commission, la juge France Charbonneau, l'a questionné durant plusieurs minutes, répétant plusieurs fois sa question sous plusieurs formes: en quoi assister à des événements organisés par des partis politiques vous aidait dans vos affaires?

«L'idée du financement, c'était de s'approcher de ce monde-là qu'on voyait. C'était important d'être présent, d'avoir des bonnes relations de travail, des bonnes relations avec ce monde, pour être présent, c'est tout. Dans ce temps-là, j'étais un entrepreneur qui commençait à prendre un peu d'expansion, pour moi c'était important que je sois présent, que le parti politique me voit. Je pensais que c'était bon», a-t-il résumé.

Il a nié espérer un retour d'ascenseur ou l'octroi de contrats en versant des contributions à des partis politiques.

Il a souligné qu'il ne fréquente plus ces cocktails aujourd'hui, parce que cela n'est plus bon d'être vu dans des événements politiques. La sollicitation pour du financement s'est atténuée vers 2007 ou 2008, a-t-il témoigné.

Le témoin s'est par ailleurs contredit concernant un chèque de 10 000 $ qu'il se rappelle avoir donné à Martin Dumont, un ancien organisateur politique d'Union Montréal, lors de la campagne sur les défusions municipales.

M. Borsellino avait dit à la commission qu'il était un partisan convaincu des défusions municipales. Or, M. Dumont, à qui il a donné ce chèque, travaillait plutôt pour le camp du Non aux défusions municipales, soit le camp du «une île, une ville».

Interrogé à savoir pourquoi il a donné 10 000 $ à un camp opposé à ses convictions, M. Borsellino a simplement conclu en anglais que «c'était une erreur».

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